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Hong Kong : des partisans prodémocratie menacés jusqu'au Canada

Des manifestants brandissent des pancartes.

Les manifestants prodémocratie demandent au Canada d'intervenir pour empêcher Pékin d'étendre sa domination sur Hong Kong.

Photo : Radio-Canada / Vincent Bonnay

Radio-Canada

Des militants prodémocratie de Hong Kong réfugiés au Canada sont régulièrement l’objet de pressions, de harcèlement et de menaces contre eux et leurs proches demeurés là-bas.

Nous savons où vivent vos parents. Cette phrase, plusieurs ressortissants hongkongais, mais aussi des Canadiens d’origine chinoise, l’ont déjà entendue au téléphone ou l’ont lue sur les réseaux sociaux.

Pour Cherie Wong, directrice et cofondatrice d'Alliance Canada Hong Kong, un groupe qui fait pression sur Ottawa pour défendre la démocratie dans l'ancienne colonie britannique, les menaces de viol et de mort qu’elle reçoit sur les réseaux sociaux en provenance de partisans du régime communiste chinois ne sont que la pointe de l’iceberg.

Après avoir participé à un lancement à Vancouver en janvier dernier, Mme Wong a constaté qu’elle était surveillée, a-t-elle raconté en commission parlementaire fédérale chargée de se pencher sur les tensions entre le Canada et la Chine.

Ma chambre d'hôtel avait pourtant été réservée par quelqu'un d'autre par mesure de sécurité. Et deux jours après le lancement, j'ai reçu un appel téléphonique menaçant dans ma chambre d'hôtel, demandant que je parte immédiatement, que des personnes s’en venaient me chercher.

Mme Wong affirme qu'elle ne sait toujours pas comment ses déplacements ont été révélés. Bien qu’elle ait signalé l’affaire à la police canadienne, on lui a répondu qu'on ne pouvait pas faire grand-chose.

Cherie Wong porte un casque, un masque à gaz et des lunettes de protection en s'adressant aux journalistes.

Cherie Wong, directrice d'Alliance Canada Hong Kong, est une militante engagée dans la défense de la démocratie à Hong Kong.

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Plus encore, après avoir participé à une manifestation en août 2019 pour soutenir les manifestations contre le projet de loi du gouvernement hongkongais sur l’extradition de criminels de Hong Kong vers la Chine continentale, Mme Wong a constaté qu’on avait publié des photos d’elle et ses coordonnées personnelles sur les réseaux sociaux.

Ils ont pris des photos de moi et ont commencé à fouiller dans mes informations personnelles, mon adresse courriel, l'endroit où je vivais, mon numéro de téléphone. [Ils] ont partagé ce genre d'informations de manière malveillante par le biais des canaux de WeChat.

Cherie Wong, directrice et cofondatrice d'Alliance Canada Hong Kong

Une technique d’intimidation appelée doxxing dans le jargon Internet consiste à punir ou intimider quelqu'un en publiant ses coordonnées personnelles sur le web et les réseaux sociaux.

L’histoire de Cherie Wong n’est qu’un des incidents du genre qui ont été rapportés à la commission parlementaire fédérale sur les relations entre le Canada et la Chine.

Mais les travaux de la commission ont été depuis suspendus par la décision du gouvernement de Justin Trudeau de proroger les travaux du Parlement jusqu’à la fin septembre.

Comment vont vos parents?

Pour Cheuk Kwan, de l'Association pour la démocratie en Chine de Toronto, ce genre de procédé des autorités chinoises n'est pas nouveau. "Nous savons où vivent vos parents", c'est la phrase qu'ils utilisent tout le temps, affirme-t-il.

Dans la ville, plusieurs passants marchent en tenant un cellulaire entre leurs mains.

Twitter a suspendu l'an dernier 936 comptes dans le cadre d'une opération soutenue par l'État chinois pour miner la légitimité et les positions politiques des manifestants à Hong Kong.

Photo : AFP/Getty Images / ANTHONY WALLACE

Parfois c’est un petit appel subtil du genre : "Hey, au fait, j’ai constaté que vos parents vont bien". Vous savez tout de suite qu'ils savent où vivent vos parents.

Cheuk Kwan, porte-parole de l'Association pour la démocratie en Chine de Toronto

J'ai vu beaucoup de gens recevoir ces messages, même des journalistes de langue chinoise ou des rédacteurs de télévision ou de journaux, qui pouvaient recevoir un appel du consulat chinois ou de leurs représentants leur disant : "Hé, nous n'aimons pas ce que vous venez de publier. Faites attention la prochaine fois", a témoigné Cheuk Kwan.

Selon M. Cheuk, les autorités chinoises peuvent déployer des formes de coercition encore plus subtiles, comme utiliser des entreprises favorables à Pékin pour retenir les dépenses publicitaires de certains commerces ou organisations considérés comme hostiles aux intérêts chinois.

Une pratique connue des autorités canadiennes

Pour Phil Gurski, qui a passé trois décennies comme analyste au Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et qui dirige aujourd’hui la firme Borealis Threat and Risk Consulting, les dissidents sino-canadiens sont harcelés au Canada par l'État chinois depuis Adam et Ève.

Ce genre de pression de la part des missions diplomatiques au Canada est un sujet sur lequel nous avons l’oeil depuis des décennies, explique-t-il.

Mais l’ambassade de Chine au Canada veillerait soigneusement, selon lui, à éviter toute apparence de participation à des tels actes d’intimidation pour éviter de gênantes représailles diplomatiques.

Un homme remet un chandail à un autre devant l'amphithéâtre.

Des militants prodémocratie à Hong Kong distribuent des chandails à des fans des Raptors de Toronto le 22 octobre 2019.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Selon l’expert en renseignement, Pékin emploie des formes de pression plus subtiles que les contre-protestations agressives et bruyantes. Les menaces et avertissements sont plus ciblés, ils sont adressés directement aux dissidents en personne, par téléphone ou par le biais des médias sociaux.

Le fait que de nombreux dissidents chinois laissent des membres de leur famille derrière eux offre au gouvernement chinois un moyen de pression puissant et durable sur eux.

J'ai des membres de ma famille à Hong Kong et c'est l'une des préoccupations qui m'a toujours trotté dans la tête, car ce que nous pouvons constater, c'est que la liberté et l'autonomie de Hong Kong se sont détériorées si rapidement au cours des deux dernières années que Hong Kong n'est plus une ville distincte des autres villes de Chine, a pour sa part déclaré Davin Wong, ancien directeur par intérim du syndicat des étudiants de l'Université de Hong Kong, qui a fui la ville l'année dernière à la suite d'une attaque ciblée.

Je pense qu'il est juste de dire qu'avoir des membres de sa famille à Hong Kong... c'est courir le même risque que d'avoir des membres de sa famille en Chine.

Davin Kwong, ancien directeur par intérim du syndicat des étudiants de l'Université de Hong Kong

Des contre-manifestations orchestrées

Mais Pékin n’agit pas qu’en coulisse pour torpiller les mouvements d’opposition à l’étranger. Selon plusieurs opposants exilés à l’étranger et des membres de la diaspora hongkongaise, le gouvernement chinois organise régulièrement des contre-manifestations en faveur du régime dans des villes étrangères.

Ce fut notamment le cas le 17 août 2019, lorsque des membres de la diaspora de Hong Kong se sont rassemblés dans 30 villes du monde pour soutenir le mouvement de contestation du gouvernement prochinois dans l’île.

Des policiers se tiennent devant des manifestants brandissant des drapeaux chinois.

Des policiers de Vancouver séparent des manifestants pro-Pékin venus protester lors d'un rassemblent en faveur de la démocratie à Hong Kong, le 17 août 2019.

Photo : afp via getty images / DON MACKINNON

Pratiquement dans chaque ville, les manifestants ont été accueillis par des contre-manifestants qui brandissaient des drapeaux chinois tout neufs, dont les plis de repassage étaient encore visibles. Ce qui fait dire à de nombreux militants en faveur de la liberté à Hong Kong que ces contre-manifestations n’ont rien de spontané.

Ce que nous avons vu est un modèle, que ce soit au Canada, aux États-Unis, en Allemagne, au Japon ou à Taïwan, a expliqué Cherie Wong en commission parlementaire.

Les contre-manifestants se présentent en groupe avec des drapeaux chinois en chantant l'hymne national chinois. Leurs slogans sont similaires : "Hong Kong fait partie de la Chine", "Dites non à la violence", "Dites non aux émeutes", relate-t-elle.

Nous avons des preuves que ces contre-manifestants ont été payés. Nous avons vu une coordination à grande échelle sur WeChat et Weibo et je pense qu'il y a plus ici que de simples individus en colère, poursuit-elle.

Reconnaissant qu’ils ont tout de même le droit de manifester en faveur du régime chinois, Mme Wong s'inquiète que certains de ces contre-manifestants s’affairent à photographier les manifestants prodémocratie lors de ces événements.

Ces personnes qui se présentent pour protester disent qu'elles font partie du Parti communiste chinois, qu'elles renvoient ces informations au consulat, à l'ambassade.

Cherie Wong, directrice et cofondatrice d'Alliance Canada Hong Kong

Bien que nos collègues de CBC n’aient pas réussi à prouver que ces contre-manifestants sont des individus payés pour défendre les intérêts de Pékin, ils ont néanmoins réussi à confirmer que les personnes qui ont manifesté en janvier dernier à Vancouver en soutien à la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, avaient bel et bien été payées pour participer à cette manifestation montée de toute pièce.

Des manifestants brandissent des drapeaux chinois.

Des militants défendant l'intervention de Pékin à Hong Kong manifestent à Vancouver le 17 août 2019.

Photo : La Presse canadienne / DARRYL DYCK

L'ambassade de Chine élude la question

Interrogée par CBC sur ces allégations de harcèlement à l’égard des ressortissants chinois et hongkongais au Canada, l’ambassade de Chine n’a pas répondu à la question, mais elle a profité de l’occasion pour défendre sa nouvelle loi controversée sur la sécurité nationale à Hong Kong.

La loi ne vise qu'une catégorie très étroite d'actes qui compromettent sérieusement la sécurité nationale, a affirmé l'ambassade dans une déclaration écrite.

Hong Kong est sous l'autorité de la loi, où personne n'a de privilège extrajudiciaire. Dans tout pays, tout droit ou toute liberté a ses limites juridiques. Dans l'exercice des droits ou des libertés, on doit se conformer aux exigences de la loi. Toute personne qui franchit les frontières et les limites de la loi doit être traduite en justice, indique l'ambassade.

Hong Kong fait partie de la Chine et les affaires de Hong Kong sont purement les affaires intérieures de la Chine. Nous demandons instamment à la partie canadienne de bien comprendre la réalité et la tendance générale, et de cesser de s'immiscer dans les affaires et l'indépendance judiciaire de la RAS [Région administrative spéciale] de Hong Kong, ajoute-t-elle.

Avec les informations d'Evan Dyer de CBC News

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