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693 armes à feu liées à un crime saisies à Toronto l’an dernier

Six armes à feu illégales sont étendues sur une table.

Les armes de poing sont les plus souvent liées à des crimes.

Photo : Radio-Canada

Le nombre d’armes ayant servi à commettre un crime qui ont été saisies par les policiers a diminué l’an dernier alors que le nombre de fusillades dans la métropole est en constante augmentation.

Le total d’armes à feu saisies par la police de Toronto en 2019 s’élève à 5083. Toutefois, 3176 ont été remises aux policiers dans le cadre d’un programme de rachat d’armes à feu.

Graphique des armes saisies par la police de Toronto au cours des dernières années.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les armes saisies par la police de Toronto au cours des dernières années

Photo : Radio-Canada

Pendant trois semaines, en avril et en mai 2019, les propriétaires d’armes à feu qui souhaitaient s’en départir pouvaient recevoir entre 200 $ et 350 $ en les remettant au Service de police de Toronto.

Ce type de programme est un outil important pour réduire le nombre d’armes à feu sur le territoire de la métropole, selon le maire John Tory, qui croit toutefois que plus doit être fait.

Graphique sur le nombre de fusillades à Toronto au cours des dernières années.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le nombre de fusillades à Toronto au cours des dernières années

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Selon lui, le travail débute à la frontière, pour empêcher des armes achetées légalement aux États-Unis de traverser illégalement.

Parmi les armes ayant été utilisées pour commettre un crime dont la provenance a pu être identifiée, 34 % avaient été achetées au Canada alors que 66 % provenaient des États-Unis.

Le maire Tory affirme qu’une interdiction complète de posséder une arme de poing dans l’ensemble du pays serait le meilleur moyen d’assurer un contrôle de celles-ci.

Graphiques des types d'armes à feu saisies qui avaient été utilisées pour commettre un crime.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les types d'armes à feu saisies qui avaient été utilisées pour commettre un crime

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Après les armes de poing, les armes les plus utilisées lors de crimes sont les fusils à air comprimé.

Selon le spécialiste des armes à feu et professeur d’histoire Francis Langlois, ces armes peuvent être très menaçantes puisqu’elles ont l’apparence d’une véritable arme pour un oeil amateur.

De plus, ces armes peuvent être modifiées et devenir suffisamment puissantes pour provoquer des blessures graves.

Les trois quarts des armes saisies ne nécessitaient pas d’enregistrement auprès des autorités ou encore étaient enregistrées légalement.

Un débat polarisant

Wendy Cukier, de la Coalition pour le contrôle des armes à feu et chercheure à l'Université Ryerson, affirme que ces données démontrent un besoin de mesures plus strictes de contrôle des armes.

Elle aimerait que la possession d’armes jouets et de copies d’armes soit mieux réglementée.

Lors d’un vol à main armée ou d’une agression sexuelle, que le fusil ait été une vraie arme à feu ou une arme à air comprimé à l’allure véritable, le traumatisme est le même.

Wendy Cukier, présidente de la Coalition pour le contrôle des armes à feu et chercheure à l'Université Ryerson

La Société canadienne en pédiatrie a par ailleurs publié à plusieurs reprises des lettres ouvertes demandant la mise en place de mesures de contrôle pour les armes à air comprimé qui, selon les médecins, peuvent provoquer des blessures importantes, en particulier chez les enfants.

Le directeur de la Coalition canadienne pour le droit aux armes à feu, Rod Giltaca, affirme que réglementer davantage la possession d’armes à feu ou interdire la possession de certains types d’armes pénalise inutilement les propriétaires d’armes légales.

Il souligne que les tireurs sportifs et les collectionneurs ont souvent des sommes d’argent importantes investies dans l’achat, l’entretien et l’entreposage sécuritaire des armes. Il rappelle que le fait d’utiliser une arme à feu contre une personne, qu’il s’agisse de proférer des menaces ou de décharger l’arme, mène directement à la révocation du permis.

À Toronto, 70 armes de poing ayant servi à commettre un crime étaient légalement enregistrées.

Selon des données de 2017 de la Gendarmerie royale du Canada, environ 70 000 armes de poing sont légalement enregistrées dans la grande région de Toronto.

Rod Giltaca affirme que la collecte de données sur les armes à feu est particulièrement importante alors que le débat sur leur légalité continue de faire rage.

Les données sur les saisies d’armes ont été obtenues de la police de Toronto par une demande d’accès à l’information déposée en 2018 et à laquelle Radio-Canada a obtenu réponse en juillet 2020.

Ce ne sont pas tous les services policiers qui recueillent les données sur les armes saisies. Le service de police de la région de Halton a répondu à une demande d’accès à l’information citoyenne, dont Radio-Canada a obtenu une copie, que ces données n’existaient pas.

Il est impossible d’avoir une discussion rationnelle sur les armes à feu au Canada, le débat demeure idéologique.

Rod Giltaca, Coalition canadienne pour le droit aux armes à feu

Son organisation collabore d’ailleurs à la poursuite intentée contre le gouvernement fédéral relativement à l’interdiction de posséder des armes d'assaut de type militaire.

Wendy Cukier, de la Coalition pour le contrôle des armes à feu et chercheure à l'Université Ryerson, croit aussi que ces données sont importantes pour la tenue d’un débat sur le contrôle des armes.

Selon elle, toutefois, ces statistiques démontrent qu’il est impossible de réduire le nombre de crimes commis avec des armes à feu en utilisant seulement les mesures de contrôles déjà en place.

Francis Langlois, spécialiste en armes à feu et membre de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul Dandurand, affirme que le débat sur les armes à feu s’est en effet polarisé depuis les années 80.

Selon lui, le discours politique, identitaire et de sécurité martelé aux États-Unis par le lobby des armes à feu et la National Rifle Association (NRA) a fait son chemin au Canada.

Lorsqu’on s’associe à un objet, une voiture, un vêtement, dès qu’on essaye de réglementer, de les interdire, les gens réagissent de façon viscérale.

Francis Langlois, professeur d’histoire, Cégep de Trois-Rivières

Une lutte complexe

Lors de l’annonce de la conclusion d’une importante enquête liée à la violence armée dans le quartier Thorncliffe Park mercredi, les policiers de Toronto ont admis que la lutte contre la violence par arme à feu constitue un défi complexe.

L’enquête en question, qui a duré huit mois, a permis de récupérer sept armes à feu et nécessité un important déploiement de ressources, selon le Service de police de Toronto.

Ce n’est pas simplement un problème policier, c’est un phénomène de société. [...] une foule d’autres problèmes jouent un rôle dans la violence armée.

Le surintendant Steven Watts, Service de police de Toronto

Le Service de police affirme que les collaborations mises en place avec des partenaires du milieu communautaire sont essentielles au succès de ces enquêtes.

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