•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Montréal achète la Plaza Hutchison pour créer du logement social

La Ville exerce ainsi son droit de préemption pour la première fois au coût de 6,5 millions de dollars.

La Plaza Hutchison.

La Plaza Hutchison est depuis quelques années au cœur des discussions entourant l'embourgeoisement du quartier Parc-Extension.

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Un vaste immeuble vacant du quartier Parc-Extension fera place à une quarantaine de logements sociaux plutôt qu'à des condos, se réjouit l'administration Plante, qui a acquis le bâtiment elle-même en faisant annuler une transaction immobilière qui ne cadrait pas avec sa vision du développement du secteur.

Ainsi, la Plaza Hutchison, située à un jet de pierre de la station de métro Parc, appartient dorénavant à la Ville de Montréal, qui l'a acquise pour 6,5 millions de dollars. La vente de l'immeuble de cinq étages, qui a longtemps abrité des groupes communautaires, a été autorisée par le comité exécutif, mercredi matin, à huis clos.

Pour mettre la main sur le bâtiment sis au 7290 et 7300 de la rue Hutchison, la Municipalité a exercé pour la première fois son droit de préemption – une disposition législative qui lui permet d’égaler toute offre d’achat sur des lots identifiés préalablement.

La vaste superficie de l'immeuble – 887 mètres carrés, soit 9548 pieds carrés – permettra l'aménagement d'une quarantaine d'unités de logement destinées aux familles et aux personnes seules, dans un secteur central de la ville, se réjouit l'administration Plante.

Ces logements dépendront cependant du financement de Québec et Ottawa, qui négocie depuis des années sur les transferts prévus dans la stratégie fédérale. En attendant, tous les projets sont paralysés, déplore Robert Beaudry, responsable de l'Habitation et de la Stratégie immobilière au comité exécutif de la Ville de Montréal.

Il est très important que Québec et Ottawa s'entendent, que cet argent-là descende et puis qu'on puisse commencer tout de suite les logements sociaux. En attendant, on va travailler avec les groupes communautaires pour définir la programmation qu'il y aura à l'intérieur, le type de logements, les besoins de la communauté, etc.

Robert Beaudry, responsable de l'Habitation et de la Stratégie immobilière au comité exécutif de la Ville de Montréal

La valeur marchande de l'immeuble avait été estimée à environ 5 millions de dollars en décembre 2019 par le Service de la gestion et de la planification immobilière. La Ville l'a finalement payé 25 % plus cher.

Le bâtiment appartenait, au moment de la vente, à une compagnie à numéro détenue majoritairement par son président, Baruch Basal, de Côte-Saint-Luc.

Un embourgeoisement palpable

Le quartier Parc-Extension, l'un des plus pauvres en Amérique du Nord, est soumis à une forte pression immobilière depuis l'arrivée du campus MIL de l'Université de Montréal. Les loyers augmentent en flèche et de plus en plus de locataires se retrouvent à la rue ou doivent quitter leur milieu de vie.

Des loyers modiques leur permettraient de rester dans le quartier, estime l'administration Plante. D'ailleurs, la Ville s'était engagée en 2013 à y construire 225 logements sociaux en quatre ans – un engagement encore loin d'être atteint. Seule une cinquantaine d'unités ont été réalisées à ce jour, apprend-on dans le sommaire décisionnel de mercredi.

En attendant, plus de 120 lots ont été identifiés; la Municipalité pourra, au besoin, y exercer à nouveau son droit de préemption.

Lors de la campagne électorale de 2017, Projet Montréal avait promis la construction de 6000 logements sociaux et de 6000 logements abordables en quatre ans. Dans un rapport publié en juin dernier, la vérificatrice générale de la Ville a toutefois émis de sérieux doutes sur les probabilités de l'administration actuelle d'atteindre cet objectif.

Le parti espère maintenant que l'entrée en vigueur du Règlement pour une métropole mixte, prévue pour le 1er janvier prochain, lui permettra de confondre les sceptiques.

Le droit de préemption, un outil méconnu

C'est l'adoption par l'Assemblée nationale de la Loi sur le statut de métropole, en 2017, qui a permis à la Ville de Montréal, l'année suivante, de se doter d'un droit de préemption dans certains secteurs dits de planification urbaine.

Depuis, de nombreux terrains ont été identifiés en vue d'une acquisition éventuelle. C'est notamment le cas dans Lachine-Est, dans le secteur l'Assomption Sud – Longue-Pointe et au bassin Peel, où un nouveau stade de baseball pourrait être construit.

La Ville de Montréal s'était également donné la priorité sur les terrains de Molson-Coors dans l'arrondissement de Ville-Marie, mais elle y a renoncé en signant une entente sur le développement du secteur avec un consortium privé, en juin 2019.

En février dernier, l'adoption d'un autre règlement a permis de préempter près de 300 terrains dans le but précis d'y construire des logements sociaux et communautaires. Celui de la Plaza Hutchison en faisait partie.

Une victoire pour les militants du droit au logement

Exclue de Projet Montréal il y a deux ans, la mairesse de l'arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Giuliana Fumagalli, a qualifié la nouvelle du rachat de la Plaza Hutchison par la Ville d'extraordinaire.

On ne peut pas demander mieux, c'est vraiment quelque chose que la communauté demandait. Il y a eu énormément de mobilisation citoyenne et communautaire autour précisément de ce bâtiment-là.

Giuliana Fumagalli, mairesse de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension

La volonté de l'ancien propriétaire de la Plaza Hutchison de convertir le bâtiment en immeuble à condos – un projet qui était pourtant de plein droit – a mobilisé de nombreux opposants au cours des dernières années.

Leur présence lors d'une réunion du conseil d'arrondissement, en février 2018, avait notamment provoqué la suspension de celle-ci.

L'été suivant, une manifestation de ces mêmes opposants avait dégénéré devant les bureaux du promoteur, dans le quartier Côte-des-Neiges. Trois personnes avaient été arrêtées.

Avec la collaboration de Benoît Chapdelaine

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !