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Exactions contre les Rohingyas : deux anciens soldats birmans pourraient témoigner

Ils pourraient « faire avancer de manière significative » l’enquête de la Cour internationale de justice.

Un homme en uniforme dans de hautes herbes, de dos, avec une arme à feu.

Un soldat du Myanmar garde une zone à l'aéroport de Sittwe en septembre 2018, un an après les violences de 2017 qualifiées de génocide par plusieurs pays dont le Canada.

Photo : Getty Images / AFP / Ye Aung Thu

Radio-Canada

Deux hommes que l'on croit être des déserteurs de l’armée du Myanmar sont détenus par la Cour internationale de justice après avoir confirmé leur participation, sous des ordres militaires, aux violences faites contre les Rohingyas en 2017. Ils détiendraient des informations importantes pour l’enquête de la Cour.

Deux vidéos filmées au cours de l’été permettent de connaître les informations que les fantassins pourraient fournir à la Cour internationale de justice, basée à La Haye, aux Pays-Bas.

Chacune d’entre elles montre un homme en uniforme militaire fournissant des détails souvent troublants au sujet de meurtres de masse et de viols commis en 2017 contre la minorité musulmane rohingya. Ils y mentionnent des noms de bataillons, des villages qui ont été détruits et des emplacements de fosses communes qu’ils auraient aidé à creuser et à remplir de personnes assassinées.

Les deux vidéos sont sous-titrées en anglais et affichent le logo du groupe rebelle Arakan Rohingya Salvation Army (ARSA). CBC n’a pas pu confirmer l’authenticité des vidéos et les circonstances dans lesquelles les déclarations sont faites.

Des sources qui désirent garder l’anonymat confirment cependant qu’il s’agit des deux hommes présentement détenus par la Cour internationale de justice.

Deux hommes en uniformes militaires.

Ces images proviennent des vidéos enregistrées durant l'été par le groupe rebelle ARSA. L'homme à gauche s'identifie comme étant Zae Naing Tun, 30 ans. L'homme à droite s'identifie comme étant Myo Win Tun, 33 ans.

Photo : De source ayant requis l'anonymat

Les témoignages que contiennent ces vidéos sont crédibles, assure quant à lui Matthew Smith, directeur général de Fortify Rights. L’organisation basée en Thaïlande se penche notamment sur les violations des droits de la personne au Myanmar.

Lorsque nous comparons ce que nous avons déjà documenté et ce que les soldats [dans les vidéos] décrivent, ça concorde. Un des fantassins mentionne par exemple avoir monté la garde dans le village de Kyet Yoe Pyin pendant que ses supérieurs y commettaient des agressions sexuelles.

Matthew Smith confirme que son organisation a rassemblé de nombreuses informations sur les agressions sexuelles particulièrement violentes commises dans ce village.

L’emplacement d’une fosse commune mentionnée dans une des vidéos concorde également avec un lieu connu pour avoir été le site de massacres bien documentés, dit Matthew Smith.

Des témoignages importants pour la Cour

Ces deux anciens soldats sont les premiers membres de l’armée du Myanmar en poste au moment des faits à décrire la violence des événements de façon détaillée. Qui plus est, leur version est étroitement similaire à celles déjà recueillies par la Cour internationale de justice, notamment auprès de victimes.

Ils pourraient donc faire avancer de manière significative l’enquête, a déclaré une source à CBC.

Les deux fantassins confirment que des supérieurs leur ont ordonné de tirer sur tous les Rohingyas et que des femmes, des enfants et des personnes âgées ont ainsi été tués. Ce genre d’information renforce l’argument des enquêteurs et défenseurs des droits de la personne qui soutiennent que les violences de 2017 étaient coordonnées et organisées.

La Cour internationale de Justice a jusqu’à présent rassemblé assez d’informations pour poursuivre au moins six hauts gradés de l’armée birmane pour leur responsabilité dans les violences contre les Rohingyas.

S'il s'agit bien des deux hommes dans les vidéos, le témoignage qu'ils fournissent est significatif.

Matthew Smith, directeur général de Fortify Rights
Un haut bâtiment de verre et de métal avec la représentation d'une balance sur une paroi de verre.

La Cour pénale internationale à La Haye aux Pays-Bas.

Photo : The Associated Press / Peter Dejong

La Cour n’a toutefois pas encore indiqué si elle comptait utiliser les témoignages des deux anciens soldats contre ces hauts gradés ou s’ils feraient eux-mêmes l’objet d’un procès.

Payam Akhavan, conseiller juridique international pour le Bangladesh, a confirmé que deux ressortissants du Myanmar avec des informations crédibles sur leur participation aux violences de 2017 se sont présentés à la frontière pour y demander la protection du gouvernement en août dernier, mais il ne peut divulguer leur identité et l’endroit où ils ont été emmenés.

CBC n’a pas réussi à joindre les autorités du Myanmar pour commenter l’affaire.

Avec les informations de Nahlah Ayed de CBC

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