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Trump a admis minimiser la menace de la COVID, révèle le journaliste Bob Woodward

Le président Donald Trump a admis dès l'hiver, au cours d'entrevues avec Bob Woodward, qu'il savait que le virus était « mortel » et pire que la grippe, et qu’il minimisait la situation, révèle le légendaire journaliste d'enquête dans son nouveau livre, Rage, dont des extraits ont été publiés par des médias mercredi.

La couverture montre la moitié du visage de Donald Trump avec le mot « Rage » écrit en grosses majuscules rouges dans le bas du livre avec le nom du journaliste Bob Woodward en lettres blanches.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le livre « Rage » de Bob Woodward sera publié le 15 septembre.

Photo : AP via Simon & Schuster

Pendant des mois, le président américain a banalisé l'état de la pandémie aux États-Unis, mais ses conversations montrent qu'il jugeait la situation plus sérieuse qu'il ne le disait publiquement, indique le livre, qui paraîtra le 15 septembre et qu'ont obtenu CNN et le Washington Post, pour lequel Bob Woodward agit comme rédacteur en chef adjoint.

Rage s'ajoute à la longue liste de livres offrant un portrait accablant du président, dont Peur, le livre précédent de Bob Woodward, ou encore ceux de la nièce du président, Mary Trump, de l'ancien avocat personnel et homme de confiance de Donald Trump, Michael Cohen, ou de l'ancien conseiller à la sécurité nationale John Bolton.

À la différence des livres précédents, toutefois, celui-ci est notamment basé sur une série d'entretiens accordés par Donald Trump.

Bob Woodward a ainsi pu interviewer le président à 18 reprises, entre décembre 2019 et juillet 2020, et ce dernier lui a permis d'enregistrer leurs conversations. Autant le Washington Post que CNN ont publié des extraits audio sur leur site.

Vous n'avez même pas besoin de toucher des choses [pour contracter le virus]. Vous ne faites que respirer l'air et c'est comme ça que ça se transmet, déclarait ainsi Donald Trump lors d'un appel téléphonique avec le journaliste le 7 février. C'est aussi plus mortel que la grippe, ajoutait-il, précisant que le coronavirus était peut-être cinq fois plus mortel que la grippe

C'est un truc mortel, martelait-il. Ça se transmet tellement facilement, vous ne le croiriez même pas, ajoutait-il deux mois plus tard. À l'époque, il affirmait pourtant en public que la grippe était bien plus meurtrière et que le coronavirus disparaîtrait rapidement.

Déjà, le 28 janvier, le conseiller à la sécurité nationale Robert O'Brien prévenait le président au cours d'une réunion sur le renseignement hautement confidentiel que le coronavirus serait la plus grande menace à la sécurité nationale de [sa] présidence. Son adjoint avait renchéri, comparant la situation à l'épidémie de grippe espagnole de 1918, qui avait tué environ 50 millions de personnes, et soulignant l'importance de la transmission asymptomatique en Chine. À cette date, les États-Unis recensaient moins d'une douzaine de cas de coronavirus.

En mars, lors d'une discussion subséquente avec Bob Woodward, Donald Trump a admis avoir sciemment minimisé les risques d'une pandémie qui a aujourd'hui fait plus de 190 000 victimes américaines, selon l'Université Johns Hopkins.

Pour être honnête avec vous, je voulais toujours minimiser les choses. J'aime encore les minimiser parce que je ne veux pas créer de panique.

Donald Trump, au cours d'une entrevue tenue le 19 mars

Au cours du même entretien, il insiste en outre sur les risques que pose la maladie pour les plus jeunes : Aujourd'hui et hier, des faits surprenants sont sortis. Ce ne sont pas seulement les vieux, les plus vieux. Les jeunes aussi, beaucoup de jeunes. Le mois dernier, il a néanmoins soutenu publiquement que les enfants étaient presque immunisés. Sa déclaration a amené Twitter et Facebook à sévir contre le président, les deux réseaux sociaux invoquant leurs politiques contre la désinformation liée au coronavirus.

Les sources de Bob Woodward affirment en outre que la fermeture des frontières américaines aux étrangers arrivant de Chine était une recommandation de l'équipe de conseil de sécurité nationale, même si le président Trump a lui-même déclaré à plusieurs reprises que l'initiative venait de lui.

Trump se défend, Biden accuse

Comportement plus que méprisable, manquement au devoir, honte : le candidat démocrate à la présidence, Joe Biden, n'a pas mâché ses mots pour critiquer la minimisation de la pandémie par son opposant, l'accusant même de trahison du peuple américain sur une question de vie ou de mort.

Il savait à quel point c'était mortel. C'était beaucoup plus mortel que la grippe. Il le savait et il a volontairement minimisé [la situation], a-t-il dit au cours d'un événement de campagne au Michigan, évoquant des études évaluant que 54 000 vies auraient pu être sauvées si M. Trump avait décidé de fermer des pans entiers du pays deux semaines plus tôt.

Pire encore, il a menti au peuple américain. Il a sciemment et volontairement menti sur la menace qu'elle [la COVID-19] représentait pour le pays pendant des mois, a ajouté l'ancien vice-président, déplorant aussi les effets dévastateurs de la négligence de Donald Trump sur l'économie américaine.

Au cours d'une entrevue à CNN, Joe Biden a ensuite rappelé la réticence du président à adopter des mesures de sécurité comme le port du masque et la distanciation sociale.

Il a agité le drapeau blanc. Il n'a rien fait du tout. Pensez-y. Pensez à ce qu'il n'a pas fait. Et c'est presque criminel.

Joe Biden

En conférence de presse, le président Trump a pour sa part justifié la discordance entre les propos tenus avec Bob Woodward et ce qu'il disait publiquement aux Américains.

Rejetant la suggestion selon laquelle le fait de minimiser publiquement la menace du virus avait coûté des vies, il a affirmé que sa conduite démontrait du leadership. Nous voulons afficher de la confiance. Nous voulons afficher de la force, a-t-il affirmé.

Le fait est que je suis un meneur de claque pour ce pays. J'aime ce pays. Et je ne veux pas que les gens aient peur. Je ne veux pas semer la panique.

Donald Trump

Interrogé sur la difficulté que pourraient avoir les Américains à lui faire confiance désormais, il a soutenu que ne pas créer la panique était une très grande partie de la confiance.

Après avoir écrit sur Twitter le mois dernier que le livre serait mensonger, il l'a cette fois-ci qualifié de sale besogne politique.

La porte-parole de la Maison-Blanche, Kayleigh McEnany, a de son côté soutenu lors d'un point de presse que le président Trump n'avait jamais minimisé le virus, même s'il avait lui-même admis l'avoir fait lors de ses entrevues pour le livre, et qu'il n'avait jamais menti au public américain sur la COVID.

Bob Woodward, un homme aux cheveux blancs qui porte des lunettes, s'adresse aux médias lors d'une table ronde.

En mars 2019, le journaliste Bob Woodward était de passage à Montréal pour parler de son livre Peur : Trump à la Maison-Blanche.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Véritable légende du journalisme d’enquête, lauréat de deux prix Pulitzer, Bob Woodward jouit d’une crédibilité sans faille. C’est lui qui, en 1972 — à 29 ans —, a mis au jour avec son collègue du Washington Post Carl Bernstein le scandale du Watergate qui a contraint le président Richard Nixon à démissionner.

Son livre précédent, Peur, présentait Donald Trump comme un homme colérique, ignorant, peu respectueux de ses collaborateurs au sein d’une Maison-Blanche dysfonctionnelle, conflictuelle et dans laquelle ses collaborateurs multipliaient les manoeuvres de coulisses pour éviter les pires dérapages.

Les lettres d'amour de Kim Jong-un

Donald Trump et Kim Jong-un se serrent la main devant des drapeaux de leurs pays.

Donald Trump et Kim Jong-un se serrent la main avant le début de leur sommet historique à Singapour.

Photo : Associated Press / Evan Vucci

Pour son nouveau livre, Bob Woodward a également mené des centaines d'heures d'entrevues avec des témoins et il a eu accès à des notes, des courriels, des agendas et des documents confidentiels, dont des lettres envoyées au président américain par le leader nord-coréen, Kim Jong-un, que Donald Trump a déjà qualifiées de lettres d'amour.

Dans ses lettres au ton plus que flatteur, Kim Jong-un s'adresse à son interlocuteur en l'appelant Votre Excellence, ce que n'a pas manqué de souligner Donald Trump à Bob Woodward, indique le journaliste.

Je suis heureux d'avoir noué de bons liens avec un homme d'État aussi puissant et prééminent que Votre Excellence.

Extrait d'une lettre de Kim Jong-un

Une autre rencontre historique entre [son] Excellence et [lui]-même rappelant une scène de film fantastique est évoquée par Kim Jong-Un après leur premier sommet, en juin 2018.

Dans d'autres missives, le dirigeant nord-coréen s'étend sur ce moment de l'histoire où [il a] fermement tenu la main de [son] Excellence avec l'espoir de revivre l'honneur de cette journée ou dit chérir ce souvenir précieux et croire que l'amitié profonde et spéciale entre [eux] fonctionnera comme une force magique.

Dans son livre La pièce où c’est arrivé, mémoires de la Maison-Blanche, John Bolton avait notamment décrit un président particulièrement sensible à la flatterie.

Vantant la qualité de leur relation, Donald Trump a en outre déclaré à Bob Woodward que Kim Jong-un lui disait tout, y compris la description explicite de l'exécution de son oncle.

[Kim Jong-un] n'a jamais souri avant. Je suis la seule personne avec qui il sourit.

Donald Trump

Un président dangereux et inapte

À l'instar d'autres livres sur la présidence Trump, Rage, citations de joueurs importants à l'appui, trace un portrait dévastateur de l'occupant de la Maison-Blanche, montrant le désarroi de collaborateurs, anciens ou actuels, du président.

Le Dr Anthony Fauci, l'épidémiologiste en chef de la Maison-Blanche, a par exemple dit que le leadership de Donald Trump se faisait sans gouvernail et que sa capacité d'attention est comme un chiffre négatif, selon une source de Bob Woodward. Son seul but est d'être réélu, aurait-il déclaré.

L'ex-secrétaire à la défense James Mattis aurait pour sa part décrit son ancien patron comme dangereux, sans boussole morale et inapte à être commandant en chef. Il aurait en outre estimé que les politiques du président en matière de politique étrangère montraient aux adversaires des États-Unis comment [les] détruire.

L'ancien général quatre étoiles des Marines, qui avait démissionné en décembre 2018 dans la foulée de l'annonce du retrait des troupes américaines stationnées en Syrie, auquel il s'opposait, aurait en outre dit avoir quitté son poste après avoir reçu l'ordre de poser un geste criminellement stupide. En juin dernier, James Mattis a livré un réquisitoire impitoyable à l'endroit du président qu'il a servi.

Selon Bob Woodward, l'ex-directeur du renseignement national Dan Coats serait quant à lui demeuré convaincu que le président russe Vladimir Poutine détenait des informations compromettantes sur Donald Trump, même si ces allégations n'ont pas pu être prouvées par la communauté du renseignement américain.

Rage trône présentement au premier rang des succès de vente d'Amazon. Le livre a détrôné Déloyal, de Michael Cohen, qui a été emprisonné, notamment pour avoir menti au Congrès et pour s'être rendu coupable d'évasion fiscale et de violations aux lois sur le financement électoral.

Avec les informations de Washington Post, et CNN

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