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Plus de vaccins disponibles, mais moins de cas d'influenza envisagés au Canada

La grippe saisonnière est marginale cette année dans l’hémisphère sud, rendant optimistes les experts canadiens qui veulent éviter d’engorger le système de santé cet hiver.

Une infirmière administre un vaccin.

Le Canada a commandé près de 14 millions de doses de vaccins contre l'influenza cette année.

Photo : iStock

« Le plus grand déterminant pour une surchauffe du système de santé, ce ne sera pas l’influenza, mais la COVID », clame l’épidémiologiste de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), Gaston De Serres.

Ce dernier est optimiste. Une bonne nouvelle semble se dessiner pour les pays de l’hémisphère Nord, qui ont adopté ces derniers mois de multiples mesures sanitaires.

Au cours des prochaines semaines, le Canada pourrait vivre une saison record en termes de présence de la grippe saisonnière.

Un record qui serait marqué par une très faible circulation de cette maladie qui tue environ 3500 personnes chaque année au pays et qui inquiète hautement les autorités.

Ces dernières veulent éviter de paralyser les établissements de soins de santé, en vue d’une éventuelle deuxième vague de la COVID-19.

Au Québec, l’INSPQ estime qu’environ 400 personnes perdent la vie, en moyenne chaque année, en raison de l’influenza, principalement des personnes âgées de plus de 75 ans. Les hospitalisations annuelles varient quant à elles entre 4000 et 12 000, selon la gravité du virus.

Une quasi-absence dans l’hémisphère Sud

Cet espoir provient des récentes données fournies par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et des pays de l’hémisphère Sud, à l’instar de l’Australie, qui viennent de conclure leur hiver. Le constat est frappant : l’influenza a été quasiment absente.

Dans les zones tempérées de l’hémisphère Sud, l’activité grippale est restée à un bas niveau record, comparativement aux saisons précédentes.

Extrait du rapport de surveillance de l’influenza de l’OMS du 31 août 2020

Cette présence du virus a considérablement diminué depuis la mi-mars, soit au moment de l’imposition de mesures strictes pour limiter la COVID-19, indique le dernier rapport du département de la Santé (Nouvelle fenêtre) du gouvernement australien. Il y aurait ainsi un impact minime sur la société australienne pour cette année.

Fin janvier, alors que l’influenza était détectée dans 8,3 % des tests des laboratoires australiens, ce virus est à présent retrouvé dans moins de 0,1 % des échantillons. Mieux encore, aucun laboratoire n’a détecté cette grippe saisonnière à la mi-août.

Une augmentation des commandes de vaccins

Les circonstances vont peut-être être différentes pour nous, mais ces données nous donnent l’espoir que la présence de ce virus sera limitée, estime Gaston De Serres, en évoquant le succès des mesures sanitaires, comme le port du masque et la distanciation sociale.

Lorsqu’on prend des mesures pour réduire la transmission de la COVID, il y a aussi une réduction de la circulation des autres virus.

Gaston De Serres, épidémiologiste à l’INSPQ

Nous sommes particulièrement intéressés par la surveillance des impacts de la co-circulation de la grippe et de la COVID-19 dans l’hémisphère Sud afin de tirer parti des leçons apprises pour soutenir la réponse canadienne à la prochaine saison grippale, mentionne Geoffroy Legault-Thivierge, porte-parole de l'Agence de la santé publique du Canada.

Les mesures de santé publique prises pour empêcher la propagation de la COVID-19 semblent avoir eu un impact sur la circulation de la grippe et d’autres virus respiratoires, reprend-il.

Plus tôt cette année, les autorités canadiennes ont néanmoins prédit une augmentation de la demande de vaccins. Comme indiqué déjà ce printemps, Ottawa a revu à la hausse ses commandes en achetant 13,8 millions de doses pour l’ensemble des provinces, contre près de 11 millions les années précédentes.

En plus de ce total, une petite réserve a été créée et sera accessible aux provinces et aux territoires, au besoin, ajoute l'Agence de la santé publique du Canada.

Au Québec, la hausse est d’environ 25 % (deux millions de doses de vaccins, contre 1,6 million en 2019).

Considérant la pandémie de COVID-19, nous anticipons une plus grande intention de vaccination de la part de la population, comme cela a été vu dans d’autres pays (Australie par exemple), écrit Robert Maranda, porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Afin de se préparer à une co-circulation de la COVID-19 et de la grippe, il est important de préserver la capacité du réseau de la santé pour la COVID-19, donc nous souhaitons que toutes les personnes à risque d’hospitalisation à cause de l’influenza puissent être vaccinées si elles le souhaitent.

Robert Maranda, porte-parole du MSSS

Les défis de la vaccination

Dans un premier temps, Québec a envisagé de devancer cette campagne de vaccination. Impossible de le faire cependant, puisque les manufacturiers – qui font face à une importante demande mondiale – n’ont pu livrer plus tôt ces millions de doses, précise Gaston De Serres.

Le lancement de cette vaccination débutera donc, comme chaque année, vers la fin du mois d’octobre. Mais avec de nombreux défis, puisqu’il s’agira, au Québec, de vacciner près de 1,5 million de personnes, avec les contraintes de la pandémie actuelle.

Depuis des mois, il y a un manque de personnel un peu partout dans la santé. Ça va forcément nuire à la vaccination contre l'influenza, juge le médecin microbiologiste Richard Marchand, qui espère, par le biais des circonstances actuelles, un élargissement des accès aux vaccins.

On a toujours été hospitalo-centrique. Mais les hôpitaux sont surchargés. Ils devraient d'abord s'occuper des malades.

Richard Marchand, médecin microbiologiste

[Il faut] revoir [la] façon de faire pour la vaccination contre l’influenza, car celle-ci n’est pas adaptée dans un contexte de pandémie, admet de son côté le MSSS, en évoquant d’autres modèles à préconiser et un prochain plan d’action sur ce sujet.

Concrètement, finies les séances de vaccinations en groupe, dans les lieux publics. Il ne pourra pas y avoir de vaccination dans les centres d’achats, résume Caroline Quach, épidémiologiste à l’Hôpital Sainte-Justine de Montréal.

L'Agence de la santé publique du Canada préconise notamment d'élargir les heures d'ouverture des cliniques, de vacciner les patients et leurs accompagnateurs dès qu'ils vont consulter dans un hôpital, de mettre en place un système de réservation de plages horaires précises ou encore d'organiser des programmes de vaccination dans des milieux de travail.

L'instauration de cliniques au volant est également évoquée, mais cette idée est écartée par l'Hôpital Sainte-Justine.

On en a discuté, mais avec les enfants, c’est hors de question. Il faut enlever le manteau, accéder à une cuisse, détaille Dre Quach, tout en confiant un doute concernant le nombre de personnes qui voudront, cette année, se faire vacciner.

La plus grande difficulté, c’est de prédire la demande. Les gens peuvent se dire qu’avec un masque et en se tenant à distance des autres, ils n’ont pas besoin de se faire vacciner.

Caroline Quach, épidémiologiste à l’Hôpital Sainte-Justine

Pour limiter les risques et les hospitalisations, Québec va une nouvelle fois mettre l’accent sur les principales populations à risque, notamment les personnes âgées et ceux souffrant de maladies chroniques.

Selon Québec, les principales personnes visées par cette campagne de vaccination contre l’influenza sont :

  • Les enfants de 6 mois à 17 ans atteints de certaines maladies chroniques (Nouvelle fenêtre);

  • Les adultes ayant certaines maladies chroniques (Nouvelle fenêtre) (et les femmes enceintes, quel que soit le stade de leur grossesse);

  • Les femmes enceintes aux 2e et 3e trimestres de leur grossesse;

  • Les personnes âgées de 75 ans et plus ;

  • Les proches qui habitent sous le même toit qu’un enfant de moins de 6 mois ou qu’une personne à risque élevé d'hospitalisation ou de décès ainsi qu'à leurs aidants naturels;

  • Les travailleurs de la santé.

À l'Hôpital Sainte-Justine, par exemple, une lettre sera prochainement envoyée aux parents d’enfants ayant une maladie chronique, pour les inciter à prendre ce vaccin gratuitement dans une clinique dédiée dans l’établissement, disponible sans rendez-vous.

Il faut identifier ces gens à risque et les mettre au courant, avance Caroline Quach.

Les pharmacies québécoises, qui ont eu l’autorisation l’an passé d’administrer ce vaccin, seront également mises à contribution.

Ça devrait aider, appuyer le réseau, assure Gaston De Serres. Il y aura beaucoup de précautions à prendre pour réduire les risques. Il faudra avoir le moins de monde possible en même temps, les gens devront se tenir à distance.

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