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Toronto est-elle la ville « la plus multiculturelle au monde »?

Les participants au projet "Mon Toronto". De gauche à droite : Toufeeq Alayoubi, Brenda Maria Ousnounts, Aymerik Delanyo Da Matha Sant’anna et Wiam Abrouq.

En 2016 la part que représentent les immigrants et les personnes de deuxième génération à Toronto était de 75 % de la population.

Photo : Radio-Canada

« La diversité, notre force », telle est la devise de Toronto. La capitale de l’Ontario accueille l’une des populations les plus diversifiées du monde.

En 2016, l’émission More And Less de la BBC a désigné Toronto comme la ville la plus multiculturelle au monde. Le média anglais a pris en compte le pourcentage d'habitants nés à l’étranger pour déterminer la ville ayant la plus grande diversité de population. Selon Statistique Canada, les minorités visibles représentent 51,4 % de la population de Toronto.

Radio-Canada a demandé à des Torontois de diverses origines et à des experts du multiculturalisme s’ils pensent que la ville est la plus multiculturelle au monde.

Une ville multiculturelle avant tout

Amadou Sadjo Barry regardant la camera

Amadou Sadjo Barry, professeur de philosophie au Cégep de Saint-Hyacinthe.

Photo : Collection privée de Monsieur Amadou Sadjo Barry

Une société multiculturelle peut être définie comme celle dont la composition démographique est diversifiée sur le plan culturel, et par culture on inclut à la fois la dimension linguistique et religieuse, selon Amadou Sadjo Barry, professeur de philosophie au Cégep de Saint-Hyacinthe.

Pour lui, Toronto remplit ces critères et est multiculturelle à la fois sur le plan factuel et institutionnel.

Le maire de Toronto, John Tory, trouve que le multiculturalisme a connu une évolution rapide dans sa ville. Lorsque je grandissais, Toronto était moins intéressant, plus calme que Montréal par exemple, qui était une ville internationale et passionnante, déclare le maire. Pour lui, les deux villes sont dynamiques, mais Toronto a réussi à se transformer de quelque chose de très simple à l’un des endroits les plus diversifiés au monde.

Toronto est dotée d’un ensemble de politiques au niveau de l’organisation de la société et des institutions publiques qui essayent d’intégrer les différences de cultures dans la gestion des sociétés.

Amadou Sadjo Barry
M. Griffith sourit en regardant la caméra devant de grandes fenêtres.

Andrew Griffith, ancien fonctionnaire à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

C’est en 1977 que l'Ontario a officiellement adopté le multiculturalisme. Depuis, la province favorise les activités culturelles des divers groupes ethniques. L’ancien fonctionnaire à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, Andrew Griffith, estime que ces politiques visent à reconnaître les identités des groupes culturels pour les encourager à maintenir leur identité culturelle.

L’objectif du multiculturalisme, c’est d'assister les groupes à surmonter les barrières à la pleine participation de la société, que ce soit des barrières sociales ou culturelles.

Andrew Griffith

Pour M. Griffith, savoir quelle est la ville la plus multiculturelle du monde n'a pas d'importance. Il affirme que la gestion de cette diversité est de première importance. C’est le plus important pour moi. Pas le fait que Toronto soit plus diversifiée que Melbourne ou New York.

Multiculturalisme différent

Une trentaine de Burkinabés posent devant le drapeau de leur pays dans une salle.

Une trentaine de Burkinabés de Toronto lors d'une réunion de leur communauté.

Photo : Fournie

Le Canada encourage la politique des immigrants qualifiés. Ce choix est l’une des différences majeures entre le multiculturalisme torontois et celui qui est pratiqué dans certains pays européens, indique M. Griffith. Selon Statistique Canada, 54 % des ménages parmi les immigrants récents sont des immigrés économiques.

La plupart des pays ont encouragé l’immigration pour les travaux que les citoyens ne veulent pas faire alors que le Canada reçoit davantage d’immigrants qualifiés.

Andrew Griffith

Dans les villes européennes, il n'y a pas les mêmes diversités en termes de groupes différents ou de nationalités différentes. En France, par exemple, c’est plus des Maghrébins et en Allemagne on a plus des gens d’origine turque, ajoute-t-il.

Plus de 46 % des immigrés vivant en France en 2019 sont d’origine africaine. 12,6 % d'entre eux sont d’origine algérienne, 12 % viennent du Maroc et 4,5 % de Tunisie, selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSSE).

Mosaïque des origines et des cultures

L'entrée d'un restaurant chinois, Gold Stone Noodle Restaurant.

Le restaurant Gold Stone Noodle, dans le quartier chinois de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Julie-Anne Lamoureux

L’Ontario compte plus de 250 origines ethniques ou culturelles différentes. 77,5 % des minorités visibles de l’Ontario vivent à Toronto.

À Toronto depuis 31 ans, Olga Lambert est partagée entre 4 cultures : canadienne, togolaise, française et ontarienne. Elle juge positif le multiculturalisme torontois, car chacun y trouve sa place et peut se reconnaître facilement dans sa communauté.

Olga Lambert devant la camera devant une fenêtre.

Olga Lambert est née à Paris.

Photo : Collection privée de Madame Olga Lambert

Née à Paris, elle se considère comme un exemple même du multiculturalisme. Mon père et ma mère sont d’origine togolaise, ma grand-mère maternelle vient du Ghana alors que mon grand-père maternel est d’origine nigériane. Avant Toronto, Olga Lambert a vécu à Paris, à Dakar au Sénégal, au Congo Brazzaville, à Montréal et au Nouveau-Brunswick. Qu’elle soit en France, au Canada ou en Afrique, c’est avec fierté qu’elle fait valoir deux de ses quatre identités culturelles.

Je suis francophone de l’Ontario avec des valeurs africaines.

Olga Lambert

Elle juge positif le multiculturalisme torontois, car chacun y trouve sa place et peut se reconnaître facilement dans sa communauté.

Yann Allard-Tremblay

Yann Allard-Tremblay, professeur à l'Université McGill et ancien professeur à l'Université York.

Photo : Radio-Canada / Radio Canada

Yann Allard-Tremblay est membre de la Première Nation Huronne-Wendat. Il a habité à Toronto pendant plus de deux ans. Il perçoit le multiculturalisme du point de vue autochtone. Ce qu’on cherche à mettre de l’avant, c’est l’idée que les peuples autochtones sont des peuples distincts ayant une relation particulière au territoire et qui ne peuvent pas se réduire à une notion de multiculturalisme, où tout le monde fait partie de la société canadienne.

Il fait observer que le multiculturalisme n’est pas un projet problématique, mais qu'il aimerait que les gens gardent à l’esprit l’histoire particulière des Autochtones. La culture de ces peuples fait partie intégrante de la diversité torontoise. M. Tremblay le justifie entre autres par le désir de reconnaître une différence autochtone et de chercher à ne pas l'assimiler dans la culture dominante.

Il considère que Toronto œuvre pour la représentativité et la visibilité des peuples autochtones. Le fait de renommer des parcs en des noms autochtones ou d'assurer une meilleure représentativité des autochtones en sont des preuves, reconnaît-il.

Kan Chane Chan

Kan Chane Chan est traductrice en thaï, français et anglais.

Photo : Radio-Canada / Radio Canada

La diversité linguistique, Kan Chane Chan, originaire de Thaïlande, la vit depuis qu’elle s’est installée dans la grande région de Toronto.

En plus du français, qu’elle parle couramment, c’est en langue thaïe que Mme Chan communique le plus souvent avec son mari. Celui-ci parle aussi le cantonais, le mandarin et l’anglais. Leurs deux enfants sont plus à l’aise en français qu’en anglais. Ils font usage du français pour communiquer avec leur maman et l’anglais avec leur papa.

La plus grande caractéristique du multiculturalisme à Toronto est que tout le monde est respecté et est égal, peu importe la race, la langue, la croyance ou le métier.

Kan Chane Chan
Marta Bertolo

Marta Bertolo s'est installée à Toronto en 2014.

Photo : Radio-Canada / Radio Canada

Marta Bertolo est d’origine italienne. L'acceptation à Toronto de la diversité linguistique l’a rapprochée davantage du Canada et de l’Italie. C’est en vivant à Toronto que je suis devenue plus fière et consciente de mes origines italiennes. J’ai travaillé dans plusieurs restaurants et les gens admiraient mon accent italien. Je n’ai jamais eu honte de ça, confie-t-elle.

Bâtir des ponts entre les cultures

Sharifa Khan

Sharifa Khan est la fondatrice de l'agence Balmoral Multicultural Marketing.

Photo : Nicholas Chan

Sharifa Khan est la première femme issue des minorités visibles à occuper le poste de vice-présidente du Canadian Club of Toronto. Elle est fière de vivre à Toronto et de la façon dont le multiculturalisme y est vécu. Je suis heureuse d’avoir contribué à ma manière à faire de Toronto une plus grande mosaïque des cultures. C’est vraiment ma passion de construire des ponts de compréhension entre les cultures.

Contrairement à plusieurs grandes villes qu’elle a visitées, Mme Khan pense que Toronto a la particularité de célébrer ouvertement les vertus de l’immigration.

J'ai voyagé dans nombreuses villes américaines et européennes. Beaucoup prétendent être multiculturelles, mais j'ai constaté que trop souvent, leurs communautés ethniques vivent cloisonnées entre elles.

Sharifa Khan

Dans le Grand Toronto, 13 des 25 circonscriptions électorales de Toronto sont constituées d'au moins 70 % de minorités visibles.

Une femme noire en tenue de carnaval de toutes les couleurs défile dans la rue avec d'autres danseuses à ses côtés.

Le défilé du carnaval caribéen de Toronto Caribana. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

L’experte en marketing voit plusieurs avantages économiques et sociaux dans l’approche inclusive de la diversité de Toronto, notamment l'émergence d'une culture locale d’exploration et de célébration mondiale. Caribana, le carnaval des Caraïbes de Toronto en est un exemple.

Différences pas toujours acceptées

Mathieu Young

Mathieu Young est trésorier au sein du conseil d'administration de l'organisme communautaire Action positive.

Photo : Collection privée de Matthieu young

Bien que le multiculturalisme soit accepté par un grand nombre de gens à Toronto, certaines communautés sont victimes de stigmatisation, de violence, de racisme et d’exclusion sociale, selon Mathieu Young, Torontois originaire de l’Île Maurice. Il affirme avoir été victime de stigmatisation du fait de son apparence asiatique lorsqu’il faisait des courses dans une épicerie au plus fort de l'épidémie de la COVID-19.

J'étais en train de faire tranquillement mes affaires et j’ai dû constater que les gens me regardaient de travers et que c'était dû sûrement au fait que j’étais asiatique. Ça te met vraiment mal à l'aise , raconte-t-il.

Depuis 7 ans qu’il vit à Toronto, Mathieu Young soutient être continuellement vu comme un Asiatique et non comme un Africain ou un Mauricien, ce qui le dérange beaucoup. Je suis africain, créolophone et créole. J'ai souvent été répertorié comme Chinois, Philippin ou Japonais alors qu’ils se trompent.

Des femmes brandissent un drapeau arc-en-ciel et sourient.

Les spectateurs dans les rues lors de la Fierté de Toronto (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Andrew Lahodynskyj

En tant que membre de la communauté LGBTQ+, Mathieu Young se sent chanceux d’être à Toronto, où il peut vivre paisiblement son orientation sexuelle. Cependant, des actes haineux envers la communauté homosexuelle sont quelquefois rapportés. En août, un homme de 57 ans a été arrêté à Aurora, en banlieue de Toronto, pour une affaire de vandalisme d’un symbole LGBTQ+.

En août, l’Association musulmane du Canada (MAC) a dénoncé des actes de vandalisme et d’incidents dans ses centres Masjid Toronto. Six incidents en tout ont été dénombrés en un mois.

L’année dernière, James Sears a été reconnu coupable d'incitation à la haine contre les femmes et les juifs pour ses écrits parus dans son magazine Your Ward News.

Entre 2017 et 2018, Toronto a occupé la neuvième place des villes canadiennes affichant les taux les plus élevés de crimes haineux déclarés à la police. Hamilton occupait la première place du classement.

La façade d'un immeuble

La Cour de justice de l'Ontario sur Finch Ouest à Toronto

Photo : Radio-Canada / Aizick Grimman/CBC News

Les personnes noires rapportent aussi fréquemment les actes racistes dont ils sont victimes. Dans une enquête publiée le mois passé, la Commission ontarienne des droits de la personne (CODP) a noté une surepréprensation des Noirs dans les contacts avec la police de Toronto.

Entre 2013 et 2017, près du tiers des accusations ont été portées contre les Noirs, qui ne constituent que 8,8 % de la population.

Toujours selon la Commission ontarienne des droits de la personne, les personnes noires ont 20 fois plus de risque d’être abattues par des policiers dans la ville reine que les personnes blanches.

Au mois d'août, des propositions de réforme de la police de Toronto ont été adoptées par la Commission des services de police de Toronto. La création d’un programme de formation obligatoire et autonome contre le racisme à l’égard des personnes noires ou autochtones fait partie des innovations de ces reformes.

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