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Les monts Groulx sous-estimés par des randonneurs toujours plus nombreux

Le sommet des monts Groulx à travers les arbres.

Les monts Groulx (archives)

Photo : Radio-Canada / Nicolas Lachapelle

« On est restés prisonniers de la montagne », raconte le randonneur Samuel Rivet. À quelques heures de marche de leurs voitures, deux jeunes couples partis en randonnée sur le chemin des vacances ont finalement vécu un sauvetage en forêt. Et ils ne sont pas les seuls à avoir été pris au piège de l’univers majestueux, mais périlleux, des monts Groulx.

Comme partout sur la Côte-Nord, l’affluence touristique a été grande dans ces montagnes reconnues pour leur paysage nordique à perte de vue. On ne s’y aventure cependant pas comme vers n’importe quel sommet de la province.

Deux randonneurs de dos marchent dans les monts Groulx.

Pour le meilleur et pour le pire, les monts Groulx ont été les hôtes de jeunes randonneurs cet été.

Photo : Gracieuseté de Valérie Grenon

À la fin du mois d’août, deux évacuations par hélicoptère ont eu lieu dans ces montagnes situées entre Fermont et Baie-Comeau, sur la Côte-Nord. Les deux groupes de randonneurs secourus commençaient à souffrir d’hypothermie. Une baisse importante des températures, des chutes de neige et le manque de préparation des randonneurs ont causé ces situations d’urgence.

12 heures d’attente, de froid et d’angoisse

Après trois jours de randonnée, Samuel Rivet, sa copine et leur couple d’amis n’ont plus beaucoup de vêtements secs dans leur sac à dos lorsqu’ils se glissent dans leur sac de couchage pour dormir. La pluie est omniprésente depuis le début de l’aventure.

Le lendemain [en se réveillant], on a vu qu’il y avait de la neige au sol. On s’est dit, bon, on va mettre nos derniers vêtements secs et on va un petit peu pousser, il reste quelques heures avant la fin du sentier et on va bientôt être à l’auto au sec, raconte le randonneur en se remémorant ce qui devait être leur dernière journée de marche.

Mais après une heure de marche, le froid rattrape les randonneurs. Une membre du groupe a les pieds tellement gelés qu’elle n’arrive plus à avancer. Elle ne sent vraiment plus ses pieds et elle se met à avoir des frissons, se souvient Samuel Rivet.

Cloué sur place, le quatuor monte la tente et s’y réfugie pour attendre que la tempête qui sévit passe et tenter de réchauffer la coéquipière en hypothermie.

Trois jeunes dans une tente avec des couvertures de survie.

Samuel Rivet et ses acolytes de randonnée se sont réfugiés dans une tente pour attendre les secours.

Photo : Gracieuseté de Valérie Grenon

À 8 h, ils appellent la Sûreté du Québec pour s'informer des possibilités d’organiser un transport par hélicoptère.

Un hélicoptère survole le groupe qui commence à avoir de plus en plus froid vers 13 h 30, mais en raison des conditions météorologiques, l’engin ne réussit pas à les apercevoir.

Sorti pour faire des signaux et tenter de se faire repérer, Samuel Rivet mouille tout ce qui lui restait de sec.

Là on était vraiment tout trempes. Il y avait vraiment 20 cm de neige, au sol, mouillée. On ne pouvait vraiment plus se déplacer. Si on se déplaçait, on tombait en hypothermie.

Une citation de :Samuel Rivet, randonneur
Un téléphone Iridium dans une tente.

La journée sera ponctuée de communications difficiles avec les secours, car le téléphone Iridium que les randonneurs ont amené n’a plus de minute de disponible. Ils doivent donc attendre qu’on les contacte.

Photo : Gracieuseté de Valérie Grenon

À 21 h 55, les rotors d’un moteur se font entendre. Les phares de l’hélicoptère commencent à poindre. Trempés et épuisés, les randonneurs sont soulagés.

C’est à la course qu’ils devront rejoindre l’hélicoptère qui risque de manquer de carburant s'ils tardent trop. La tente toujours montée sera laissée derrière.

Une expérience d’apprentissage

Maintenant, on est peut-être plus conscients qu’une montagne, c’est imprévisible, et que la température y est changeante. Pendant notre randonnée, parfois la météo changeait aux 15 minutes. 15 minutes, c’était la grosse pluie, 15 minutes, c’était le gros soleil et 15 minutes après c’était le retour de la pluie, raconte Samuel Rivet.

Des vêtements imperméables pour tous et une meilleure gestion du matériel mouillé font notamment partie des leçons que le jeune homme tire de son aventure mémorable.

De nombreux randonneurs manquent de préparation

Les randonneurs qui s’aventurent dans les monts Groulx ne sont bien souvent pas assez préparés pour la destination, pense le guide Guy Boudreau qui habite dans les monts Groulx.

Ce qui s’est passé, les randonneurs, comme ça arrive pour plusieurs à l’occasion, ils sont mal préparés, mal équipés, mal informés de comment agir dans les mauvais temps, indique le guide.

Guy Boudreau accorde une entrevue à Radio-Canada.

Guy Boudreau est guide dans les monts Groulx. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Nicolas Lachapelle

Les monts Groulx sont un territoire d’autonomie avec un climat très rigoureux, rappelle-t-il.

Quand il ne fait pas beau, on peut être littéralement dans les nuages et ne pas voir 50 pieds devant soi!

Une citation de :Guy Boudreau, guide

Le principal problème, c'est que soit les randonneurs se surestiment par rapport aux problématiques des monts Groulx, soit ils sous-estiment les monts Groulx par rapport à ce que ça peut représenter comme niveau de risques, analyse le guide.

Un nouveau type de randonneurs

La station Uapishka est le point de départ de plusieurs randonneurs vers les monts Groulx. Ayant nouvellement quitté ses fonctions, Daniel Beaulieu en était le directeur cet été. Il constate que les jeunes randonneurs étaient particulièrement présents dans les montagnes cette année.

Ce sont des jeunes de 25 ans et plus, souvent des couples, alors qu’avant c’était beaucoup plus des groupes de six personnes. Mais cette année, on a vraiment vu plus de petits groupes et souvent quand ils sont deux, il y en a un qui est plus willing que l’autre, constate M. Beaulieu.

Ils pensent parfois que c’est comme des sentiers de la Sépaq, mais c’est complètement faux. [...] Ça prend un compas et une carte.

Une citation de :Daniel Beaulieu, ancien directeur de la station Uapishka
Un randonneur au sac à dos rouge marche vers un étang calme.

La beauté des lieux surpasse les moments d'angoisse vécus dans les souvenirs de Samuel Rivet

Photo : Gracieuseté de Valérie Grenon

Malgré le froid et la peur qu’il a affrontés, Samuel Rivet a été charmé par les monts Groulx qu’il espère revisiter un jour. C’était fantastique de voir les montagnes dans la brume, affirme avec admiration le jeune randonneur.

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