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Nouvelles tensions entre Kanesatake et Oka au sujet de la pinède

Serge Simon, grand chef de Kanesatake, devant la pinède d'Oka.

Serge Simon, grand chef de Kanesatake, devant la pinède d'Oka.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

La gestion de la pinède se retrouve une fois de plus au cœur de tensions entre la Ville d’Oka et la communauté de Kanesatake. Le conseil municipal veut classer ce territoire comme site patrimonial, mais le Conseil Mohawk et le propriétaire d’une partie des terrains s’y opposent.

Dans l’avis de motion déposé lors de la séance du 1er septembre, le conseil municipal indique son intention de citer la forêt de la pinède, sans les terrains du golf, comme site patrimonial en raison de sa valeur historique, identitaire et paysagère.

Le but est vraiment d’assurer la conservation pour protéger cette fameuse pinède qui est au cœur de la crise d’Oka. 30 ans plus tard, la municipalité protège cette forêt-là, c’est important, affirme le maire Pascal Quevillon.

Le Conseil Mohawk de Kanesatake se dit d’accord avec l’objectif final du projet, mais pas avec la façon de le faire, puisqu’il réclame l’autorité sur la gestion de ce territoire. Nous aussi, on a l’intention de protéger la pinède que nos ancêtres ont aidé à planter. Le maire, lui, n’a pas l’air de comprendre que nous avons le même but, déplore le grand chef Serge Simon.

Il dénonce également un manque de consultation de la Ville, tout comme le propriétaire des terrains, qui affirme avoir été informé des intentions du conseil municipal seulement lorsque l’avis spécial écrit, prescrit par la loi sur le patrimoine culturel, lui est parvenu.

De son côté, le maire soutient s’être entendu avec le conseil de bande sur le besoin de protéger ce territoire dans le passé. « Le grand chef était d’accord en 2015. C’est dans la continuité de ce qu’on avait dit lors des 25 ans de la crise d’Oka. Je ne vois pas pourquoi il s’opposerait à ça maintenant » , rappelle l’élu.

Le maire d'Oka, Pascal Quevillon, devant la mairie de la municipalité.

Le maire d'Oka, Pascal Quevillon, dit vouloir défendre les intérêts de ses concitoyens.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Cette attitude laisse perplexe le professeur d’études autochtones à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Sébastien Brodeur-Girard. La manière de faire les choses est souvent aussi, et parfois même plus, importante que le geste, aussi louable soit-il. La question de la consultation et de l’implication de toutes les parties au dossier dès le départ, aurait dû être un préalable, opine-t-il.

La Ville d’Oka prévoit la tenue d’une consultation publique au sujet de son projet de site patrimonial le 19 octobre. D’ici là, le maire Pascal Quevillon invite le grand chef à l’appeler pour discuter des détails de la proposition de la municipalité.

Droits ancestraux

Le territoire visé par le projet est réclamé par la communauté mohawk de Kanesatake depuis plusieurs dizaines d'années. Il fait aussi l'objet de tensions internes entre les traditionalistes et le conseil de bande.

Pour nous, c’est une question de revendications ancestrales. Je pense qu’il y a beaucoup de racisme dans cet enjeu-là! On ne veut pas que les Mohawks mettent la main sur même un acre de leur territoire ancestral, clame le chef Simon.

Or, pour le maire cet enjeu n’en est pas un. Les revendications territoriales ne regardent pas la municipalité d’Oka. La seule chose que je peux vous dire, c’est que les Mohawks n’ont aucun droit ancestral au nord du Saint-Laurent, comme dans le cas d’Oka, tranche-t-il.

Cet avis de motion de la Ville a été déposé alors qu’un projet de réserve écologique est déjà en train de prendre forme. Il est le résultat d’un accord entre le propriétaire d’une partie du terrain, Grégoire Gollin, et le Conseil Mohawk de Kanesatake.

Une forêt se dresse derrière des modules de jeux dans un parc.

Le terrain offert par Grégoire Gollin est situé au nord de l’école des Pins et d'un parc municipal d'Oka.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La demande a été formulée auprès d’Environnement Canada. Elle a été approuvé. Une aide financière pour mener à bien ce projet a été débloquée, donc nous en sommes à attacher toutes les ficelles bureaucratiques pour pouvoir soumettre à la communauté le projet concret, ajoute le propriétaire des terrains.

L’an dernier, ce promoteur immobilier avait annoncé son intention de se prévaloir du Programme de dons écologiques créé par Environnement Canada pour céder 70 hectares à cette communauté autochtone et bénéficier d’une réduction d’impôt. Déjà à ce moment-là, la Ville s’était opposée au projet, disant craindre l’apparition de cabanes de cannabis.

Je me sens dans une situation où il n’y a pas de compréhension de la part de la Ville de la démarche de réconciliation que la communauté a entreprise et qu’elle veut continuer la main tendue. Et cette main tendue, ce qu’elle rencontre, c’est un poing, ajoute Grégoire Gollin.

On parle avec le Conseil Mohawk, mais de l’autre côté, les traditionalistes ne sont pas d’accord. Donc ce n’est pas facile de s’entendre avec une communauté qui est divisée. Le but ultime, c’est vraiment de protéger la forêt, se défend Pascal Quevillon.

Ressources et visions

La capacité du conseil Mohawk d’assurer la conservation des lieux a été remise en question à plusieurs reprises par le maire d’Oka. Le grand chef Simon reconnaît avoir besoin de plus de ressources pour y arriver.

Je comprends un peu les préoccupations, parce que chez moi, on a des problèmes. Des problèmes économiques, sociaux et ainsi de suite. Il y a beaucoup de cabanes à cannabis qui sont non réglementées et on voit la préoccupation du maire. Il ne veut pas que [ces cabanes apparaissent] dans la pinède ou ailleurs [où elles] pourraient déranger ses citoyens, convient-il.

Il estime toutefois qu’avec les bonnes ressources, son peuple est en mesure de prendre en main la situation, malgré le manque de moyens. Selon lui, on pourrait combler ces manques par la mise en place d’un corps policier et la création d'un groupe d'officiers environnementaux chargé de surveiller les bonnes pratiques en matière de conservation écologique.

Or, pour obtenir ce type de ressources, Sébastien Brodeur-Girard estime qu’il faut des changements profonds dans les relations entre les Autochtones et les non-Autochtones.

La solution la plus simple et la plus évidente, et qu’on évite pourtant, ça serait de procurer à la communauté les moyens de mettre ces objectifs-là en oeuvre, mais ça demande encore là des négociations et de travailler sur la question des relations illustre le professeur.

Il rappelle qu’en matière de relations, les points de vue entre les deux sociétés s’entrechoquent.

Ce que la plupart des nations autochtones nous rappellent régulièrement en matière de traités, c’est qu’une fois que le traité est signé, ce n’est pas la fin, c’est le début! Ce sont les termes d’une relation qu’on met en place et qu’il faut continuer à travailler. La question, ce n’est pas de régler un problème, c’est d’établir de bonnes relations qui vont permettre d’améliorer les conditions dans lesquelles chacune des parties peut entrer en contact avec les autres.

Un tel rapprochement avait été observé au début de l’année entre la MRC des Deux-Montages, dont fait partie la ville d’Oka, et Conseil Mohawk de Kanesatake avec la création d’un comité de liaison permanente. Peu de résultats ont toutefois été constatés.

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