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Les jeunes au cœur des nouvelles éclosions de COVID-19

Cette tendance ouvre la porte à une importante transmission communautaire, disent les autorités de santé publique.

Un jeune homme portant un masque fait prendre sa température par un agent de sécurité.

La hausse de nouveaux cas de COVID-19 chez les personnes de moins de 40 ans préoccupe les autorités sanitaires.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Si les jeunes n’ont pas été frappés de plein fouet au début de la pandémie de COVID-19, les nouvelles éclosions au Canada sont de plus en plus observées chez les personnes de moins de 40 ans.

Au total, depuis le début de la pandémie, environ la moitié des cas du Canada sont des jeunes, et la moitié sont des personnes de 40 ans et plus. C'est en Alberta que les jeunes sont infectés dans de plus grandes proportions que les aînés.

Depuis quelques semaines, le nombre de nouveaux cas augmente de nouveau partout au pays, surtout au Québec, en Ontario, en Colombie-Britannique et en Alberta. Et les jeunes sont de plus en plus nombreux à recevoir un test positif.

De janvier à avril, plus de 35 % des personnes infectées au Canada avaient plus de 60 ans; en juin et juillet, cette proportion tombe à 12 % en août et au début de septembre.

L'augmentation de nouveaux cas au pays se constate principalement parmi les 20-29 ans. De janvier à mai 13 % des cas avaient de 20 à 29 ans; en août et septembre, ce taux bondissait à plus de 25 % de tous les cas au Canada.

En Alberta, la proportion de jeunes de moins de 30 ans est tout de même passée de 27 % dans les premiers mois de la pandémie à près de 42 % au cours des dernières semaines.

En Colombie-Britannique, le nombre de jeunes de 20 à 29 ans a triplé, passant de 10,5 % dans les premiers mois de la pandémie à plus de 32 % en août et septembre. Le pourcentage d'aînés infectés a pour sa part fléchi de 35 % à 11 %.

En Ontario, la proportion de jeunes de 20 à 29 ans a doublé, passant de 13 % de tous les cas dans cette province de janvier à mai, à 26 % en août et septembre. Chez les moins de 20 ans, ce taux est passé de 4 % à plus de 17 %.

Au Québec, du 30 juin au 7 juillet, 45,8 % des nouvelles infections concernaient des personnes de plus de 50 ans. La semaine suivante, ce nombre tombait à 23,1 %, ce qui démontre à quel point les nouvelles infections étaient détectées chez les jeunes, particulièrement ceux de 20 à 29 ans. Le ministère de la Santé n’a pas fourni de nouvelles données pour les dernières semaines de juillet et du mois d'août.

Par ailleurs, en date du 8 septembre, selon les données du gouvernement du Québec, 70 écoles avaient recensé au moins 1 cas de COVID-19 et 50 autres enquêtaient sur de potentiels cas.

David Buckeridge, épidémiologiste et professeur à l'Université McGill, croit qu’inévitablement les écoles seront un important vecteur du virus, en raison d’une augmentation des interactions.

Je crois que, pour la santé mentale, c’est une bonne idée d’ouvrir les écoles. Mais c’est complexe. Ce sera ça, le défi : de gérer les éclosions dans les écoles.

David Buckeridge, Université McGill

Ailleurs au pays, peu d’infections d’écoliers ont été signalées en date du 8 septembre, mais il faut rappeler que la rentrée scolaire dans les autres provinces commence un peu plus tard qu’au Québec.

Une tendance mondiale

Deux enseignantes portant des masques sur le visage sont à l'extérieur d'une école et deux jeunes garçons se dirigent vers elles avec leurs sacs d'école. Une des deux femmes a une bouteille de désinfectant à la main.

Des enseignants accueillent des enfants à l'école le 12 mai 2020 à Saint-Sébastien-sur-Loire, en France.

Photo : Reuters / Stephane Mahe

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a récemment soutenu que, désormais, le virus se propage principalement par des personnes dans la vingtaine, la trentaine et la quarantaine.

Par exemple, aux États-Unis, en date du 27 août, 476 000 Américains de moins de 20 ans avaient été infectés, soit près de 10 % de tous les cas du pays. Plus de 4000 ont été hospitalisés, une centaine sont décédés.

L’American Academy of Pediatrics a observé une augmentation de 17 % des cas auprès des jeunes Américains entre le 13 et le 27 août. De plus, au moins 51 000 infections ont été confirmées chez des étudiants dans plus de 1000 universités.

En Espagne, avant le 11 mai (alors que des mesures sévères de confinement étaient en place), plus de 86 % des personnes infectées avaient plus de 40 ans. Depuis le 11 mai, plus de 45 % des personnes infectées ont moins de 40 ans. La proportion de jeunes de 15 à 29 ans est cinq fois plus élevée qu’en mai. 

Au Royaume-Uni, plus de 70 % des cas jusqu’au 17 juillet avaient plus de 40 ans. Depuis, environ la moitié des cas sont des jeunes de moins de 40 ans.

Dans plusieurs cas, ces jeunes sont asymptomatiques et ne savent pas qu'ils sont infectés, et deviennent ainsi de potentiels transmetteurs de la maladie à des groupes plus vulnérables.

C’est inquiétant de voir des augmentations, peu importe l’âge de la personne. Le problème, c’est que les jeunes n’interagissent pas seulement qu’avec des jeunes, dit David Buckeridge.

Plus de cas graves chez les jeunes?

David Buckeridge tient à rappeler que ce n’est pas parce que les jeunes semblent être moins à risque d’être hospitalisés ou de mourir de la COVID-19 que des dizaines, voire des centaines d’entre eux ne développeront pas des complications graves.

Les médecins signalent que de plus en plus de personnes – dont plusieurs jeunes – présentent des symptômes qui persistent pendant des semaines, et même des mois.

Au Canada, environ 9 % des personnes hospitalisées en raison de la COVID-19 avaient moins de 40 ans (1,3 % pour les moins de 19 ans; 3 % pour les 20-29 ans; 4,8 % pour les 30-39 ans).

Le virus est un traître, a lancé mardi le directeur national de santé du Québec, Horacio Arruda.

Et statistiquement parlant, si le nombre de cas continue d’exploser chez les jeunes, le nombre d’entre eux qui auront des complications graves augmentera aussi. Nous l’avons vu à New York, où il y a eu des taux d’infections très élevés. On a aussi vu un nombre élevé de cas de COVID-19 chez des enfants.

L'accroissement des cas chez les jeunes montre que le virus est maintenant bien enraciné dans la population.

Ceux qui en douterait, le virus est encore là. La contamination est communautaire. Et parce qu’elle est communautaire, elle a un impact sur nos milieux de vie, nos milieux de soins et dans nos écoles.

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec

Il a insisté sur le fait que tous les Québécois – jeunes et moins jeunes – sont responsables de leurs comportements dans cette pandémie et que chaque petit geste peut avoir des effets.

Le Pr Buckeridge ajoute que l’augmentation du nombre d’hospitalisations et de décès se produit généralement quelques semaines après une augmentation du nombre de nouveaux cas. Ça peut prendre des semaines avant qu’on voie l’impact. Ça commence avec les jeunes et ça se propage dans la population. Et c’est là qu’on va voir le nombre de cas et de décès augmenter de façon exponentielle.

Pourquoi les jeunes maintenant?

Pourquoi cette soudaine hausse chez les jeunes? David Buckeridge explique que les mesures de confinement ont forcé les jeunes à rester à la maison. Mais avec l’assouplissement des mesures sanitaires au cours des dernières semaines, ils en ont profité pour augmenter leurs interactions sociales, ce qui a favorisé la propagation du virus.

Tout le monde était content de pouvoir se lâcher lousse. J’ai des enfants. Ils vivent dans un autre univers; ils n’écoutent pas la télévision ou la radio. Le message qui doit être lancé aux jeunes doit être que, même s’ils n’auront peut-être pas de complications sévères s’ils sont infectés, ils doivent penser à leurs parents, leurs grands-parents.

De plus, le fait que moins d'enfants étaient testés au début de la pandémie (l'accent était mis sur les résidences pour aînés) a potentiellement alimenté le mythe selon lequel les enfants n'étaient pas à risque d'infection.

Lors d'une entrevue à CBC, Ali Mokdad, professeur des indicateurs scientifiques en santé à l'Institute for Health Metrics and Evaluation de l’Université de Washington, explique cette tendance simplement : Le virus n’a pas changé. Ce sont nos comportements qui ont changé.

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