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La mission de Yanic : réconcilier hockey et homosexualité

Libéré de son secret, le jeune joueur de hockey veut aider les autres à vaincre les préjugés.

Un joueur de hockey qui lève les bras en l'air après avoir marqué un but.

Yanic Duplessis jouait avec les Flyers de Moncton, chez les moins de 18 ans, au cours des deux dernières années. Il a aussi été repêché par les Voltigeurs de Drummondville de la LHJMQ en 2019.

Photo : Normand Léger

François Le Blanc

Sur la patinoire, Yanic Duplessis, hockeyeur de 17 ans de Saint-Antoine, au Nouveau-Brunswick, se mesure à des adversaires redoutables depuis fort longtemps. Dans sa vie d'adolescent, Yanic Duplessis affronte toutefois un autre genre de défi. Être lui-même, dans un monde, le hockey, où l'homosexualité est encore mal reçue. Même si ça signifie aussi de prendre du recul par rapport à son sport préféré.

Jeune homme souriant en polo.

L'an dernier, Yanic participait au camp des Voltigeurs de Drummondville. On le voit ici avant son départ.

Photo : Famille Duplessis.

Yanic est homosexuel.

C'est une phrase toute simple qui devrait être banale de nos jours. Mais, parce que Yanic joue au hockey, parce qu'il est un athlète d'élite, parce qu'il a été un choix de 9e tour, en 2019, des Voltigeurs de Drummondville de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ), cette toute petite phrase prend une plus grande signification.

Le monde du sport a souvent de la difficulté à accepter et à bien comprendre l'homosexualité. Les tabous sont forts en sports.

Yanic tient à dire que ce n'est pas de tout repos d'être un joueur de hockey homosexuel.

Ç'a été difficile, dit-il. Des joueurs disaient des choses dans les vestiaires sans savoir ce que je vivais. Si seulement ils avaient su! Sans que ça me perturbe, ç'a tout de même retardé mon coming out [sortie du placard, c'est-à-dire révélation de son homosexualité]. Il s'est longuement demandé si ses coéquipiers allaient le comprendre.

Sa sortie du placard s'est faite lundi matin, dans un texte publié sur le site FDP Podcasts Network, sous la plume de Craig Eagles. Duplessis y révèle sa passion du hockey, mais surtout son homosexualité.

C'était toute une décision à prendre. Mais, le jeune homme savait qu'il était temps.

C'est sûr que ç'a eu plus d'attention que je pensais, indique Yanic. Le but de l'article est d'aider d'autres personnes, des jeunes ou même des adultes, qui sont en train de vivre la même chose que moi.

Au bout du fil, Yanic n'hésite pas une seconde à se confier aussi à Radio-Canada.

J'essaye de faire un changement, je veux que les mentalités changent, que le monde du sport change, partout. C'est ma mission avec ce genre d'entrevues.

Yanic Duplessis

Depuis la publication du texte, Yanic dit que d'anciens coéquipiers lui ont envoyé des messages positifs de soutien. Des messages sont apparus sur sa page Facebook pour l'encourager.

Yanic en position de lancer un objet sur une piste d'athlétisme.

Yanic Duplessis excelle dans plusieurs sports, dont le lancer du poids.

Photo : Famille Duplessis

Mais avant d'en arriver là, il s'est torturé intérieurement.

Une longue année

Il y a 13 mois, nous avons publié un article, Les défis de Yanic Duplessis, alors qu'il allait prendre part au camp d'entraînement des Voltigeurs de Drummondville. On ne savait pas alors que ses défis étaient beaucoup plus nombreux.

Des jeunes joueurs avec casquettes et gilets de hockey.

Yanic Duplessis, au centre, avec d'autres espoirs des Voltigeurs

Photo : Famille Duplessis

Oui, j'étais conscient de qui j'étais, dit-il en souriant. L'an dernier, ce n’était pas la meilleure année pour moi. Je suis passé au travers de beaucoup de choses, entre autres avec mon père [qui a subi une crise cardiaque] et avec mes interrogations.

Retranché par les Voltigeurs, le rapide ailier est déçu et soulagé à la fois. Il a des choses à régler avec lui-même à son retour à Saint-Antoine.

J'ai travaillé dur pour me faire repêcher. Il y a eu beaucoup d'heures d'entraînement, sur la glace, à l'extérieur de la patinoire. J'ai été récompensé. Mais, ç'a été de valeur, à cause de ceci, de prendre un petit pas en arrière.

Yanic Duplessis
La famille Duplessis sourit. Yanic est au centre avec son chandail rouge avec le logo des Voltigeurs

Yanic Duplessis, avec ses parents, lors du repêchage de 2019.

Photo : Famille Duplessis

Le poids des mots, le poids d'une révélation

Un jour de juin, il reçoit un message texte d'un ami qui lui demande s'il est vrai qu'il est homosexuel. Un message qui vient le frapper droit au cœur.

Je n'étais pas prêt à tout dire, raconte Yanic.

Y avait des émotions, beaucoup d'émotions ce matin-là que j'ai reçu le message de mon ami. Je ne savais pas comment réagir, je ne savais pas... j'ai alors décidé d'en tirer quelque chose de positif.

Yanic Duplessis

En fait, l'adolescent espérait attendre après l'année scolaire et après la saison de hockey, car on ne sort pas du placard si facilement.

L'étape la plus dure, c'est de t'accepter toi-même, explique Yanic. Mais moi, pendant ce temps, je n’étais pas 100 % OK avec qui j'étais. Il fallait que je m'accepte.

Un long cheminement

Je savais ça depuis que je suis vraiment jeune, que j'étais différent, se souvient-il. Je savais qu'il y avait quelque chose d'autre, c'est difficile à expliquer.

Puis, il y a eu le hockey. Très jeune, il se passionne pour ce sport. Il marque des buts, gagne des matchs et se fait remarquer par des recruteurs.

Cependant, il y a aussi le vestiaire, le lieu mythique du hockey. Une chambre où il est difficile de se cacher.

Quand les gars commencent à avoir des girlfriends [des copines], ça se partage des histoires dans le vestiaire. Mais moi, je n'en avais pas à partager. Et le monde se posait des questions, laisse tomber Yanic.

Je faisais attention à ce que je disais pour me couvrir, surtout quand je parlais des filles. C'était... être comme une autre personne.... être comme dans un film où tu es la star dans un autre rôle.

Yanic
Joueur tirant au but, la rondelle dépassant le gardien de but.

Yanic Duplessis a marqué 14 buts en 35 parties l'an dernier avec les Flyers.

Photo : Normand Léger

Au vestiaire, la douche peut créer des malaises quand on veut cacher son homosexualité.

Je commençais à m'accepter. Je me suis dit que je ne peux plus cacher ça. Je savais que je ne pouvais contrôler qui j'étais. Je savais que je devais faire mon coming out plus tard, éventuellement.

Après les parties et les pratiques, poursuit Yanic, je me dépêchais, je me déshabillais et je m'en allais. Je me lavais chez nous. S'il fallait prendre sa douche sur place, je faisais ça vite et je ne traînais pas.

Pourquoi? Tu t'imagines des scénarios. Tu essayes d'éviter les problèmes, imaginaires ou non.

Aussi, pour éviter que les gars de hockey aient des pensées du genre : "Oh my god, il se douche avec nous autres? Ah, me regardait-il?" Je ne les regardais pas comme ça, c'était comme des frères. Mais, j'avais peur que ça arrive.

Après le message de son ami, en juin, Yanic est désemparé. Tiraillé entre son amour du hockey et son avenir, il est très triste.

Quelqu'un lui conseille de parler à Brock McGillis. Cet ancien joueur junior est le premier hockeyeur professionnel à avoir dévoilé son homosexualité. Il est l'un des défenseurs les plus importants de la communauté homosexuelle sportive.

Un athlète en entrevue.

L'ancien gardien Brock McGillis est en croisade contre l'homophobie au hockey.

Photo : ONF

Son conseil pour Yanic : Ne t'inquiète [pas] du hockey tout de suite. Assure-toi que toi, tu es OK. Demeure concentré sur toi et le reste viendra après.

Maintenant, Yanic Duplessis est plus confiant, solide sur ses patins, pour reprendre une analogie de hockey.

Après avoir marqué des buts et gagné des championnats, il est prêt à mettre en échec les préjugés et à aider les autres à passer au travers de mauvaises expériences.

Se sent-il courageux? Un long silence règne au bout du fil. Oui, tu peux dire ça, mais.... [autre silence] j'ai jamais aimé me donner des compliments. Je ne sais pas quoi rajouter.

Yanic veut toujours jouer au hockey. L'attaquant de Saint-Antoine vise le niveau scolaire pour cette saison. Il ne met pas une croix sur le Junior-A à Campbellton, encore moins sur le junior majeur à Drummondville.

Il ne sait pas comment ça va se passer à son retour sur la patinoire. Mais, pour l'instant, il se concentre sur ce qu'il peut contrôler. Le reste suivra. Un match à la fois, comme aiment dire les sportifs.

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