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Parti québécois : militants lucides cherchent chef tenace

Les quatre candidats et l'animatrice de la soirée.

Quatre candidats tentent de succéder à Jean-François Lisée à la tête du PQ.

Photo : Courtoisie (Parti québécois)

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les militants du Parti québécois vont élire le 10e chef de leur histoire le 9 octobre prochain. Deux ans après avoir essuyé la pire défaite électorale depuis la fondation du parti, le moral des troupes a beau être meilleur, ce sont des militants lucides qui détermineront qui, entre Frédéric Bastien, Sylvain Gaudreault, Guy Nantel ou Paul St-Pierre-Plamondon, dirigera le chantier de reconstruction du parti.

COVID-19 oblige, les occasions de rencontrer les quatre candidats se font rares. Mais quelques assemblées publiques leur donnent quand même la chance de les voir et de les entendre débattre de vive voix.

La semaine dernière, par exemple, une centaine de membres du parti s'étaient donné rendez-vous dans la cour du vieux palais de justice de L'Assomption, dans Lanaudière.

Pourtant, la soirée n'a pas été ponctuée de discours enflammés. Il ne semble pas question, pour les aspirants-chefs, de vendre un rêve. Chacun présente plutôt son plan de relance devant des militants plus réalistes que jamais.

Nous sommes allés à la rencontre de ces membres qui ne croient pas à l'arrivée d'un sauveur à la tête du parti, mais qui sont déterminés à reconstruire leur formation politique.

Une femme montre sa carte de membre du PQ.

Aïcha Van Dun, 47 ans, enseignante au cégep de L'Assomption et membre depuis 1990

Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin

À la recherche d'« un bon chef »

Aïcha Van Dun est membre du Parti québécois depuis 1990. Fille de militants, son implication était plutôt discrète jusqu'aux dernières élections. Les résultats ont eu sur elle l'effet d'un électrochoc.

Quand j'ai entendu des journalistes ou des chroniqueurs politiques dire que le Parti québécois est mort, je l'ai senti comme une responsabilité et comme un devoir de transmettre cet idéal que j'ai, raconte-t-elle.

L'enseignante au cégep régional de Lanaudière et mère de deux adolescents a donc repris le flambeau. Elle milite maintenant activement, consciente que le prochain chef ne pourra pas à lui seul relancer le PQ. On ne cherche pas un sauveur, on souhaite un mouvement qui part de la base, explique-t-elle.

La défaite l'a donc secouée, mais les résultats du Bloc québécois sur la scène fédérale lui ont redonné espoir.

Je pense que beaucoup de militants ont été encouragés par la reconstruction du Bloc québécois. Jamais on n'aurait pensé faire élire 32 députés. Cela a été un moteur, un encouragement, ça nous dit que c'est possible de se reconstruire, conclut-elle.

Une femme âgée présente sa carte de membre du PQ.

Jocelyne Bergeron, 62 ans, agricultrice à Saint-Georges-de-Windsor et membre depuis 1976

Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin

Une course moins suivie, la faute à la pandémie

Jocelyne Bergeron est une militante de la première heure. Membre du parti depuis 1976, elle a participé à toutes les courses à la chefferie.

Cette fois, la pandémie a freiné ses ardeurs, mais ce n'est pas la seule raison. Le choix des candidats et la conviction que ce sont maintenant aux jeunes de décider du destin du parti y sont aussi pour quelque chose.

Il n'y en a pas plus grand que nature. Par contre, on a beaucoup de jeunes qui inspirent beaucoup. Ça, je trouve que c'est un vent de renouveau. Il faut que ce soit les jeunes qui bâtissent leur pays. C'est pour eux autres qu'on a mis des structures en place, c'est à eux de les développer, plaide-t-elle.

Cette idée fait consensus autour d'elle, raconte l'agricultrice de 62 ans. Lorsqu'elle clavarde avec des amis péquistes, tous s'entendent sur l'importance de la place des jeunes dans le choix du chef.

C'est un peu pour ça que je ne suis pas active auprès d'un seul candidat présentement. Faut bâtir pour les jeunes, ce sont eux qui vont avoir le pays. Moi, dans 20 ans, je vais courir moins vite qu'aujourd'hui, précise-t-elle.

Un jeune homme montre sa carte du PQ dans un champ.

William Gosselin, 23 ans, étudiant à Sherbrooke et membre depuis 2015

Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin

Cette fois, j'espère que le vote des jeunes fera la différence

William Gosselin est étudiant à l'Université de Sherbrooke; il milite depuis déjà cinq ans au Parti québécois.

Depuis le début de la course à la chefferie, il travaille pour que les jeunes membres passent à l'action et votent. Pas question que leurs voix ne soient pas entendues, cette fois.

Comme bien d'autres, il s'est senti mis de côté lors de la campagne électorale. Il a été déçu de voir le Parti québécois traiter les jeunes comme une clientèle parmi tant d'autres, alors que Québec solidaire mettait le paquet pour les séduire en leur parlant de souveraineté.

Il veut donc maintenant d'un chef qui ira à leur rencontre. Il y a beaucoup de mes amis qui n'ont jamais entendu parler de cet enjeu-là. C'est important d'avoir une chef qui va aller leur parler [de souveraineté]. Je ne pense pas que c'est du clientélisme, c'est important d'aller vers les jeunes dans les universités et les cégeps, dit-il.

Un jeune homme présente sa carte du PQ devant un bâtiment.

Mohammad Mansoor, 22 ans, étudiant à Montréal et membre depuis 2017

Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin

Amener le parti dans la bonne direction [...], ou mettre fin à mon militantisme

Mohammad Mansoor participe pour la première fois à l'élection d'un chef. Le choix que les membres s'apprêtent à faire pourrait faire la différence, pour lui, entre rester ou quitter le parti.

Il est immigrant de deuxième génération. Ses parents ont quitté le Pakistan pour s'installer à Montréal dans les années 1990. Un choix qui a influencé ses opinions politiques : Quand j'allais en Ontario voir mes cousins, je voyais que c'était deux cultures et je me suis dit que peut-être le Québec a quelque chose de plus distinct, et c'est ça qui m'a fait pencher vers le mouvement souverainiste.

L'étudiant de l'Université McGill milite aussi au Bloc québécois. Il dit y retrouver une coalition de souverainistes venus de tous les horizons, et il remarque que c'est ce qu'il manque au Parti québécois.

Si le prochain chef ne parvient pas à réunir tous les souverainistes, le mouvement, tout comme son rêve d'indépendance, sera mis en veilleuse pour un moment, selon lui. Si on ne pense pas à faire une plus grande coalition, pour les prochaines élections, le mouvement souverainiste joue sa survie [...] Le projet de souveraineté risque d'être enterré pour plusieurs générations, affirme-t-il.

Un homme âgé présente sa carte du PQ

Duncan Robertson, 65 ans, retraité à Montréal et membre depuis 1997

Photo : Radio-Canada / Mathieu Potvin

Les phénix, ça existe en politique

Duncan Roberston croit plutôt que le parti va renaître de ses cendres. Originaire de l'Ontario, il est l'un des rares membres anglophones du PQ. Ils sont peu nombreux, mais ils sont fidèles précise-t-il. Même pour la dernière élection, qui a probablement été la pire depuis la fondation, les anglophones étaient toujours là. Quelque 3 % des anglophones ont voté pour le Parti québécois.

Peu importe qui sera élu chef, il ne s'attend pas à un miracle à la prochaine élection. Il n'y a pas un chevalier qui va arriver de nulle part, ça n'existe pas. Ce n'est pas un de nos candidats, s'exclame le retraité qui milite dans Rosemont, circonscription dans laquelle le dernier chef Jean-François Lisée s'est incliné devant Québec solidaire en 2018.

Mohammad ne croit pas non plus aux chances du Parti québécois de l'emporter aux prochaines élections. Je pense qu'il va y avoir un swing assez important pour dire que le prochain chef va devenir le nouveau premier ministre en 2022.

Ce n'est pas nécessairement ce que cherchent les membres, mentionne William. L'objectif, c'est d'avoir un chef qui va être là pour le long terme.

Et puis, les militants ne se mettent pas la tête dans le sable, dit Aïcha.

On est quand même la troisième opposition, on a beaucoup de travail à faire, on est réalistes, on est lucides, mais on est déterminés à le faire.

Et pour y arriver, le Parti québécois a besoin d'un chef pédagogue pour redonner le goût au projet d'indépendance. Il faut recommencer au bas de l'échelle, il faut rééduquer les gens, analyse Jocelyne, la vétérane du groupe.

Bref, ce n'est pas un sprint qui attend le prochain chef du PQ, selon eux. Ces militants sont plutôt à la recherche d'un marathonien pour ramener la souveraineté sur la ligne de départ.

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