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Affaire Khashoggi : un tribunal saoudien annule des peines de mort

Le dissident saoudien Jamal Khashoggi prend la parole lors d'un événement organisé par Middle East Monitor à Londres.

Un tribunal saoudien a annulé lundi les peines de mort prononcées pour le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, les commuant en peines de prison.

Photo : Reuters

Agence France-Presse

Un tribunal de Riyad a annulé lundi les peines de mort prononcées pour le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, les commuant en peines de prison, dans un verdict final aussitôt qualifié de « parodie de justice » et de « farce » par une experte de l'ONU et la fiancée de cet ancien critique du pouvoir saoudien.

Cinq prévenus ont été condamnés à 20 ans de prison et trois autres à des peines allant de 7 à 10 ans, a indiqué l'agence officielle saoudienne SPA, citant les services du procureur général.

Ces derniers ont indiqué que ce nouveau jugement mettait fin à l'affaire.

Le procureur saoudien a joué un nouvel acte dans cette parodie de justice, a réagi sur Twitter la rapporteuse spéciale de l'ONU sur les exécutions sommaires, Agnès Callamard, qui avait fait enquête, et elle a déclaré que ces verdicts n'ont aucune légitimité juridique ou morale.

Le verdict est loin de satisfaire les attentes de la Turquie et de la communauté internationale, a pour sa part écrit sur Twitter Fahrettin Altun, porte-parole de la présidence turque.

Nous ne savons toujours pas ce qu'il est advenu du corps de Khashoggi, qui voulait sa mort ni s'il y a eu des complices locaux, ce qui met en cause la crédibilité du procès, a ajouté le porte-parole.

La fiancée turque de Jamal Khashoggi, Hatice Cengiz, a elle aussi qualifié le verdict de farce. Les autorités saoudiennes ont clos ce dossier sans que le monde sache la vérité sur qui est responsable du meurtre de Jamal, a-t-elle écrit sur Twitter.

Reporters sans frontières a également dénoncé le verdict. Ce procès sans public ni journalistes n'a pas permis de connaître la vérité et de comprendre ce qui s'est passé le 2 octobre 2018 au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul [où Jamal Khashoggi a été assassiné], lui qui avait donné préalablement l'ordre de commettre ce crime d'État, a déclaré le secrétaire général de l'ONG, Christophe Deloire.

Depuis le début de la procédure judiciaire en Arabie saoudite, il n'y a eu que des tentatives répétées de dissimulation, a dit pour sa part Ines Osman, directrice de MENA, une ONG de défense des droits humains basée à Genève.

Le verdict intervient après que les fils de Jamal Khashoggi ont annoncé en mai avoir pardonné à ses tueurs. Par le passé, son fils aîné, Salah Khashoggi, avait assuré avoir pleinement confiance dans le système judiciaire saoudien.

En avril 2019, le Washington Post avait affirmé que les quatre enfants du journaliste, y compris Salah, avaient reçu des maisons d'une valeur de plusieurs millions de dollars et étaient payés des milliers de dollars par mois par les autorités. La famille avait alors démenti cette information.

L’Arabie avait d’abord nié toute implication

Collaborateur du Washington Post et critique du régime saoudien après en avoir été proche, Khashoggi a été assassiné et son corps découpé en morceaux, le 2 octobre 2018, dans le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, où il s'était rendu pour récupérer un document.

Il avait alors 59 ans. Ses restes n'ont jamais été retrouvés.

Ce meurtre a plongé l'Arabie saoudite dans l'une de ses pires crises diplomatiques et terni l'image du prince héritier Mohammed ben Salmane, désigné par des responsables turcs et américains comme le commanditaire du meurtre.

Après avoir nié l'assassinat, puis avancé plusieurs versions, Riyad a affirmé qu'il avait été commis par des agents saoudiens qui auraient agi seuls et sans recevoir d'ordres de leurs dirigeants.

Le procureur saoudien a innocenté le prince héritier. Ce dernier a déclaré à la télévision américaine PBS qu'il acceptait la responsabilité du meurtre, parce qu'il s'est produit sous son règne tout en niant en avoir eu connaissance auparavant.

La CIA américaine aurait également conclu que le prince, qui contrôle tous les leviers du pouvoir, a probablement ordonné le meurtre.

La justice saoudienne s'était elle-même saisie de l'affaire et, en décembre dernier, à l'issue d'un procès opaque, cinq Saoudiens avaient été condamnés à mort et trois autres à des peines de prison, sur un total de 11 personnes inculpées. Les trois autres avaient été blanchies.

Procès par contumace en Turquie

La justice turque a pour sa part commencé au début de juillet à juger par contumace 20 Saoudiens, dont deux proches du prince héritier, l'ex-conseiller Saoud al-Qahtani et l'ancien numéro deux du renseignement, le général Ahmed al-Assiri, considérés comme les commanditaires du meurtre.

Le premier a fait l'objet d'une enquête en Arabie saoudite, mais n'a pas été inculpé en raison de preuves insuffisantes, et le second, mis en accusation, a été acquitté pour les mêmes motifs.

Les deux hommes ont été officiellement évincés du cercle politique du prince héritier saoudien.

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