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La répression s'accentue au Bélarus avec des centaines d'arrestations

Des hommes en habit de combat sont réfugiés derrière des barbelés.

Des membres des forces de l'ordre bloquent l'accès au palais de l'Indépendance aux manifestants qui protestent contre la réélection du président Alexandre Loukachenko.

Photo : Associated Press

Agence France-Presse

Les autorités bélarusses ont fait état lundi de plus de 600 arrestations lors de la manifestation massive de l'opposition de la veille à Minsk, symbole d'une répression qui s'accentue, tout comme la détention d'une des figures de la contestation.

Maria Kolesnikova, la seule figure importante de l'opposition ayant choisi de ne pas s'exiler à l'étranger, a été enlevée et emmenée dans un véhicule lundi matin par des inconnus, a annoncé le conseil de coordination de l'opposition. Elle ne répond plus à son téléphone depuis, comme deux membres de son équipe.

Maria Kolesnikova entourée de manifestants.

L'opposante Maria Kolesnikova a été arrêtée dans la manifestation de dimanche.

Photo : via reuters / TUT.BY

La figure de proue de l'opposition, Svetlana Tikhanovskaïa, réfugiée en Lituanie, a accusé les autorités bélarusses de se livrer à une politique de terreur. Elles ont tort quand elles pensent que cela va nous arrêter. Plus elles intimident, plus les gens sortiront dans la rue, a-t-elle ajouté.

Il est évident que de telles méthodes sont illégales et ne peuvent conduire à aucun autre résultat si ce n'est l'aggravation de la situation, a abondé le conseil de l'opposition, dont Mme Kolesnikova est membre et contre lequel les autorités ont engagé des poursuites judiciaires pour menace à la sécurité nationale.

Peter Stano, porte-parole de la Commission européenne, a dénoncé comme inacceptable la répression continue des autorités contre la population civile, les manifestants pacifiques et les militants politiques.

Interrogé par l'AFP, le ministère de l'Intérieur bélarusse a indiqué ne pas avoir d'information sur l'arrestation de Mme Kolesnikova et de ses collaborateurs.

Berlin exige des éclaircissements

Heiko Maas debout sur une tribune.

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas.

Photo : Reuters

De son côté, l'Allemagne exige de savoir où se trouve l'opposante bélarusse Maria Kolesnikova, a indiqué le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas.

Nous sommes très préoccupés [au sujet de] Mme Kolesnikova, a souligné dans le quotidien Bild M. Maas alors que l'Allemagne assure la présidence tournante de l'Union européenne.

Nous exigeons de savoir où elle se trouve et réclamons la libération de tous les prisonniers politiques au Bélarus.

Une citation de :Heiko Maas, ministre allemand des Affaires étrangères

Les arrestations répétées et la répression, avant tout contre les membres du "conseil de coordination" [de l'opposition bélarusse, ndlr] sont inacceptables, a ajouté le ministre du gouvernement d'Angela Merkel.

Quand on voit les images des manifestants pacifiques de Minsk, on ne peut pas fermer les yeux devant le fait que les gens veulent un changement de politique et de type de dirigeants, a poursuivi Heiko Maas.

Il a souligné que le gouvernement allemand travaillait d'arrache-pied à une série de sanctions européennes contre le régime d'Alexandre Loukachenko.

Maria Kolesnikova n'était toujours pas réapparue lundi soir. Plus de huit heures sont passées et on ne sait toujours pas où est Maria et ce qui lui est arrivé, a déclaré Maxime Znak, un membre du conseil de coordination, dans une vidéo publiée sur YouTube.

Ottawa veut la libération des prisonniers

Dans une série de tweets publiés lundi, le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a déclaré qu'Ottawa continue de condamner fermement la répression contre les manifestants pacifiques, à la suite de la présidentielle d'août dernier.

Le ministre Champagne a aussi exigé la libération des personnes détenues, des membres de l'opposition et des journalistes.

La violence n'est pas une réponse aux demandes légitimes des manifestants pacifiques, a-t-il ajouté, avant de préciser que le gouvernement canadien se trouvait aux côtés de la population du Belarus pour veiller à ce que leurs droits soient respectés.

Une foule record

Des dizaines de milliers de personnes manifestent.

Une foule record de plus de 100 000 personnes a marché dimanche à Minsk pour protester contre la réélection du président Loukachenko.

Photo : tut.by/afp via getty images / -

La manifestation de dimanche a rassemblé pour le quatrième week-end consécutif une foule record de plus de 100 000 personnes à Minsk, malgré un impressionnant déploiement des forces de l'ordre et même de l'armée dans la capitale.

Au total, 633 personnes ont été interpellées hier pour infraction à la loi sur les événements de masse, a indiqué le ministère de l'Intérieur dans un communiqué, ajoutant que 363 d'entre elles restaient en détention provisoire dans l'attente de l'examen de leurs dossiers par les tribunaux.

Des images avaient montré dimanche des hommes cagoulés, en civil et armés de matraques circulant dans le centre-ville et pourchassant des manifestants.

D'autres actions de protestation ont eu lieu dans de nombreuses villes du pays, notamment à Grodno ou Brest, dans l'ouest.

Alexandre Loukachenko, 66 ans dont 26 à la tête du Bélarus, continue d'exclure tout dialogue et recherche le soutien de Moscou. Loin de reculer, les autorités ont multiplié la semaine dernière les arrestations en réponse à la mobilisation des étudiants.

Alexandre Loukachenko marche dehors entouré de gens.

Le président du Bélarus Alexandre Loukachenko.

Photo : Associated Press / Nikolai Petrov

La réponse répressive des autorités a aussi visé les journalistes bélarusses dont une vingtaine ont été interpellés, tandis que plusieurs autres travaillant pour des médias étrangers, dont l'AFP, se sont vus retirer leur accréditation sans explications.

La répression avait été particulièrement brutale dans les premiers jours suivant l'élection du 9 août. Au moins trois personnes avaient été tuées, des dizaines blessées et plus de 7000 interpellées durant les premières manifestations. De nombreux cas de tortures et de mauvais traitements avaient aussi été documentés.

Pressions du gouvernement

Depuis, les arrestations avaient été moins nombreuses, mais le pouvoir a en revanche multiplié les pressions visant des travailleurs en grève ou des visages de l'opposition, dont plusieurs se sont réfugiés à l'étranger par crainte d'une arrestation, à l'exemple de Svetlana Tikhanovskaïa.

Une autre figure du mouvement, Olga Kovalkova, a déclaré samedi avoir trouvé refuge en Pologne après avoir été menacée par les services secrets bélarusses.

Olga Kovalkova en gros plan sur fond blanc.

Olga Kovalkova est responsable du Conseil de coordination de l'opposition au Bélarus.

Photo : Getty Images / SERGEI GAPON

Alexandre Loukachenko, qui avant l'élection n'avait pas de mots assez durs pour dénoncer les tentatives de déstabilisation de Moscou, dénonce désormais un complot occidental et fait tout pour se rapprocher de la Russie, son plus proche allié et partenaire économique.

La Russie a intensifié son soutien avec la visite à Minsk jeudi de son premier ministre Mikhaïl Michoustine, le premier déplacement de ce niveau depuis le début de la crise.

Les Européens ont pour leur part rejeté les résultats de la présidentielle du 9 août et préparent des sanctions contre des hauts responsables bélarusses. Peter Stano, le porte-parole de la Commission européenne, a dit s'attendre lundi à l'adoption de ces sanctions très bientôt.

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