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Souterrain, de Sophie Dupuis : l’esprit de famille quand tout le reste s’écroule

Cinq mineurs et mineures se promènent dans une mine, portant des casques équipés d'une lampe torche.

Avant de devenir l'un des films québécois les plus attendus de l'année, «Souterrain» a nécessité 10 ans de travail, confie Sophie Dupuis.

Photo : Axia Films

Angie Landry

Deux ans après Chien de garde, Sophie Dupuis présentera bientôt Souterrain, un drame dont le récit met en scène le monde minier de Val-d’Or, en Abitibi. Le film, dont la bande-annonce est sortie vendredi, promet une incursion à des lieues sous terre et au cœur des relations humaines.

Le récit de Souterrain met en vedette Joakim Robillard, qui interprète Maxime, travailleur dans une mine de Val-d’Or, en Abitibi. Le jeune homme, rongé par la culpabilité et les doutes, trouvera en ses collègues un filet de sécurité, un bonheur dans cette camaraderie souterraine, et un baume sur ses tracas personnels.

La cinéaste Sophie Dupuis, qui a élevé Théodore Pellerin au rang des meilleurs acteurs de sa génération avec Chien de garde (2018), a ramené pour son deuxième film le jeune comédien au sein de sa distribution. Il y joue le rôle de Julien, rendu aphasique et marchant avec une canne après un accident de voiture causé par Maxime.

Un jeune homme assis du côté passager d'une voiture regarde vers la fenêtre d'un air triste.

Théodore Pellerin a remporté l’Iris de la Révélation de l’année en 2018, pour son rôle de Vincent dans «Chien de garde», le dernier film de Sophie Dupuis.

Photo : Axia Films

La réalisatrice s’est d’ailleurs entourée de noms bien connus du milieu artistique pour composer celle qu’elle appelle tendrement sa gang de mineurs : James Hyndman, Guillaume Cyr, Catherine Trudeau, Mickaël Gouin, Chantal Fontaine, Bruno Marcil, Jean L'Italien, Lauren Hartley et Jean-François Boudreau sont presque toutes et tous descendus dans le sous-sol abitibien pour y tourner des séquences du film.

Un film de famille

Avant de devenir un des films québécois les plus attendus de l’année et d’être sélectionné pour ouvrir le prochain Festival du nouveau cinéma (FNC), Souterrain a nécessité 10 ans de travail, confie Sophie Dupuis.

Il y a quelques années, alors étudiante en cinéma à l’Université Concordia et en visite chez ses parents, à Val-d’Or, elle a décidé de visiter une mine souterraine pour la première fois de sa vie, accompagnée de son père, qui y travaille.

Il n’en fallait pas plus pour convaincre la cinéaste en herbe : elle allait, un jour, faire un film dans une mine. Quelle que soit la route qu’il faudrait prendre avant d’aboutir à quelque chose de concret.

En 2010, elle a donc consacré son été à visiter une douzaine de mines en Abitibi-Témiscamingue et à faire de la recherche sur le domaine. Sophie Dupuis explique que la région a beau être reconnue pour son industrie, ce ne sont pas toutes les personnes qui y habitent qui peuvent se targuer de réellement connaître l’univers qui se cache sous terre. Pas même l’Abitibienne qu’elle est.

On se dit souvent, sans se poser de questions, que c’est une job accessible, bien payée, et qu’en Abitibi, les gens ne font que ça. Mais j’ai vu la passion dans les yeux de ces gars-là, avec les étoiles dans les yeux de ceux que j’ai rencontrés. Je sais qu’ils ne feraient rien d’autre au monde.

Une citation de :Sophie Dupuis

Ce qui l’a le plus frappée, d’ailleurs, c’est cette fraternité entre les travailleurs — et les travailleuses, même si elles sont encore très peu nombreuses à descendre dans le treuil, à chaque quart de travail. Quand on parle d’une mine, on pense à un endroit sombre, glauque, alors que j’ai trouvé ça tellement chaleureux , souligne la cinéaste.

Cette chaleur dont Sophie Dupuis fait part, elle s’incarne dans la camaraderie qui s’installe chez ceux et celles qui travaillent en bas, une fois isolés du reste du monde. Sous terre, ils ne font qu’un. Un peu comme une famille, quand tout le reste s’écroule, relève la réalisatrice.

Une mineure et un mineur en combinaison de protection se parlent dans une mine.

Catherine Trudeau et Joakim Robillard dans une scène du film «Souterrain», de Sophie Dupuis, qui prendra l'affiche le 9 octobre.

Photo : Axia Films

Souterrain, c’est un film de gang. J’ai beaucoup fait de films de famille… et je pense que j’ai encore fait un film de famille… mais avec des collègues de travail, dit-elle, avec un sourire dans la voix.

Sans entrer dans les détails, Sophie Dupuis explique que le récit du film sera marqué par un accident de travail. C’est un peu la métaphore du film. C’est une petite, petite société en soi, dans une mine. Dans les mines ou dans les métiers où il y a des enjeux de sécurité, c’est que chaque personne doit s’occuper de sa sécurité, mais de celle de l’autre également. Et ça va aussi pour la sécurité des émotions.

Un sceau d’approbation sur le réalisme minier

Comment amène-t-on une troupe d’acteurs et d’actrices à plus de 600 km de la métropole, à descendre à des lieues sous terre, pour y incarner non seulement cet esprit de collectivité, mais également l’archétype du mineur , sans en dénaturer les gestes ou le sens?

Avec beaucoup de répétitions, d’abord, explique Sophie Dupuis. On a eu le temps de créer des liens à même la gang d’acteurs. C’est bien important pour moi. On devient une petite famille à partir de là. Les liens qu’on voit à l’écran, ils sont réels.

Mais le moment le plus crucial a été, selon elle, l’arrivée des comédiens et comédiennes dans la mine, à Val-d’Or.

Deux hommes portant casques avec lumière et combinaison se parlent à l'intérieur d'une mine.

Pour «Souterrain», la cinéaste Sophie Dupuis a consulté de vraies équipes travaillant dans la mine de Val-d'Or, afin de présenter le métier de la façon la plus réaliste possible.

Photo : Axia Films

Beaucoup parmi la figuration sont des gens qui y travaillent au quotidien. Ils ont accompagné l’équipe de tournage pendant presque 15 jours. Beaucoup de gens qui nous ont montré comment les machines sous terre fonctionnent, notamment , soutient Sophie Dupuis.

Mais au-delà de la technique, la réalisatrice voulait renforcer les liens entre acteurs et actrices et les personnes de la mine. Unir un groupe.

Les mineurs sont aussi presque devenus des coachs pour les acteurs. Entre les prises, ils venaient me dire : "d’habitude, on dirait plus ça, comme ça…" Ça a permis que les acteurs parlent comme de vrais mineurs, se souvient-elle.

Les mineurs étaient parfois installés derrière le moniteur avec moi. Quand je disais "Coupez!", je me tournais vers eux. Je disais : "C’était correct la scène?" Ils me disaient se sentir "V.I.P.", et répondaient comment refaire la scène de manière plus réaliste.

Une citation de :Sophie Dupuis

C’est entre autres de cette façon que le réalisme de Souterrain s’est façonné. C'est en travaillant main dans la main pour la mise en scène que tout se tient.

Comme dans une mine.

Fébrile, la cinéaste avoue avoir hâte de recevoir les échos des gens de l'Abitibi-Témiscamingue et du secteur minier, qui verront prochainement le film. Comment eux vont trouver ça réaliste, c’est bien important pour moi, admet-elle.

Après tout, pour Sophie Dupuis, Souterrain se veut un hommage aux gens qui œuvrent dans les mines. Si Chien de garde portait à l’écran cette compassion envers les familles dysfonctionnelles, ce nouveau film est une ode à une profession méconnue, qui mérite de sortir de l’ombre.

Les mines, ça fait quand même partie de la culture québécoise. Et on n’en parle pas souvent. Je me dis que je vais peut-être sortir un pan de notre culture et l’amener au grand public. Ça fait du bien de voir d’autres choses que Montréal à l’écran.

Une citation de :Sophie Dupuis

Le film Souterrain de Sophie Dupuis sera présenté en première mondiale le 7 octobre prochain au 49e Festival du nouveau cinéma, et sortira en salle le 9 octobre.

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