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Après la COVID, le télétravail à temps partiel?

Des entreprises réfléchissent à la suite des choses, mais avec un penchant favorable pour le travail à distance.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Un homme pose ses mains sur le clavier d'un ordinateur portable dans l'obscurité.

Qu'adviendra-t-il du télétravail après la pandémie (archives)?

Photo : iStock

Le télétravail s'est imposé de force dans de nombreuses entreprises lorsqu'a éclaté la crise du coronavirus en mars dernier. Les habitudes de travail de milliers d'employés ont alors été bouleversées et tout indique que cette façon de travailler va demeurer, du moins en partie, après la pandémie.

Depuis la mi-mars, 95 % des employés du géant des télécommunications Telus travaillent de la maison.

Ce sont plus de 25 000 personnes pour l'ensemble du Canada, dont 1300 dans les régions de l'Est-du-Québec.

Si le télétravail s'est imposé de force dans plusieurs milieux avec la pandémie, la pratique faisait déjà partie de la culture d'entreprise chez Telus.

Les stationnements des édifices de la compagnie Telus sont presque vides depuis la mi-mars à Rimouski. Aucune mise à pied, mais 95% des employés travaillent maintenant de la maison

Les stationnements des édifices de la compagnie Telus sont presque vides depuis la mi-mars à Rimouski. Aucune mise à pied, mais 95 % des employés travaillent maintenant de la maison.

Photo : Radio-Canada / Denis Leduc

Avant même le début de la crise, 75 % des employés de Telus étaient déjà outillés pour travailler de la maison, mais la pratique était beaucoup plus limitée.

Le télétravail demeurera la norme jusqu'à la fin de l'année chez Telus, mais l'entreprise évalue déjà ses options pour l'après-COVID-19.

Aucune décision n'est encore prise, mais la direction assure que l'expérience des six derniers mois est concluante et que la productivité n'a pas du tout diminué.

Ce n'est pas moins efficace. Même au contraire, ce que nous disent les employés, c'est qu'ils sont très efficaces en télétravail. C'est vraiment ce que les employés nous mentionnent.

Marco V. Henry, directeur général du Bureau de projet chez Telus
Marco V. Henry, directeur général, Bureau de projet, Telus devant l'édifice Jules-A.-Brillant de Telus à Rimouski

Marco V. Henry, directeur général du Bureau de projet chez Telus

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

Plus de flexibilité

Julie Blanchette, qui travaille depuis sept ans chez Telus, s'adonnait au télétravail une journée par semaine avant la pandémie. Parmi ses avantages, elle cite la flexibilité des horaires, l'absence de déplacements vers le centre-ville et moins de dérangements qu'au bureau.

On peut faire exactement le même travail à la maison. Ça va super bien.

Julie Blanchette, analyste marketing chez Telus
Julie Blanchette, analyste marketing, mise en marché, Telus en situation de teletravail devant son ordinateur portable

Julie Blanchette, analyste marketing chez Telus

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

La perte de productivité : un grand mythe

La professeure en gestion des ressources humaines de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), Andrée-Anne Deschênes, dit que la crainte d'une perte de la productivité, c'est un des grands mythes du télétravail.

Toutes les études sont assez unanimes : il n'y a pas de perte de productivité. Il y aurait même un gain de productivité chez plusieurs travailleurs.

Andrée-Anne Deschênes, professeure en gestion des ressources humaines, UQAR
Andrée-Anne Deschênes, professeure en gestion des ressources humaines, UQAR devant le pavillon principal de l'université à Rimouski

Andrée-Anne Deschênes, professeure en gestion des ressources humaines, UQAR

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

Selon elle, la clef se trouve dans la façon de réorganiser le travail en misant d'abord sur l'atteinte d'objectifs de production plutôt que sur le traditionnel calcul du nombre d'heures travaillées par l'employé.

Des doutes chez certains

Tous ne tiennent toutefois pas ce discours positif au sujet du télétravail.

C'est le cas notamment de plusieurs dirigeants de PME du Bas-Saint-Laurent que nous avons contacté dans le cadre de ce reportage. S'ils se sont montrés réticents à parler publiquement de l'impact du télétravail sur leur entreprise, ils n'en ont pas moins une opinion sur le sujet. Et, dans certains cas, l'opinion est tranchée.

Ça tue le travail d'équipe, ça tue les liens entre employés, ça tue la complicité entre employés, ça tue le sentiment d'appartenance et ça tue les économies des centres-villes.

Un dirigeant de PME du Bas-Saint-Laurent qui a préféré garder l'anonymat

Ce dirigeant de PME dit qu'au départ, le télétravail semblait intéressant pour son entreprise, mais qu'à la fin, les employés ont demandé à revenir au bureau.

Andrée-Anne Deschênes, professeure en gestion des ressources humaines, UQAR, en entrevue devant le pavillon principal de l'UQAR à Rimouski

Andrée-Anne Deschênes, professeure en gestion des ressources humaines, UQAR

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

Andrée-Anne Deschênes n'est pas surprise par de tels propos, d'autant que peu d'entreprises étaient vraiment préparées à plonger dans une telle aventure.

En conséquence, elle pense que ce manque de préparation peut avoir teinté négativement la perception de ces chefs d'entreprise face à une pratique qui bouleverse fondamentalement les façons de faire.

Le télétravail, même à la MRC

Le hasard a voulu que les élus de la MRC Rimouski-Neigette adoptent une politique sur le télétravail juste avant le début de la crise.

Dès la mi-mars, tous les employés ont commencé à travailler depuis leur résidence.

On s'est rendu compte que le rendement était là quand même.

Francis Saint-Pierre, préfet de la MRC Rimouski-Neigette
Francis Saint-Pierre, préfet, MRC Rimouski-Neigette

Francis Saint-Pierre, préfet, MRC Rimouski-Neigette

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Selon le préfet, le succès est tel que les élus devront en tenir compte quand ils devront décider prochainement de régler les problèmes de manque d'espace dans les bureaux actuels.

Mais malgré son enthousiasme, le préfet exprime un bémol.

C'est très efficace, mais les gens ont besoin de socialiser. En télétravail, c'est beaucoup plus difficile. Certains peuvent vivre de l'isolement.

Francis Saint-Pierre, préfet de la MRC Rimouski-Neigette

Même Telus reconnaît qu'il y a là un défi.

Le face-à-face, c'est quelque chose que les gens aiment et qu'ils ont toujours aimé. Ça fait partie de la culture. [Avec le télétravail], ça manque un petit peu, affirme Marco V. Henry.

Le contact avec mes collègues me manque. J'aimerais mieux retourner la majeure partie du temps au bureau, mais je continuerais de faire, peut-être, une journée par semaine à la maison.

Julie Blanchette, analyste marketing chez Telus
Une femme devant un ordinateur.

Julie Blanchette aprécie le télétravail, mais ses collègues lui manquent.

Photo : Telus

Télétravail à temps partiel

Andrée-Anne Deschênes dit que l'isolement et l'éloignement des collègues demeurent les plus grands défis associés au télétravail, mais, selon elle, ce défi ne stoppera pas le désir des entreprises de miser, du moins en partie, sur cette nouvelle façon de travailler.

La plupart des études [...] nous montrent qu'au moins la moitié des entreprises québécoises veulent continuer le télétravail, mais pas cinq jours par semaine.

Andrée-Anne Deschênes, professeure en gestion des ressources humaines, UQAR

La professeure rappelle qu'il faudra réglementer cette pratique. Elle dit aussi que son succès dépendra de la capacité des entreprises à outiller autant leurs gestionnaires que leurs employés à cette nouvelle réalité, car on pressent que le télétravail ne va pas s'effacer avec la pandémie, dit-elle.

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