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Des parents en Ontario choisissent les cours en ligne, mais à contrecœur

Il est « complètement irréaliste » de penser qu'un enfant puisse se concentrer 3 à 4 h par jour devant un ordinateur, selon plusieurs experts.

Un enfant devant un ordinateur regarde son enseignant écrire des additions au tableau.

En Ontario, les parents ont le choix entre les cours en ligne ou en classe pour leur enfant cette année.

Photo : getty images/istockphoto / pinstock

En Ontario, les conseils scolaires sont tenus d'offrir des cours en classe et en ligne à cause de la COVID-19. Des centaines de parents ont choisi l'option virtuelle, mais plusieurs le font à reculons et les experts affirment que les attentes sont « irréalistes ».

Selon les directives du ministère ontarien de l'Éducation, les élèves inscrits à l'apprentissage à distance doivent recevoir cinq heures de formation par jour, comme leurs camarades qui retournent graduellement sur les bancs d'école ce mois-ci.

Ce temps d'apprentissage inclut de l'apprentissage synchrone (en temps réel) et asynchrone.

Les périodes minimales avec un enseignant en ligne (synchrone) sont chaque jour :

  • Maternelle-jardin : 180 minutes
  • Élémentaire et secondaire : 225 minutes

Jennifer Wallner, qui est professeure en sciences sociales à l'Université d'Ottawa, pense que ça n'a ni queue ni tête.

C'est complètement irréaliste de penser que quelqu'un - surtout un jeune enfant - puisse rester assis devant un ordinateur pendant aussi longtemps.

Jennifer Wallner, professeure à l'Université d'Ottawa

Son collègue en éducation à l'Université d'Ottawa, Éric Dionne, est sceptique lui aussi. C’est possible, mais peu probable que des enfants puissent maintenir un niveau d’attention soutenu pendant 3 à 4 heures par jour de façon régulière récurrente, dit-il.

Charles Pascal, professeur à l'Institut d'études pédagogiques de l'Ontario et conseiller de l'ancien gouvernement libéral, dit que c'est « complètement irréaliste ».

Ceci ne sera pas une tâche facile, admet Marc Gauthier, directeur de l'éducation du Conseil public du Grand Nord de l'Ontario. Nous allons devoir travailler avec les parents, diversifier notre enseignement, etc.

Environ 12 % des élèves d'élémentaire du Conseil ont opté pour les cours en ligne.

André Blais en entrevue dans une classe.

André Blais, directeur de l'éducation du Conseil MonAvenir

Photo : Radio-Canada

Au Conseil catholique MonAvenir, 11 % des élèves suivront leurs cours en ligne. Le directeur de l'éducation, André Blais, dit que ça va être un « ajustement ».

Il va falloir prévoir de la part de l'enseignant des moments où les élèves ne seront pas toujours en face de leur ordinateur. Ils pourront aller se prendre une collation et faire du travail individuel.

André Blais, directeur de l'éducation au Conseil MonAvenir

Julie Vanghelder, directrice des communications du Conseil Viamonde, explique que les périodes d'enseignement quotidiennes incluront la présentation de nouveaux contenus d’apprentissage, de la révision, un temps de questions et réponses avec les élèves, de la rétroaction régulière sur la progression des apprentissages, des explications relatives aux devoirs. Il y aura aussi des séances individuelles et en petits groupes.

Pour les plus jeunes, le ministère de l'Éducation précise que l'enseignement synchrone peut être subdivisé en séances plus courtes, donnant l'exemple d'un enfant de maternelle qui peut participer à des exercices en ligne de 10 minutes avec l'ensemble de sa classe virtuelle au début et à la fin de la journée, accompagnés d'autres sessions en plus petits groupes en matinée et en après-midi.

Pour ce faire, toutefois, un parent devra être disponible à la maison pour aider l'enfant.

Des parents incertains

La Torontoise Marie-Claire La Flair, dont les filles sont en 3e et en 5e année, a opté pour les cours en ligne, mais elle dit que ce n'est pas vraiment par choix.

Elle raconte qu'elle ne peut pas quitter la maison en raison d'un handicap et qu'elle craignait d'être prise au dépourvu si l'une de ses filles montrait des symptômes de la COVID en classe et qu'elle devait aller la chercher rapidement à l'école, étant donné que son mari doit parfois partir en voyage d'affaires.

Nous les gardons à la maison parce que ce faisant, nous éliminons l’incertitude et l’anxiété journalière - mais nous l’échangeons pour une vie quotidienne avec beaucoup de stress et un isolement encore plus extrême, raconte-t-elle.

Mes enfants risquent de se retrouver en ligne avec des enfants qu’elles ne connaissent pas, des enseignants qu’elles n’ont jamais rencontrés... en soi, ce n’est pas grand-chose, mais après déjà presque 6 mois sans vraiment pouvoir voir leurs amies, cet isolement prolongé me fend le cœur.

Marie-Claire La Flair, mère

Elle pense que 3 à 4 heures d'enseignement devant un écran chaque jour, c'est « beaucoup », mais elle est optimiste qu’avec le temps, les écoles sauront présenter un programme riche et ludique aux enfants.

Cela dit, elle ajoute : Je prends absolument pour acquis que je vais devoir être très impliquée tous les jours.

Elle connaît une autre mère qui a opté pour les cours en ligne, mais à contrecœur elle aussi.

D'autres parents ont choisi l'option virtuelle pour leur fille aînée au secondaire et leur garçon qui est en 5e année, mais leur cadette a insisté pour aller à l'école parce qu'elle s'ennuyait trop de ses amies.

Formation des enseignants

La professeure Wallner souligne que certains enseignants sont à l'aise en ligne, mais d'autres non.

Nombre de conseils scolaires ont créé des écoles virtuelles cette année, regroupant des élèves du même niveau de plusieurs quartiers ayant opté pour les cours en ligne. En d'autres mots, ce ne sont pas tous les enseignants qui auront à offrir ce type de cours.

Mme Vanghelder, de Viamonde, ajoute que le Conseil a préparé des formations complémentaires pour les enseignants de son école à distance, à la lumière des « retours d’expérience » des cours en ligne offerts au printemps et durant l'été.

Risque de retard d'apprentissage

Le professeur Dionne craint néanmoins que la formation en ligne ne mine l'apprentissage de nombre d'enfants, faute de socialisation suffisante.

Les élèves viennent à l’école pour apprendre et ils apprennent non seulement de leurs enseignants, mais aussi de leurs pairs.

Éric Dionne, professeur en éducation

Il cite l'exemple d'une question posée en classe par un élève qui peut en aider un autre, qui n'aurait pas osé poser une question. Est-ce que cela est possible en ligne? Certainement, ajoute-t-il. En revanche, les enseignants doivent être très bien formés afin de mettre à profit les outils technologiques qui favorisent cette socialisation. Ce n’est pas facile et je ne pense pas que les enseignants soient formés à cela.

Il craint aussi que l'apprentissage virtuel n'accentue les inégalités entre les élèves qui ont des parents mieux nantis pouvant se permettre de leur payer un tuteur pour les aider et les autres enfants, qui n'ont pas accès à ces ressources supplémentaires.

Le professeur Pascal dit que certains élèves réussiront bien grâce aux cours en ligne si l'enseignant peut rendre le contenu interactif, mais d'autres risquent d'en souffrir, particulièrement ceux qui avaient déjà des difficultés d'apprentissage.

La professeure Wallner affirme que les conséquences de l'école virtuelle sont inconnues pour l'instant.

Nous nous retrouvons en territoire inexploré où les conséquences à long terme pourraient être extrêmement préjudiciables à une génération de nos enfants.

Jennifer Wallner, professeure en sciences sociales

Pour elle, le gouvernement ontarien aurait dû former un comité d'experts pour étudier la question et offrir un modèle provincial aux conseils scolaires plutôt que de confier à chaque conseil la tâche d'élaborer son propre plan d'action.

Le professeur Pascal affirme que ces consultations avec des experts, des enseignants et des parents auraient dû commencer en mars dernier, lorsque le gouvernement Ford a fermé les écoles à cause de la pandémie. Il accuse la province d'avoir perdu du temps et de ne pas avoir collaboré adéquatement avec les experts en pédagogie et les éducateurs.

Le professeur Dionne ajoute que la province aurait pu former en août les enseignants prêts à offrir des cours en ligne afin qu'ils soient mieux préparés pour la rentrée.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

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