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Procès d'Éric Salvail : trois témoins supplémentaires pourront se faire entendre

Éric Salvail en gros plan au palais de justice de Montréal.

Éric Salvail est accusé d'agression sexuelle, de harcèlement criminel et de séquestration pour des faits allégués qui remontent à 1993.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Le tribunal autorise la Couronne à convoquer en novembre trois témoins supplémentaires pour contester la défense de bonne réputation de l’animateur déchu Éric Salvail, accusé d'agression sexuelle, de harcèlement criminel et de séquestration.

Ces trois hommes, qui ne peuvent être identifiés, disent avoir été eux aussi victimes d’attouchements sexuels et de propos à caractère sexuel de manière constante et répétitive de la part d'Éric Salvail.

Ce sont de tels gestes allégués, ainsi qu'une présumée agression sexuelle à la Maison de Radio-Canada au début des années 90, qui ont mené Donald Duguay à porter plainte contre le producteur et animateur déchu.

En convoquant trois témoins supplémentaires – une procédure inhabituelle –, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) entend démontrer que l'accusé, dans son propre témoignage, a donné une image erronée et fausse de sa personne au magistrat, Alexandre Dalmau, de la Chambre criminelle et pénale de la Cour du Québec.

L’avocat de la défense, Michel Massicotte, faisait valoir quant à lui que la présentation de trois témoignages sur trois événements distincts serait susceptible de faire dérouter le procès sur la moralité de son client plutôt que sur les gestes allégués.

Arrivée de Me Michel Massicotte au palais de justice de Montréal où se déroule le procès d'Éric Salvail.

L’avocat d'Éric Salvail, Me Michel Massicotte

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le ministère public avait, pour la première fois, demandé la permission de présenter une contre-preuve en mars 2020, avant de revenir à la charge en juin dernier. La requête a finalement été débattue en juillet. Le magistrat avait pris la cause en délibéré.

Vingt mois de procédure

Éric Salvail a été arrêté par la police de Montréal en janvier 2019. Il a comparu par la voix de son avocat en février.

En fait, ce n'est que le 30 septembre 2019 que l'animateur déchu s'est présenté pour la première fois en personne au palais de justice de Montréal. Il a été cité à procès le lendemain.

Le procès en question se déroule devant juge seul. Éric Salvail avait d'abord opté pour un procès devant juge et jury, mais il a changé d'idée en novembre 2019.

Donald Duguay marche à côté d'une jeune femme qui l'accompagne.

Donald Duguay (droite), victime alléguée d’Éric Salvail, à son arrivée pour le procès.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les audiences ont débuté le 17 février suivant avec le témoignage de la présumée victime, qui a raconté s'être sentie comme un « morceau de viande » aux yeux d'Éric Salvail. L'homme a dit également avoir tenté « d'éviter un viol » dans une salle de toilette de l'édifice montréalais de Radio-Canada, à l'approche de la fête d'Halloween de 1993.

À son tour à la barre des témoins, Éric Salvail a clamé son innocence en qualifiant de « farfelues » les accusations de Donald Duguay, soulignant qu'il ne travaillait plus à Radio-Canada au moment de l'agression alléguée.

Je n'agresse pas les gens dans la vie, avait-il déclaré, présentant une défense de bon caractère qui est aujourd'hui contestée par le DPCP.

Depuis, une autre plainte pour agression sexuelle a été déposée contre l'animateur déchu au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

L'accusé a lui-même mis en jeu sa personnalité

Dans sa décision, le juge Dalmau a expliqué qu'Éric Salvail, lors de son témoignage, a fait le choix de se présenter comme une personne qui ne commettrait pas les gestes qu'on lui reproche. Il a aussi mis sa réputation professionnelle en jeu.

De plus, le juge souligne que, lors du contre-interrogatoire de l'accusé, la Couronne lui a posé des questions ouvertes et l'a laissé s'exprimer dans ses propres mots.

L'apparition de ces trois témoignages recueillis par les policiers représente certainement une surprise pour l'accusé, admet le magistrat. Leur admission n'est cependant pas inéquitable pour lui. Il faut rappeler que la mise en jeu de sa personnalité provient de l'accusé lui-même.

En revanche, poursuit-il plus loin, il serait plutôt inéquitable pour [la] recherche de la vérité que l'image projetée par l'accusé demeure intacte, sans possibilité de l'attaquer. Empêcher la [Couronne] de présenter cette preuve pourrait amener le Tribunal à prononcer l'acquittement de l'accusé en se basant en partie sur une distorsion de la réalité.

Le degré de similitude entre les gestes de l'accusé décrits par le plaignant et les témoignages proposés est suffisant dans le contexte où l'on vise à tester les affirmations de l'accusé laissant sous-entendre qu'il n'est pas le genre de personne à poser de tels gestes.

Extrait de la décision du juge Dalmau

Ces trois nouveaux témoignages seront donc entendus à partir du 9 novembre.

Il s'agit d'hommes qui ont travaillé avec Éric Salvail à la fin des années 90 et au début des années 2000. Ils ont fait des déclarations au SPVM à la mi-mars, sans toutefois déposer de plaintes contre lui.

Selon le DPCP, ces trois hommes tiennent, à la lumière du témoignage d'Éric Salvail devant le tribunal, à rectifier l'image qu'il a donnée de lui. Ces trois témoins ont déclaré aux policiers qu'ils ont subi des commentaires déplacés et répétitifs de la part de l'accusé, que ce dernier s'est collé sur eux, leur a fait des attouchements non consentis, etc.

Avec la collaboration de Marc Verreault

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