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Un médicament contre la COVID-19 en cours d'élaboration à Dieppe

Une personne tient des pilules dans sa main.

Les participants à l'étude DAP-CORONA recevront le médicament de l’étude directement à leur porte et seront suivis à distance.

Photo : getty images/istockphoto / nito100

Marie-Ève Brassard

Une entreprise de biotechnologie de Dieppe, au Nouveau-Brunswick, en collaboration avec un chercheur du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), se lancera dans la troisième phase d’une étude portant sur l’utilisation de la dapsone dans le traitement de certains des plus graves symptômes de la COVID-19.

Le Dr Houfar Sekhavat est fondateur et directeur général de Pulmonem. Il raconte avoir eu l’idée d’utiliser la molécule anti-inflammatoire bien connue des professionnels de la santé pour contrôler, voire totalement prévenir, l'inflammation pulmonaire causée par la COVID-19 en mars dernier.

Le Dr Houfar Sekhavat.

Le Dr Sekhavat est le fondateur de Pulmonem Inc.

Photo : Gracieuseté d'Houfar Sekhavat

Le médicament agirait en amont d’une hospitalisation et pourrait être pris par les patients qui ressentent des symptômes du virus, mais chez qui le système immunitaire n’est pas encore hors de contrôle, afin de prévenir la tempête inflammatoire qui a envoyé de nombreux patients aux urgences.

La tempête inflammatoire due à la COVID a eu beaucoup de presse, mais son mécanisme d’action n’était pas très connu, explique-t-il. Il ajoute avoir pensé à cette molécule qui est utilisée dans son domaine d’expertise, l’ophtalmologie, afin de prévenir l’hospitalisation de nombreux patients.

Un médicament nécessaire malgré un vaccin

Pour mener ce projet à terme, le Dr Sekhavat s’est adjoint l'expertise du Dr Jean Bourbeau, pneumologue et épidémiologiste au Centre universitaire de santé McGill.

Le Dr Jean Bourbeau, pneumologue et épidémiologiste au Centre universitaire de santé McGill.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Dr Jean Bourbeau, pneumologue et épidémiologiste au Centre universitaire de santé McGill.

Photo : Gracieuseté

Le chercheur insiste sur la nécessité de développer des solutions de rechange à un éventuel vaccin. Même en présence de vaccin, on va avoir besoin d’un traitement parce qu’il y a des patients qui ne le prendront pas. Il y a des patients chez qui ça ne sera pas efficace. On connaît l’efficacité du vaccin contre l’influenza, dans les meilleures années c’est 45 à 50 % d’efficacité, dans les moins bonnes années c’est près de 0 %, comme il y a deux ans, argue-t-il.

Même son de cloche du côté du Dr Sekhavat, qui rappelle au passage que même si un vaccin voyait le jour, la durée de l’immunité qu’il procurerait demeure incertaine.

Une solution peu coûteuse et rapidement disponible sur le marché... à condition d’être financée

L’essai clinique qui sera mené auprès de 2000 patients doit commencer en septembre au Canada et se poursuivre au mois d’octobre chez nos voisins du sud, dès que le financement sera obtenu.

Si les choses se déroulent comme prévu, le médicament pourrait être prêt à la distribution dès la fin de 2020.

Le Dr Sekhavat justifie ce délai de production expéditif par deux facteurs.

On a une entente avec le plus gros manufacturier aux États-Unis de cette molécule-là. Ils ont la capacité de produire jusqu’à un milliard de pilules par jour, affirme le docteur dans un premier temps.

Dans un second temps, le recrutement de la majorité des patients doit se faire aux États-Unis, par l’entremise de centres de recherche où la pandémie est la plus forte.

Or, la portion américaine de l’étude ne pourra être lancée qu’une fois le financement nécessaire au projet sécurisé.

De nombreux investisseurs institutionnels et privés ont montré de l’intérêt pour l’étude, mais un soutien du public serait le bienvenu, souligne le Dr Sekhavat.

Selon le Dr Bourbeau, il s’agit d’une solution de rechange à un vaccin qui permettrait peut-être d’éviter les conséquences d’une deuxième vague sur le système de santé déjà éprouvé par le début de la pandémie.

C’est important que la population comprenne et surtout que nos gouvernements comprennent qu’on arrive avec une solution potentielle et que cette solution-là devrait recevoir de l’attention, qu’il y ait un vaccin ou non, plaide le pneumologue. Le Canada a la possibilité d’être un instigateur, s’enthousiasme-t-il.

Le faible coût associé au médicament devrait d’autant plus intéresser le gouvernement, selon le Dr Sekhavat. Comme il s’agit de la reformulation d’un médicament générique déjà existant, la solution proposée par Pulmonem coûterait moins de 60 $ pour le traitement complet.

C’est un projet qu’on ne peut pas ignorer, conclut le Dr Sekhavat.

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