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Peu d'explications après une opération policière musclée dans la Péninsule acadienne

L'écusson portant les armoiries de la Gendarmerie royale du Canada est cousu à la manche de la chemise d'un agent à Winnipeg, le 24 juillet 2019.

L'écusson de la GRC sur l'épaule d'un agent.

Photo : Reuters / Shannon VanRaes

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) peine à fournir des explications à la suite d'une opération policière majeure qui a mal tourné, lundi soir, à Rang-Saint-Georges, dans la Péninsule acadienne.

À la suite des événements, une mère a dû emmener son fils de 8 ans voir un médecin. Traumatisé par les tactiques musclées d'intervention, dont l'utilisation de gaz lacrymogène, l'enfant aura besoin d'une aide psychologique immédiate par des professionnels, explique la famille.

Les membres de la famille Arseneault racontent que l'enfant voulait sauter par la fenêtre de la maison et criait que son visage brûlait. Ce jeune garçon et sa sœur de 2 ans ont aussi dû être emmenés à l'hôpital.

Tactiques policières

C'est le sergent Jean-François Martel, de la GRC, qui a dû tenter de répondre aux nombreuses questions soulevées par ces événements. Il a parlé de tactiques, basées sur l'information recueillie durant l'enquête.

Une photo d'une fenêtre avec deux trous.

Des fenêtres ont été perforées à la suite de l'intervention policière.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Lors de la même intervention, une jeune fille, qui fêtait ce soir-là ses 14 ans, n'a pas du tout apprécié de se faire examiner par un homme en uniforme dans la salle de bains alors qu'elle était nue, sous la douche.

Je ne suis pas en position ici de commenter sur les tactiques et les opérations qui se sont déroulées cette journée-là, explique-t-il.

C'est toujours sous enquête, mais évidemment il y a plusieurs choses qu'on va continuer à vérifier de notre côté.

Jean-François Martel, porte-parole de la GRC

Le porte-parole précise que l'enquête était en cours depuis un certain temps.

Sur place, il y avait le groupe tactique d'intervention de la GRC, l'unité canine et des policiers en uniforme du district du nord-est de la GRC, poursuit le sergent Martel. Les policiers se sont présentés là à deux occasions, une fois en 2018 et une fois en janvier 2020.

Jean-François Martel de la GRC en entrevue avec une journaliste.

Jean-François Martel de la GRC.

Photo : Radio-Canada

Contrairement à une pratique répandue à la suite d'importantes opérations policières du genre, les autorités n'ont pas fait étalage, photos à l'appui, de ce qui a été saisi dans les deux résidences.

Dans un communiqué, la GRC indique qu'elle a saisi une substance ressemblant à de la cocaïne, qui était emballée dans le but d'être distribuée ainsi qu'une importante somme d'argent en devises canadiennes et états-uniennes.

Le porte-parole Jean-François Martel ne pouvait pas quantifier la somme d'argent qui a été saisie. C'est toujours sous enquête.

Il n'a pas été question de présence d'armes dans les résidences.

Deux adolescents racontent que des agents ont pointé leurs armes sur eux. Dans un premier communiqué de presse mardi, la police parlait pourtant d'une opération qui s'était déroulée sans incident.

Arrestations

Le plus récent communiqué de la GRC apporte un peu plus de détails au sujet des arrestations.

Pendant l'exécution des mandats, les policiers ont découvert des portes blindées. Un homme de 35 ans, une femme de 52 ans et un homme de 65 ans, tous de Rang-Saint-Georges, ont été arrêtés sur place. Ils ont été libérés, mais devront comparaître en cour le 8 décembre 2020.

Dans le communiqué de mardi, la GRC faisait plutôt état de l'arrestation de deux hommes. Une correction a été apportée jeudi sur son site web.

Jean-François Martel de la GRC n'a pas de détails sur les accusations qui pourraient être déposées contre les personnes arrêtées.

La GRC indique que personne n'a été blessé et que des ambulanciers paramédicaux se sont rendus sur les lieux pour veiller au bien-être de tous les occupants.

Toutefois, les membres de la famille racontent que les ambulanciers ne sont pas intervenus pour venir en aide à un des jeunes, en proie à une crise de panique, le soir de l'opération.

Jean Sauvageau en entrevue avec une journaliste via Skype.

Jean Sauvageau, criminologue à l'Université Saint-Thomas.

Photo : Radio-Canada

Une mentalité de cow-boy

Le criminologue à l'Université Saint-Thomas, Jean Sauvageau, estime qu’il serait pertinent d’enquêter sur l’exécution de l’intervention policière. Il y a des choses qui ne s'alignent pas bien pour justifier l’opération.

Il note que les personnes arrêtées ont été relâchées le soir même et devront comparaître en décembre. Ça me fait dire qu’il n’y a personne de vraiment dangereux.

Si ces gens-là avaient été aussi dangereux que l’opération policière semble vouloir indiquer, eh bien, ils seraient toujours détenus.

C’est une mentalité de guerre à la drogue, une mentalité de cow-boy qui saisit les policiers à divers moments.

Jean Sauvageau, criminologue à l'Université Saint-Thomas

Vu comme ça, il y a des choses qui ne sont pas justes dans la façon dont ça s’est déroulé, analyse l’expert. Des autorités compétentes qui voudraient faire leur travail auraient de sérieuses questions à poser à la police.

Souvenirs d’une « enfant de la drogue »

Nadia Mailloux McGraw, une mère d’Inkerman Ferry, se définit comme une enfant de la drogue. Son père était un vendeur connu de mescaline et de cocaïne. Elle a vécu plusieurs perquisitions chez elle dans son enfance et adolescence.

Elle dit n’avoir jamais vécu une perquisition semblable à ce qui est raconté par la famille Arseneault.

C’est arrivé une fois que j’étais dans la salle de bain, j’étais aux toilettes. Mais il y avait une femme policière. Elle a cogné, demandé s’il y avait quelqu’un, j’ai dit oui, et elle m’a fait sortir.

Nadia Mailloux McGraw

Elle invite les jeunes qui ont besoin d’aide à aller en chercher. Tu ne te sors pas d'une chose comme ça facilement.

Nadia Mailloux McGraw en entrevue avec un journaliste. Elle est assise devant sa maison.

Nadia Mailloux McGraw raconte que vivre une perquisition chez soi en étant jeune, ce n'est pas facile.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

D’ailleurs, Nadia Mailloux McGraw ne comprend pas pourquoi la GRC sollicite aujourd’hui l’aide du public après une perquisition. Ça n’est jamais arrivé ici. Mon père, quand il se faisait arrêter, [les policiers] disaient qu’ils avaient trouvé quelque chose ou qu’ils n’avaient rien trouvé.

S’ils demandent l’aide du public, c’est justement parce qu’ils n’ont pas les preuves pour aller de l’avant, avance-t-elle.

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