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Le bio rend-il service à l'environnement?

Un homme vu de dos marche dans un champ.

On compte aujourd'hui 2432 entreprises agricoles certifiées biologiques au Québec.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Mathieu Prost

La pandémie a relancé les questions d'autosuffisance alimentaire, du rapport à la terre et de la protection des écosystèmes. Elle pourrait donner un nouveau coup d'accélérateur à l'agriculture biologique. Au Québec, le nombre d'exploitations certifiées biologiques a triplé en moins de 15 ans. Mais certains se posent la question : le bio est-il aussi bon qu'on le pense pour l'environnement?

Le nerf de la guerre, en agriculture, ce sont les rendements. L'écart tend à se réduire, mais sur ce point, l'agriculture biologique reste à la traîne des techniques conventionnelles. Au Québec, par exemple, sur les cinq dernières années, chaque hectare de pois biologiques a produit 85 % des pois en culture conventionnelle. Ce ratio tombe à 78 % pour les haricots et à 61 % pour le maïs, selon les chiffres fournis par l'Union des producteurs agricoles (UPA).

Ce qui fait poser la question qui fâche à certains chercheurs : le bio est-il vraiment meilleur pour l'environnement que l'agriculture conventionnelle? Parmi ceux qui s'interrogent, on retrouve l'ingénieur écologue de l'Université Laval Serge-Étienne Parent.

Pour une même quantité d'aliments qu'on produit, on va occuper davantage de territoire, et l'occupation du territoire par l'agriculture est un des facteurs les plus importants pour la chute de la biodiversité.

Serge-Étienne Parent, ingénieur écologue

Au début des années 2000, Gilles Audette a fait prendre le virage bio à sa ferme Agri-Fusion. Avec 3000 hectares, ce sont aujourd'hui les plus vastes cultures certifiées du Québec. La culture conventionnelle avec du Roundup, c'est facile. On applique une recette et ça marche relativement bien. En bio, on applique différentes méthodes et puis, parfois, ça ne marche pas! Ça fait 20 ans, et on est encore en recherche essais-erreurs, témoigne-t-il.

Selon lui, l'utilisation de fertilisants et de pesticides de synthèse plombe le bilan environnemental de l'agriculture conventionnelle. Ce qu'on met dans le sol se retrouve dans l'eau, dans les poissons, dans la nourriture qu'on va manger. Point à la ligne. La seule façon qu'il n'y en ait pas, c'est de ne pas en mettre. Je veux dire au point de vue environnemental, c'est clair, net et précis, dit-il.

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Un champ de pois.

Le bio, bon pour l'environnement ?

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les engrais verts

Pour fertiliser ses sols, il a recours en majeure partie à du lisier et du fumier, mais il utilise aussi la technique des engrais verts. En même temps que son blé, Gilles Audette a semé du trèfle au printemps. La plante a attendu que les blés soient fauchés, début août, pour prendre sa place dans le champ. Jusqu'à l'automne, elle va pousser pour être ensuite labourée et intégrée au sol.

C'est une plante à triple action, explique le cultivateur : améliorer le sol, contrôler les mauvaises herbes et fixer l'azote. C'est cet azote vert qui servira d'engrais pour le maïs planté sur cette parcelle l'année prochaine, selon le principe de rotation des cultures.

Impossible d'enlever de l'équation les fertilisants de synthèse utilisés dans l'agriculture conventionnelle, selon une autre chercheuse en agriculture écologique de l'Université Laval, Caroline Halde.

Dans le domaine des grandes cultures, on sait que c'est environ 30 à 45 % des gaz à effet de serre qui sont liés à l'utilisation de ces fertilisants azotés. Donc, en enlevant les fertilisants azotés de synthèse, on réduit le bilan environnemental considérablement, fait-elle remarquer.

Des chiffres confirmés par une étude publiée dans la revue Nature et menée dans un institut suisse qui compare les cultures biologiques et conventionnelles depuis 1978. On a mesuré 40 % d'émanations en moins de protoxyde d'azote pour chaque hectare de culture bio. Mais, si l'on calcule par unité alimentaire produite, le bénéfice du bio disparaît en ce qui concerne le maïs.

Un plant de maïs en gros plan.

Le maïs a besoin d'azote pour croître.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Autant de nuances qui empêchent l'UPA de prendre une position claire. Le président de la Table de développement de l'agriculture biologique de l'UPA, Martin Caron, se félicite cependant du nombre d'entreprises agricoles certifiées. Il souligne qu’on est passé de 804 entreprises en 2007 à 2432 aujourd'hui, soit 8 % du secteur d’activité. Et cela représente surtout des transferts de connaissances, selon M. Caron.

Tous les systèmes d'engrais verts qu'on voit présentement dans l'ensemble de l'agriculture au Québec, ce sont les producteurs bios qui nous ont amenés à pratiquer cette façon de faire, qui a une plus-value du point de vue écologique et santé des sols, explique-t-il.

Diverses techniques de production

Caroline Halde pense d'ailleurs que l'on s'oriente vers une multiplication des certifications, pour pouvoir prendre en compte une variété plus grande de techniques de production.

Pour l'instant, il n'y a qu'une certification biologique. Mais il y a des producteurs conventionnels qui font aussi un excellent travail en termes de bilan environnemental. Ils veulent développer leur certification [qui attesterait d'un] travail réduit du sol. Et puis, il y a aussi des bios qui veulent être des bios plus plus!, constate-t-elle.

Eric Poupart tient un plan de soja dans ses mains.

Visite du champ de soja de la ferme biologique AgriFusion de Saint-Polycarpe en compagnie de l’agronome Eric Poupart.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Certains prônent notamment une approche totalement exempte de pesticides, car ceux qui sont autorisés en agriculture biologique, malgré leur origine naturelle, peuvent nuire à l'environnement.

Quant à la question de la productivité, elle occulte une réalité bien plus problématique, selon Gilles Audette : Présentement, il y a à peu près 50 % de la nourriture produite qui n'est pas consommée. Elle va où? Directement aux poubelles.

Ce phénomène découle d’un manque de main-d'oeuvre pour les récoltes, de standards concernant l'aspect d'un légume ou du gaspillage alimentaire. Il n'est donc pas question d'accroître le territoire agricole, mais de mieux l'utiliser, tout en polluant moins.

Passer par le bio, c'est une fausse piste, mais ce n'est pas la chose la plus épouvantable qui existe, soutient Serge-Étienne Parent. Le conventionnel aussi a ses tares. Donc, qu'est-ce qu'on fait si on est devant un mur? On va se diriger vers les leviers les plus efficaces, donc diminuer la consommation de viande et diminuer l'élevage en général.

Une piste que Gilles Audette ne voit pas d'un mauvais oeil, lui dont 80 % de la production est déjà destinée à la consommation humaine.

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