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Inquiétude chez les étudiants étrangers qui ne peuvent venir au Canada

Les universités sont « hautement préoccupées » et demandent à Ottawa d'assouplir les règles à la frontière.

Une jeune femme devant un ordinateur.

Âgée de 18 ans, Mahaut suit les cours de sa première année d'université à McGill depuis sa chambre à Paris, en jonglant avec le décalage horaire entre la France et le Québec.

Photo : Courtoisie / Cécile Gylbert

Mahaut Gylbert vit une rentrée particulière, bien différente de ses espoirs initiaux. La jeune Parisienne de 18 ans vient d’être admise à l’Université McGill pour suivre des études en environnement. Avec un léger détail : elle ne peut entrer au Canada, en raison de la pandémie.

C’était un rêve, clame-t-elle au téléphone, quelques minutes après un cours qu’elle vient de suivre sur la plateforme Zoom. La pause est courte – à peine une trentaine de minutes – en cette fin de journée parisienne, mais sa soirée est loin d’être terminée.

L’emploi du temps de Mahaut? Des cours, comme tous les étudiants, en journée ou en soirée. Mais selon le fuseau horaire québécois. Avec le décalage horaire, ça peut aller jusqu’à 3 h du matin, détaille-t-elle, en évoquant ces rendez-vous de cours qui se déroulent en direct sur Internet.

Comme toutes les universités, McGill a dû adapter son offre en raison de la pandémie et propose des cours à distance. Mais chaque étudiant vit une situation différente, particulièrement les étudiants étrangers nouvellement inscrits dans une université canadienne.

Frontière fermée pour les nouveaux étudiants

Ces derniers subissent de plein fouet les conséquences de la pandémie. Alors qu’Ottawa a autorisé les résidents temporaires à revenir au pays, ces étudiants étrangers de première année doivent patienter. Chez eux. Tout en payant leur année scolaire comme si de rien n'était.

Cette situation serait pesante pour de nombreux parents et étudiants. En France, plusieurs centaines d’entre eux se sont réunis sur les réseaux sociaux, en lançant une pétition, afin d’interpeller le gouvernement Trudeau et Isabelle Hudon, l’ambassadrice du Canada en France.

On ne sait pas à quel moment on pourra venir, regrette Mahaut Gylbert, alors que son frère, qui vient d’entrer en troisième année à Concordia, a quant à lui pu se rendre au Canada au terme de l’été.

Le Canada m’a toujours attirée, c’est un pays magnifique. Et Montréal est une super ville étudiante, agréable, avec un contexte international.

Mahaut Gylbert, étudiante à McGill

Les horaires décalés, le manque d’interactions avec ses camarades et ses professeurs, les difficultés d’organisation, à distance, pour de futurs travaux en groupe ou encore pour créer un laboratoire chez soi sont autant de problématiques soulevées par ces étudiants étrangers, obligés de s’organiser à des milliers de kilomètres de leur université.

Une exception pour les jeunes Américains

Ces parents et étudiants étrangers s’étonnent d’une exception accordée aux jeunes Américains, mais pas aux autres nationalités. En effet, discrètement, Ottawa a assoupli certaines règles à la frontière canado-américaine à la fin du mois de juillet.

Désormais, les agents frontaliers peuvent laisser rentrer les étudiants américains qui commencent leur première année. Comment Ottawa justifie-t-il cette décision vis-à-vis du voisin du sud, par rapport aux autres étudiants? Le gouvernement fédéral est resté très évasif dans les réponses données à Radio-Canada, en évoquant simplement un accord entre les deux pays.

L’assouplissement des restrictions liées à la COVID-19 dépendra des progrès que nous réaliserons ensemble pour limiter la propagation de la maladie, mentionne, par courriel, Rémi Larivière, porte-parole d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).

Lorsque ces changements au processus de traitement seront en place, les étudiants étrangers seront prêts à voyager au Canada pour poursuivre leurs études dès la réouverture des frontières et des salles de classe.

Rémi Larivière, porte-parole d’IRCC

Des milliers d’étudiants concernés

Combien d’étudiants étrangers seraient actuellement concernés par ces restrictions? Les universités québécoises sont en train de comptabiliser ces données, mais on parlerait assurément de plusieurs milliers de personnes. L’an passé, à pareille époque, il y avait plus de 48 000 étudiants étrangers inscrits dans une université québécoise, dont plus de la moitié pour des cours de premier cycle.

L'entrée de l'Université McGill à Montréal.

Les étudiants étrangers inscrits dans les différentes universités canadiennes, comme celle de McGill à Montréal, doivent suivre leurs cours dans leur pays.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les universités hautement préoccupées

Ce statut quo inquiète en tout cas ces établissements, dont les finances et la tenue de programmes dépendent également de la présence et de l’inscription d’étudiants étrangers.

Certains de ces étudiants nous ont contactés et leur principale préoccupation est, effectivement, d'accéder au matériel de cours, quel que soit le fuseau horaire dans lequel ils vivent, indique-t-on du côté de l’Université Concordia.

Des discussions sont d’ailleurs en cours, entre Ottawa, Québec et ces universités, ces dernières voulant mettre de la pression sur le gouvernement fédéral.

Nous sommes en veille constante sur ce qui se passe particulièrement du côté fédéral, car il importe que les directions des établissements et les étudiants étrangers aient une perspective d’action et de résolution de problèmes à court terme. Le gouvernement du Québec est aussi interpellé en la matière, souligne Ginette Legault, la directrice du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI).

Les universités québécoises sont hautement préoccupées par les questions relatives à l’accueil et l’intégration des étudiants étrangers et font effectivement des démarches afin de faciliter l’accès au permis d’études en particulier.

Ginette Legault, directrice du BCI

Dans l’attente d’une décision fédérale, certains établissements s’organisent. Pour minimiser les impacts, nous nous sommes assurés que les cours de l’année préparatoire soient offerts en début de journée au Québec, donc en après-midi pour ces étudiants, affirme Annie Touchette, porte-parole de Polytechnique Montréal, qui accueille majoritairement des étudiants étrangers provenant de la France et du Maroc.

Du côté de Concordia, nous avons fortement encouragé nos professeurs à enregistrer leurs classes. De cette façon, le matériel peut être consulté à partir de n'importe quel endroit à travers le monde, à une heure qui convient le mieux aux étudiants.

Un discours similaire est tenu du côté de l'Université de Montréal, qui assure tenter de rassurer ces étudiants. L’Université McGill, quant à elle, soutient que l'une de [ses] priorités est de continuer à offrir [ses] programmes universitaires à des étudiants du monde entier, tout en craignant une certaine diminution des inscriptions imputable à la situation de COVID-19.

Installée dans sa chambre à Paris, dans l’appartement familial, Mahaut Gylbert est songeuse. Étudier dans ces conditions, c’est assez fatigant. J’ai tellement hâte de pouvoir venir à Montréal. J’ai vraiment envie de m’installer au Canada et peut-être, ensuite, d’y commencer à travailler.

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