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Le 5 septembre 1945 débute l’affaire Gouzenko

Une manchette du quotidien La Presse datant de 19 février 1946 sur l'affaire Gouzenko.

Le 5 septembre 1945, Igor Gouzenko dénonçait au gouvernement canadien l'existence d'un réseau d'espionnage soviétique au Canada.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le 5 septembre 1945 débute à Ottawa ce qu’on appelle l’affaire Gouzenko. Cette histoire du démantèlement d’un réseau d’espionnage soviétique au Canada est un peu oubliée de nos jours. Mais à l’époque, elle avait été très importante, comme le confirment des reportages de Radio-Canada.

Une affaire qu’on cherche tout d’abord à cacher…

En fait, ce que nous avons su avoir été transmis par ce réseau d’espionnage aurait pu être obtenu en le demandant par écrit par n’importe quel citoyen […] au département du gouvernement que cela concernait.

Louis Saint-Laurent, ministre de la Justice du Canada en septembre 1945

Le 5 septembre 1945, la Deuxième Guerre mondiale est terminée depuis à peine trois jours.

Ce jour-là, Igor Gouzenko, officier de renseignement à l’ambassade de l’Union soviétique à Ottawa, demande à être reçu par le ministre de la Justice du Canada, Louis Saint-Laurent.

Igor Gouzenko cachait sous sa chemise 109 documents qu’il avait volés à l’ambassade soviétique, qui prouveraient que Moscou avait créé un réseau d’espionnage au Canada.

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Entrevue de Louis Saint-Laurent, 1962

Dans une entrevue accordée en 1962, Louis Saint-Laurent se remémore le moment où il apprend qu’Igor Gouzenko veut le rencontrer.

Celui qui était alors ministre de la Justice du Canada se montre alors très prudent.

Il refuse de recevoir le Soviétique, qu’il dirige vers des autorités subalternes ainsi que vers les services policiers, car Igor Gouzenko affirme que sa vie est en danger.

Louis Saint-Laurent déclare par ailleurs que le réseau d’espionnage que voulait démasquer Igor Gouzenko n’a pas fait beaucoup de dommages.

Les informations que les agents soviétiques avaient transmises à Moscou étaient de peu d'importance ou encore appartenaient au domaine public.

Pourtant le ministre de la Justice s’est empressé d’aller parler d’Igor Gouzenko à son patron, le premier ministre du Canada William Lyon Mackenzie King.

Le premier ministre du Canada a alors voyagé à Washington et à Londres pour discuter de toute cette affaire.

Le gouvernement canadien a alors convenu avec le président américain Harry Truman et le premier ministre britannique Clement Attlee de tenir l'histoire secrète.

De fait, les révélations d'Igor Gouzenko n’apparaissent sur le radar du public que le 3 février 1946 lorsque le célèbre journaliste américain Drew Pearson amène l’affaire au grand jour dans une série d’émissions radiophoniques.

… et qui a des conséquences historiques importantes

C’est la première et la plus importante affaire d’espionnage que le Canada ait connue. L’affaire Gouzenko, une affaire qui pour plusieurs a marqué le début de la guerre froide.

Simon Durivage, 1985

Dès septembre 1945, le gouvernement canadien traduit les documents subtilisés par Igor Gouzenko à l’ambassade soviétique.

On comprend rapidement qu’il existe un réseau d’espionnage russe au Canada auquel collaborent des Canadiens.

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Le Point, 22 mars 1985

Un reportage du journaliste Pierre Devroede présenté à l’émission Le Point le 22 mars 1985, raconte de manière exhaustive le déroulement de l’affaire Gouzenko.

Le Point ce jour-là est animé par Madeleine Poulin et Simon Durivage.

On voit dans le reportage comment le gouvernement canadien s’emploie à protéger la vie d’Igor Gouzenko et de sa famille de représailles soviétiques en même temps qu’il traque les gens qui ont collaboré au réseau d’espionnage.

Dans cette affaire, 39 suspects sont arrêtés et 18 sont condamnés.

Parmi eux, mentionnons Fred Rose, député communiste montréalais au Parlement du Canada.

Sont condamnés également le Torontois Sam Carr, un organisateur du Parti ouvrier-progressiste (nom officiel du Parti communiste du Canada) et le capitaine Gordon Lunan de l’armée canadienne.

Au Royaume-Uni, les physiciens nucléaires Alan Nunn May et Klaus Fuchs sont reconnus coupables et emprisonnés.

Comme le souligne le journaliste Pierre Devroede, l’affaire Gouzenko s'est révélée une véritable patate chaude pour les gouvernements américain, britannique et canadien.

Washington, Londres et Ottawa souhaitaient vivement minimiser l’impact des révélations du transfuge soviétique.

En 1945-1946, il faut le rappeler, l’Union soviétique était toujours considérée comme une alliée avec qui l'on avait combattu l’Allemagne nazie.

L’affaire Gouzenko mine énormément les relations avec Moscou.

Pour plusieurs historiens, elle peut même être considérée comme le premier épisode qui a annoncé la guerre froide entre l’Occident et l’Union soviétique à partir de la fin des années 1940.

L’affaire Gouzenko a aussi alimenté le climat de paranoïa aux États-Unis qui a favorisé la chasse aux communistes lancée par le sénateur Joseph McCarthy dans la première moitié des années 1950.

Une question demeure.

Louis Saint-Laurent avait-il raison de dire que les renseignements donnés par le réseau d’espionnage soviétique à Moscou étaient sans importance?

Dans le reportage du journaliste Pierre Devroede, l’historien J. L. Granatstein propose un point de vue intrigant.

Le réseau qu’a dénoncé Igor Gouzenko était mal organisé et ne recueillait que des informations peu importantes.

Mais s’il n’avait pas été arrêté, se demande l’historien, qui sait quel genre d’information il aurait pu obtenir quatre ou cinq ans plus tard?

Igor Gouzenko est décédé à Toronto en 1982.

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