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Militariser la police grâce à ses fondations caritatives

Des policiers de Vancouver équipés d'armes à feu.

Un criminologue craint que les fondations de police n'aident à militariser les services de police à travers le pays.

Photo : Radio-Canada / Christer Waara

Sarah Xenos

Ces derniers mois, le mouvement qui demande la réduction du financement des services de police à pris de l’ampleur, tant au Canada qu’aux États-Unis. Ce sont maintenant les fondations de ces derniers qui se retrouvent sous la loupe d'intervenants parce qu'elles permettent l’achat d’équipement policier grâce à des donateurs privés.

En Colombie-Britannique, les fondations de police ont toutes plus ou moins le même mandat. Elles soutiennent des programmes jeunesse et des initiatives de rapprochement de la communauté.

Elles financent aussi de l’équipement spécialisé pour les services de police, révèle une enquête menée par le journal britanno-colombien The Tyee.

Ce faisant, les corps policiers ajoutent des dons privés aux sommes allouées par les municipalités à l'achat d'équipement.

Dans un sens, ça permet à la police d'avoir un meilleur accès à des ressources, mais ces ressources proviennent d'entreprises, du secteur privé. Cela pose la question du conflit d’intérêts potentiel, dit le professeur adjoint Kevin Walby, du département de justice criminel de l’Université de Winnipeg.

L'autre crainte qui habite certains intervenants est celle de la militarisation de la police par le type d'équipement que ces fondations financent.

Il se peut que les fondations et le financement qu’ils offrent à la police aident à amplifier la militarisation de la police au Canada.

Kevin Walby, professeur adjoint au département de justice criminel de l’Université de Winnipeg

Les fondations étant considérées comme des organismes de bienfaisance, elles ne sont pas assujetties à la Loi sur l’accès à l’information. Il est donc plus difficile de savoir comment les fonds sont gérés.

Achat de matériel spécialisé

La vice-présidente de la fondation de la police d'Abbotsford, Sandy Blue, n’est pas du même avis.

Les montants que nous récoltons sont négligeables, ce ne sont pas de grosses sommes et ce n’est pas non plus pour financer les coûts opérationnels de la police, dit celle qui siège également au conseil municipal de la ville.

La fondation aide toutefois pour ce qui est de l’achat de matériel spécialisé.

Chaque année, nous demandons au chef de police de penser à un projet spécial pour lequel il aurait besoin de financement et, habituellement, c’est un gros montant, explique-t-elle.

Un policier de la police provinciale de l'Ontario pilote un drone.

En 2018, un drone semblable à celui-ci, utilisé par les services de police provinciale de l'Ontario, a rejoint l'arsenal de la police d'Abbotsford. (Archives)

Photo : Police provinciale de l'Ontario

En 2018, l’organisme de bienfaisance a contribué à l’achat d’un drone qui sera utilisé pour photographier les véhicules lors de collisions, les scènes de crime en plein air, aider à la recherche et au sauvetage, lors de sinistres et à des fins tactiques, lorsque nécessaire, peut-on lire dans un communiqué de presse.

Ces dernières années, la fondation a également aidé à financer l'acquisition d’un système de simulation pour soutenir l'entraînement des policiers, ainsi qu’un véhicule tout terrain.

De son côté, la fondation de police de Vancouver a indiqué dans un communiqué qu'elle ne finance pas de services policiers essentiels, mais qu'elle aide notamment à l’achat d’équipement spécialisé.

Un véhicule blindé de la police de Vancouver à l'extérieur d'une maison sur la 49e Avenue.

Le coût du véhicule blindé acheté en 2010 par la police de Vancouver s'élève à 350 000 $. La fondation de la police a contribué à une hauteur de 250 000 $ et la Ville a financé le reste.

Photo : Radio-Canada / Denis Dossmann

En 2010, elle a offert 250 000 $ pour permettre l’achat d’un véhicule blindé. Le but principal de ce véhicule est de fournir un soutien pour sortir un particulier ou un policier blessé ou piégé d'une position de danger extrême sans créer de danger supplémentaire pour les agents chargés de la mission , dit un communiqué de l'époque.

Crainte d’un conflit d’intérêts

Selon le professeur Kevin Walby, qui s’est penché sur la question des fondations de police, il est d’autant plus intéressant d’analyser leur impact à travers le prisme du conflit d’intérêts.

Si, soudainement, les entreprises pétrolières de l’Alberta donnaient beaucoup d’argent à la fondation de la police de Calgary, puis que cette dernière achetait de l’équipement d’intervention tactique ou de surveillance, on pourrait y voir un conflit d'intérêts dans la mesure où cet équipement pourrait être utilisé pour surveiller des militants antipipeline, dit-il.

Une installation pétrolière et gazière située près de Cremona, en Alberta.

Les entreprises pétrolières et gazières Enbridge, Cenovus Energy, Encana Corporation et Canadian Natural Resources figurent parmi les donateurs de plus de 1 million de dollars à la Fondation de la police de Calgary.

Photo : The Canadian Press / Jeff McIntosh

Le professeur titulaire Bernard Dagenais, du département d’information et de communication de l’Université Laval, y voit une roue très très malsaine.

Plus les organisations pétrolières vont aider les fondations, plus les contestataires du changement climatique vont se manifester et plus les policiers n’auront pas tendance à être généreux envers eux, mais plutôt reconnaissants envers ceux qui aident la fondation, croit-il.

La vice-présidente de la fondation de la police d'Abbotsford, Sandy Blue, maintient cependant que des mécanismes sont en place afin d’éviter les conflits d’intérêts au sein même du conseil d’administration et qu’une politique des donations existe également.

Au conseil, nous sommes très prudents face à tout ce qui pourrait générer de potentiels conflits d’intérêts.

Sandy Blue, conseillère municipale et vice-présidente de la fondation de la police d'Abbotsford

Améliorer l’image de la police

L’image de la police en général est malmenée depuis longtemps, constate Bernard Dagenais, également spécialiste de l’image et la réputation des individus et des entreprises.

L'une des fonctions des fondations est d'offrir une image de la police qui diffère des interventions les plus médiatisées en présentant des initiatives pour se rapprocher de la communauté et la soutenir. Tout ça, c'est uniquement pour leur image, croit le professeur.

Le recours à la responsabilité sociale de ces organisations-là n’a qu'un seul but : non pas d’aider, mais de se créer une image corporative.

Bernard Dagenais, professeur de l’Université Laval

Il soutient également que les dons d'argent faits par des grandes entreprises à des fondations comme les fondations de police relèvent de la même logique et ne sont pas des gestes de générosité en soi, mais plutôt le fruit d’un calcul de relation publique.

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