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Hausse de l'itinérance et de la consommation de drogue sur le Plateau

Les commerçants sont « un peu désemparés » devant cette itinérance de plus en plus visible, notamment sur l’avenue du Mont-Royal, devenue piétonne cet été.

Un itinérant est assis sur une clôture devant une pharmacie.

Une augmentation de l'itinérance visible a été constatée sur l'avenue du Mont-Royal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le constat est unanime. Depuis le début du déconfinement, à la fin du printemps, l’itinérance visible serait en hausse dans la métropole, et notamment dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal.

Tous les jours, je vois deux, trois nouvelles personnes qui viennent nous voir, explique Mélodie Racine, qui dirige Porte ouverte Montréal, un centre de jour proposant des services aux sans-abri.

On a constaté une hausse des personnes itinérantes autochtones, soutient également Heather Johnston, directrice de l'organisme communautaire Projets autochtones du Québec (PAQ), en évoquant une augmentation à la fois dans Ville-Marie et les arrondissements voisins.

On voit de nouveaux visages. On s’y attendait, car on a entendu dans des communautés autochtones que certains voulaient venir à Montréal dès le déconfinement.

Heather Johnston, directrice de Projets autochtones du Québec

Au cours des dernières semaines, cette situation est particulièrement visible sur l’avenue du Mont-Royal, devenue piétonne cet été sur plusieurs kilomètres.

Deux personnes dont on ne voit que les jambes sont assises sur un trottoir.

De nombreux sans-abri sont présents sur l'avenue du Mont-Royal et aux abords de la rue Saint-Denis, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Autour de la station de métro Mont-Royal et de la rue Saint-Denis, on trouve de nombreux sans-abri, souvent d’origine autochtone, parfois en groupes ou isolés.

L’achalandage de cette artère commerciale serait l’une des hypothèses, avancées par la Ville de Montréal, pour expliquer cette présence à la hausse, même si aucun dénombrement officiel n’a été effectué.

Le centre-ville est en partie déserté, et les rues piétonnes attirent du monde, indique Nathalie Goulet, responsable de l’itinérance au sein du comité exécutif de l’administration Plante.

On doit s’adapter, ajuster nos services. C’est tout un défi, souligne l’élue municipale.

L’économie de la rue a beaucoup changé depuis la pandémie. Ces personnes vont aller là où sont les gens. C’est ce qu’on a remarqué.

Nathalie Goulet, responsable de l’itinérance au comité exécutif de l’administration Plante

Possiblement, c’est aussi en raison des nombreux chantiers sur le Plateau et sur la rue Saint-Denis, avance Ann Lalumière, coordonnatrice des services en itinérance au sein de l’organisme Plein milieu.

Ces chantiers forcent un déplacement des populations itinérantes. Des gens à l’arrière d’un commerce sont maintenant à l’avant.

Ann Lalumière, coordonnatrice pour Plein milieu

Des commerçants désemparés

Dans le même temps, les commerçants de l’avenue du Mont-Royal se disent un peu désemparés. Tout en voulant rester prudente sur ce sujet, la Société de développement commercial (SDC) de l’artère demande des actions de la part de l’administration.

Il faut clairement une stratégie. Les commerçants sont généreux, empathiques, mais leur métier, c’est aussi d’accueillir des clients. Et lorsqu’il y a trois, quatre personnes saoules, allongées devant l’entrée, ce n’est pas facile, affirme Claude Rainville, directeur de la SDC de l’avenue du Mont-Royal, qui parle de quelques dizaines de personnes en situation d’itinérance, sur l’artère commerciale.

Devant la misère humaine, personne ne veut des mesures drastiques, des exclusions. Mais lorsque des gens sont en état d’ébriété, qu’il y a des incivilités sur le domaine public, ça ne favorise pas l’expérience client.

Claude Rainville, directeur de la SDC de l’avenue du Mont-Royal
Une personne fume de la drogue.

Plusieurs organismes reconnaissent qu'il y a une augmentation de la consommation d'alcool et de drogue au sein de la population itinérante.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La consommation d’alcool et de drogue serait d’ailleurs en augmentation depuis plusieurs semaines au sein de cette population itinérante.

On commence aussi à voir la présence de vendeurs de drogue, précise Heather Johnston, de PAQ. La consommation de crack est en hausse depuis deux mois, ajoute Mélodie Racine.

La raison? C’est la même que pour monsieur Tout-le-Monde. Il y a eu plus de stress durant la pandémie pour la population en général. Les personnes marginalisées sont aussi concernées. Les gens ont voulu aller dans des centres, dans des parcs, mais c’était fermé. Ça augmente le stress, détaille-t-elle en évoquant un impact sur la cohésion sociale.

Du côté de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, on reconnaît cette situation et on met de l’avant l’importance d’un dialogue.

Il y a des médiateurs sociaux qui vont sur place parler avec ces personnes, les sensibiliser, soutient la conseillère d’arrondissement Josefina Blanco en parlant d’un problème qui avait déjà pris de l’ampleur ces dernières années, bien avant la pandémie.

C’est une approche qu’on veut amener des deux côtés : expliquer aux commerçants la situation de ces personnes et parler à ces gens – leur dire de déplacer leurs affaires, par exemple – pour que le commerce puisse continuer son travail et éviter des frictions.

Josefina Blanco, conseillère du Plateau-Mont-Royal

Bien que des centaines de lits aient été mis à disposition par la Ville de Montréal, il est parfois difficile de convaincre ces personnes de se rendre dans de tels lieux, reprend l’élue. Certains ne remplissent pas les conditions, les critères d'admissibilité, ou alors ne veulent pas y aller. On ne peut pas les obliger, indique Josefina Blanco.

De son côté, l’organisme Plein milieu déplore le manque flagrant de ressources. Ces lits, ils remplacent la fermeture ou la limitation de services. Les organismes manquent de financement et de ressources, pour enfin faire en sorte qu’on ne voie plus autant de personnes en situation d’itinérance, clame Ann Lalumière.

Des centaines de places d’hébergement

Fin août, la Ville de Montréal, en collaboration avec le gouvernement du Québec, a annoncé l’ouverture de trois sites d’hébergement d’urgence pour les personnes en situation d’itinérance. Près de 850 places ont été prévues dans l’ancien hôpital Royal-Victoria, au Complexe Guy-Favreau et dans l’ex-YMCA Hochelaga. Environ 200 lits supplémentaires devraient être aussi annoncés dans les prochaines semaines, pour l'hiver prochain, précise Nathalie Goulet.

Vers un wet shelter à Montréal

Dans les prochains mois, Montréal devrait ouvrir son premier centre de consommation contrôlée d'alcool (wet shelter). Cet établissement pourrait permettre à la population itinérante de fréquenter un endroit fermé, sous la supervision d’intervenants.

L’absence d’un tel lieu serait d’ailleurs l’une des explications d’une hausse marquée de la consommation d'alcool dans les rues de la métropole.

Actuellement, ces gens doivent quitter les ressources qu’ils ont pour consommer, car c’est interdit. Ils vont consommer dans les rues. Peut-être qu’avec un tel espace, ça réduirait la consommation dans les rues et les espaces résidentiels, croit Heather Johnston, de PAQ.

La Ville travaille là-dessus. Il va y avoir un appel à projets, confirme l’élue Josefina Blanco, qui précise qu’aucun lieu n’a encore été défini. Ce projet est mené en coordination avec le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud, qui en avait fait l’annonce l’an passé.

Un seul centre de consommation contrôlée d'alcool ne sera cependant pas suffisant, prévient Ann Lalumière, de Plein milieu. Ça ne va pas répondre à tous les besoins. On constate depuis plusieurs années à quel point l’itinérance n’est plus concentrée au centre-ville. Il faut des services aussi dans les arrondissements voisins.

Ce type de ressources existe déjà dans d’autres villes canadiennes, comme à Toronto et Ottawa.

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