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Distanciation physique : quels sont les facteurs à considérer?

Comment juger lorsque le risque de transmission de la COVID-19 augmente?

Une illustration montre les 2 mètres de distance à maintenir entre deux personnes, devant des drapeaux du Canada.

Une affiche au centre-ville d'Ottawa rappelle les mesures de distanciation physique.

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Des chercheurs de l’Université d'Oxford et du MIT estiment que la recommandation de distanciation physique de 1 mètre ou de 2 mètres n'est pas assez précise. Ils proposent un index pour aider les gens à mieux juger le degré de risque de transmission de la COVID-19 dans différentes situations.

D’abord, ces chercheurs sont catégoriques : la distanciation physique et le port du masque sont essentiels pour freiner la propagation du virus, mais précisent que certaines situations peuvent être plus risquées que d’autres.

Les auteurs de l'étude, publiée dans le British Medical Journal (Nouvelle fenêtre), argumentent que la notion du 1 ou du 2 mètres se base sur d’anciennes études et ne tient pas compte du nombre de personnes présentes, de la charge virale de l’émetteur (à quel degré une personne est contagieuse), de la durée d’exposition ou du type de ventilation.

C’est pourquoi ces chercheurs proposent plutôt des recommandations graduelles pour déterminer les risques de transmission du virus.

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Un tableau montrant le risque de transmission du virus, selon différentes couleurs.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des chercheurs de l'Université d'Oxford proposent un index pour évaluer le risque d'être infecté par la COVID-19 selon différentes circonstances.

Photo : Jones N. et al BMJ 2020;370:m3223

Selon eux, voici les facteurs qui augmentent le risque d’infection :

  • Lieux fermés

  • Nombre élevé de personnes

  • Débit de parole élevé

  • Mauvaise ventilation

  • Aucun masque porté

Une combinaison de ces facteurs (p. ex. : de nombreuses personnes qui parlent fort dans une pièce sans ventilation) augmente encore plus les risques d’infection.

Ainsi, les chercheurs estiment qu’une personne qui choisit d’aller dans un bar bondé et bruyant devrait limiter son temps d’exposition et devrait même penser à se distancier encore plus que les 2 mètres souvent recommandés. À l’inverse, le risque de transmission est moins élevé pour deux personnes dans un parc qui ne parlent pas.

Il faut toutefois noter que, dans tous les cas, le risque d’infection n’est jamais nul.

Nous savons qu’il y a eu des cas où le virus s’est propagé beaucoup plus loin que 2 mètres. Il y a eu des cas en Allemagne, notamment dans une usine de transformation alimentaire, où il y a eu beaucoup de cas même si les personnes étaient à bonne distance et avec une bonne ventilation, précise Ketra Schmitt, professeure agrégée du Centre for Engineering in Society de l'Université Concordia.

Colin Furness, épidémiologiste à l'Université de Toronto, aime bien l'idée derrière ces recommandations, mais souhaiterait voir plus de données probantes pour démontrer comment les chercheurs ont déterminé le niveau de risque selon la situation. « Je crois que dans certaines circonstances ils sont trop prudents et dans d'autres ils sont moins prudents. Par exemple, je ne suis pas à l'aise avec la quantité de vert (risque peu élevé) [pour des situations] à l'intérieur. »

Plus fort, plus de risques

Les particules de SRAS-CoV-2 peuvent se propager au-delà de 2 mètres, surtout lorsqu’une personne tousse, crie ou chante, précisent les auteurs de l’étude. De plus, dans ces circonstances, la concentration de gouttelettes est plus élevée.

Ceci pourrait expliquer en partie pourquoi près de 50 membres d’une chorale aux États-Unis ont été infectés lors d’une répétition malgré des mesures de distanciation physique de 2 mètres ou pourquoi une soirée de karaoké dans un bar de Québec serait à l’origine d’une éclosion de COVID-19.

D’où vient la recommandation du 1 à 2 mètres?

Les règles de distanciation physique sont basées sur des études qui doivent être réexaminées, disent ces chercheurs de l’Université d'Oxford et du MIT.

Les premières études sur la propagation de gouttelettes lorsqu'une personne éternue, tousse ou parle ont commencé au 19e siècle. On proposait déjà une distance de 1 à 2 mètres pour réduire la propagation de certains pathogènes. Puis d’autres études dans les années 40 ont renforcé ce concept.

Ce sont ces études antérieures qui guident les politiciens et les experts en santé publique lors de cette pandémie. 

Les auteurs précisent que la distanciation physique est toujours de mise, mais que les politiques gouvernementales doivent s'adapter pour tenir compte des complexités de la transmission virale. Certaines situations comportent des risques beaucoup plus élevés et la distance de 1 à 2 mètres n'est peut-être pas suffisante. La distanciation physique ne devrait être qu’une partie d'une approche de santé publique plus large pour contenir la pandémie de COVID-19, ont-ils écrit.

Gouttelettes contre aérosols

Rappelons que le virus peut être transmis de plusieurs façons :

  • par des objets contaminés;

  • par de larges gouttelettes propulsées dans l’air par une personne qui tousse, parle ou éternue;

  • par des aérosols – ces gouttelettes peuvent rester suspendues dans l'air de quelques minutes à quelques heures. Le diamètre d'un cheveu humain est d'environ 80 microns et les aérosols font moins de 50 microns. Le SRAS-CoV-2 ne mesure que 0,1 micron de diamètre.

Selon les chercheurs de l’Université d'Oxford, 8 des 10 études qu’ils ont examinées ont démontré que certaines gouttelettes respiratoires peuvent être projetées au-delà de 2 m pour des particules plus fines que 60 microns. Dans une étude, la propagation de certains aérosols a été détectée jusqu’à 8 mètres plus loin.

En juillet, l’OMS a reconnu que le risque de transmission aérienne du SRAS-CoV-2 ne peut être exclu dans des lieux fermés mal ventilés où un grand nombre de gens sont rassemblés pour de longues périodes, comme les restaurants, les bars ou les lieux de culte.

Besoin de messages plus cohérents

Mme Schmitt critique la confusion de certains messages gouvernementaux et estime que les autorités devraient tenir un message plus cohérent. Certains pays ont réduit les recommandations de distanciation physique, et le Québec a proposé des distances différentes selon les circonstances. Ces changements portent trop à confusion.

Distanciation physique recommandée

Endroit

Distanciation physique recommandée

Gouvernement du Canada

2 m

Ont., Man., C.-B., Alb., N.-B., Sask., Î.-P.-É.

2 m

Centres pour le contrôle et la prévention des maladies aux États-Unis

2 m

Écosse

2 m

Québec (population générale)

2 m

Québec (écoles et enfants de moins de 16 ans)

1 m

Québec (rassemblements intérieurs dans les lieux publics, si les personnes sont assises)

1,5 m

Australie, Allemagne

1,5 m

France, Suisse, Angleterre, Irlande du Nord

1 m

Alberta (écoles)

0 m

On nous demande de respecter les mesures de distanciation physique et de porter un masque en public, mais c’est correct d’avoir 32 enfants dans une classe sans porter le masque. On nous dit d’abord que ce type de comportement est dangereux, puis on nous dit autrement.

Tatiana Scorza, professeure au Département des sciences biologiques à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), juge pour sa part que le graphique des chercheurs de l’Université d'Oxford est utile, mais peut-être un peu complexe pour la population. Il serait pertinent de se limiter à parler des deux mètres, car c’est une distance possible à respecter dans la rue et c’est la plus sécuritaire.

Plusieurs organismes, dont l’Organisation mondiale de la santé, recommandent, en anglais, tout simplement d’éviter les 3 C :

  • Closed spaces (Endroits intérieurs)

  • Crowded places (Endroits bondés)

  • Close-contact settings (Contacts étroits)

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