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Les insolences du frère Untel : un livre annonciateur de la Révolution tranquille

Couverture du livre Les insolences du Frère Untel.

Le 6 septembre 1960 sont publiées « Les Insolences du frère Untel ». Jean-Paul Desbiens y dénonce l'échec de l'enseignement du français au Québec.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le 6 septembre 1960 était publié l’ouvrage Les insolences du frère Untel. Un frère mariste anonyme y dénonçait la piètre qualité du français parlé au Québec. Le livre est rapidement devenu un succès de librairie. Retour en archives sur l’impact de cette publication sur la société québécoise.

Au moment de la publication de ses Insolences, le frère Untel enseigne la philosophie au Collège d’Alma au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il y est connu sous le nom de frère Pierre-Jérôme. Son véritable nom est Jean-Paul Desbiens.

À l’automne 1960, Jean-Paul Desbiens devient l’auteur d’un succès de librairie sans précédent au Canada. En moins de trois mois, il vend 65 000 exemplaires de son livre Les insolences du frère Untel.

Son pamphlet se veut un véritable cri du cœur. Il y souligne la pauvreté du français parlé, la trop grande place prise par la religion catholique et la vétusté du système d’éducation.

Avec Les Insolences du frère Untel, les Québécois découvrent qu’ils parlent un français atrophié : le joual.

Le 21 novembre 1960 à l’émission Premier plan, l’animateur Gaétan Barrette fait état du succès littéraire des Insolences du frère Untel.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Premier plan, 21 novembre 1960

Le journaliste Pierre Nadeau se rend à Alma pour questionner les gens dans la rue sur leur connaissance de l’écrivain.

Première constatation, le frère Untel demeure inconnu pour un grand nombre de citoyens. Pour d’autres cependant, en particulier pour ses étudiants, il est une véritable source d’inspiration.

Comme professeur, je dirais que c’est le meilleur qu’on a eu. C’est l’opinion de tous les élèves de notre classe. Il est très soucieux de nous enseigner la philosophie comme une culture qui peut nous servir plus tard.

Étudiant du frère Untel

Son volume a fait sensation et on est fiers. Le frère Untel a osé dire ce que tout le monde pense. Les gens ont peur de dire ce qu’ils pensent. Le frère Untel non seulement il l’a dit, mais il l’a écrit

Citoyen d’Alma

Au cours de la même émission, à la suite de ce vox populi, la journaliste Judith Jasmin s’entretient avec le frère Untel.

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Premier plan, 21 novembre 1960

Je me sens parfois obligé de traduire en joual ce que je pense afin d’être sûr d’être compris. Mais je n’en reste jamais au joual et je retraduis toujours en français.

Jean-Paul Desbiens, alias frère Untel

À la suite de la publication des Insolences, le cardinal Léger souhaitera retirer le frère Pierre-Jérôme de la sphère médiatique pour un moment, question de calmer le jeu. Le livre aura l’effet d’une petite bombe. Le frère Untel s’exilera quelque temps en Europe afin d’y mener une thèse de doctorat.

Trois ans après la publication de son livre, alors qu’il revient de France, il constate que la situation de la langue demeure inchangée. C’est ce qu’il déclare en entrevue à Pierre Nadeau lors de l’émission Aujourd’hui du 10 août 1964.

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Aujourd’hui, le 10 août 1964

« Vous avez contribué au déblocage dans la province de Québec et il y a maintenant un ministère de l’Éducation », lance Pierre Nadeau au frère Untel.

Modeste, Jean-Paul Desbiens affirme n’avoir fait qu’un constat et que ses Insolences ne représentaient qu’un diagnostic.

Il ne se dit pas favorable à l’unilinguisme français pour le Québec. Par contre, bien avant l’adoption de la loi 101, il déclare dans cette entrevue que le français devrait être prioritaire dans l’affichage.

Il souhaiterait que le Québec se dote d’un réseau d’écoles techniques qui permettrait de retenir les étudiants plus longtemps à l’école. La création des cégeps arrivera quelques années plus tard en 1967.

Le frère Untel travaillera pour le ministère de l’Éducation et ensuite comme éditorialiste à La Presse. Durant les dernières années de sa vie, il reviendra vers l’enseignement comme directeur du Collège Notre-Dame-de-Foy à Cap-Rouge.

La journaliste Nicole Germain brosse un portrait de la vie du frère Untel au Téléjournal à l’occasion de son décès le 24 juillet 2006.

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Téléjournal Le Point, 24 juillet 2006

Dans le reportage, ses proches amis regrettent qu’il soit mort pratiquement dans l’indifférence générale.

On parle beaucoup des Insolences, mais c’est un opuscule. Il a publié au moins 20 livres depuis ce temps.

Gilles Lesage, ancien journaliste au Devoir
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