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Quand le photojournalisme choque et sensibilise le public

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Un jeune garçon repose mort face contre terre sur le bord d'une plage.

Le corps du jeune Alan Kurdi, retrouvé mort sur la côte turque, le 2 septembre 2015.

Photo : AFP / Nilufer Demir / Dogan News Agency

Radio-Canada

Toute image de violence est-elle bonne à voir? Voici le regard de deux photojournalistes et d’un historien de l’art sur l'effet transformateur de certaines photos qui ont marqué l’histoire.

Il y a cinq ans, le 2 septembre 2015, la photo d’un jeune Syrien mort, Alan Kurdi, créait une onde de choc dans les pays occidentaux et contribuait à attirer l’attention sur la détresse des personnes migrantes. En rendant visible une réalité qui était peu ou mal connue, la photographe turque Nilüfer Demir s’est attiré les foudres de certaines personnes.

L'homme marche sur la plage avec le petit garçon de 3 ans dans ses bras

Un policier turc recueillant le corps du petit Alan Kurdi.

Photo : Associated Press

Cette image-là, elle est dure. C'est vrai qu'elle nous rentre dedans, reconnaît Jacques Nadeau, photojournaliste au Devoir. « Mais l’Union européenne a ouvert [par la suite] ses portes à des dizaines de milliers de réfugiés. Ça, pour moi, c’est tellement important », ajoute-t-il.

Pour Ivanoh Demers, photojournaliste à Radio-Canada, il faut parfois montrer des images difficiles, même si elles glacent le sang.

Un homme chute du haut d'un gratte-ciel.

Un homme tombe en chute libre de la tour nord du World Trade Center.

Photo : AP Photo / Richard Drew

[Cette photo du 11 septembre 2001] a été très controversée, parce que, bon, on ne veut pas voir la mort. Ça fait qu'il y a des gens qui disent que c'est une photo qu'on n'aurait jamais dû montrer. Je ne suis pas de ceux-là, dit Ivanoh Demers.

Si elles sont choquantes, certaines images de violence contribuent à faire changer les choses. Le professeur en histoire de l’art de l’Université du Québec à Montréal Vincent Lavoie évoque ainsi les images prises à la prison d’Abou Ghraib en 2003, qui sont devenues célèbres compte tenu de l’ampleur des réactions qu’elles ont suscitées.

Une personne est debout sur une chaise et a des fils électriques attachés aux doigts des deux mains.

Une des photos de 2003 montrant des personnes détenues maltraitées à la prison d'Abou Ghraib.

Photo : La Presse canadienne / AP

Pour Jacques Nadeau, une des photos qui a changé le cours de l’histoire est celle d’une jeune Vietnamienne ayant survécu à une attaque au napalm par l’armée américaine en 1972.

Une jeune fille nue fuit le nuage laissé par la bombe au napalm. En arrière-plan, des soldats sud-vietnamiens.

La photo prise en 1972 à la suite d'une attaque américaine au napalm a contribué à la fin de l'intervention armée des États-Unis au Vietnam.

Photo : La Presse canadienne / AP Photo / Nick Ut

Suite à cette image-là, les Américains ont dit : ‘’Ok, that's enough, on se retire. La guerre, c'est assez, précise Jacques Nadeau.

Une image vaut mille mots, mais peut aussi avoir un effet extraordinaire pour aider à faire connaître une cause auprès de l’opinion publique, explique Ivanoh Demers.

Deux hommes noirs sur un podium lèvent le poing en gardant la tête baissée.

Tommie Smith et John Carlos, têtes baissées et poings levés, lors des Jeux olympiques d'été de 1968.

Photo : Tim Dahlberg, AP

La photo des coureurs américains Tommie Smith et John Carlos protestant contre la ségrégation raciale en levant le poing sur leur podium lors des Jeux olympiques de 1968 a selon lui marqué l’imaginaire. C'est une photo qui est encore d'actualité 52 ans plus tard, alors ça montre la force de l'image.

Pour réaliser une transformation sociale, une photo doit devenir un symbole qui fasse l'objet d'une appropriation collective, explique Vincent Lavoie. Ce processus se réalisait encore il y a quelques années à travers la presse papier, mais se déploie aujourd'hui à travers d’autres plateformes, comme Instagram, beaucoup plus rapidement et à une échelle massifiée, indique le professeur.

Avec les informations de Nabi-Alexandre Chartier

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