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Appel à un moratoire pour protéger les bélugas dans la rivière Saguenay

Des chercheurs prônent la prudence quant aux projets qui pourraient augmenter le trafic maritime.

Un béluga du Saint-Laurent.

Le béluga du Saint-Laurent est une espèce en péril.

Photo : iStock

Hugo Lavallée

Des scientifiques de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) et du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), mandatés par le gouvernement, pressent Québec d'imposer un moratoire sur les projets de développement qui auraient pour conséquence d'augmenter la circulation de navires dans la rivière Saguenay.

Selon eux, une hausse du nombre de transits, sans mesures d'atténuation, irait à l'encontre des efforts de rétablissement du béluga du Saint-Laurent, espèce en voie de disparition.

Face aux multiples projets de développement qui auraient pour effet d'accroître la navigation dans le Saint-Laurent et la rivière Saguenay, l'ancien gouvernement libéral avait alloué plus de 2 millions de dollars à ce groupe de chercheurs pour évaluer l'impact de sa « Stratégie maritime » sur les mammifères marins.

Le béluga du Saint-Laurent est considéré comme une espèce menacée, en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables du gouvernement du Québec, et en voie de disparition, selon la classification du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada.

Le projet de recherche, d'une durée de cinq ans, se poursuivra jusqu'en 2023, mais les scientifiques ont cru bon de mettre en garde le gouvernement dès maintenant, au terme d'une première année de travaux, des risques associés à une augmentation du trafic maritime sur le Saguenay.

C'est que les recherches effectuées jusqu'ici ont permis de découvrir que les bélugas sont plus nombreux qu'on ne le croyait à fréquenter le fjord du Saguenay, considéré comme un refuge acoustique.

Alors que des relevés aériens avaient estimé à 5 % la proportion de bélugas fréquentant la rivière, de nouvelles données permettent plutôt de penser que 50 % d'entre eux le font, dont 67 % des femelles recensées. Or, de nouveaux projets de développement économique, comme le projet Énergie Saguenay de GNL-Québec, pourraient augmenter le trafic maritime sur la rivière Saguenay et, incidemment, l'exposition des bélugas aux bruits sous-marins.

Le béluga va communiquer avec un large spectre de fréquences et ce spectre peut être perturbé par le bruit des navires, explique Jérôme Dupras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique à l'UQO.

On vient complètement perturber la capacité d'une femelle à communiquer avec son veau, on vient perturber des phénomènes de mise bas, donc on vient complètement changer, avoir un impact négatif sur cette espèce, sur les familles.

Jérôme Dupras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique à l'Université du Québec en Outaouais

Ainsi, selon le rapport présenté au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, l’ajout d’activités de navigation dans l’habitat essentiel du béluga du Saint-Laurent, sans mise en place de mesures de réduction du bruit sous-marin efficace, résulterait en une augmentation de l’exposition des animaux, ce qui nuirait aux efforts de préservation de l'espèce.

Nos résultats remettent en question la validité des études d’impact acoustique réalisées à ce jour pour le béluga, indique le directeur du Laboratoire interdisciplinaire de simulation socioécologique de l’UQO, Clément Chion, dans une communication résumant les conclusions du rapport.

Selon lui, il est primordial de ne pas précipiter des décisions pour lesquelles des impacts écologiques dommageables et irréversibles ne peuvent pas être exclus.

Dans le contexte, le groupe de chercheurs recommande au gouvernement de mettre en place un moratoire jusqu'à la fin de ses travaux, en 2023.

C'est un moratoire qui n'est pas éternel, relativise toutefois Jérôme Dupras. Dans un horizon de temps de court, moyen terme, on aura des réponses aux questions qu'on se pose actuellement, on aura des réponses aux incertitudes relatives aux comportements ou aux impacts sur l'espèce. Ce qu'on recommande, c'est de prendre le temps de terminer ces études-là pour prendre des décisions qui seront plus éclairées.

Des pistes de solution à trouver

Le groupe de chercheurs de l'UQO et du GREMM a pour mandat de développer un simulateur qui permette de mesurer les impacts acoustiques de la navigation maritime sur les mammifères marins, mais aussi de proposer des pistes de solution afin d'en atténuer les effets.

Au sein même des navires, il y a des façons de rendre les navires moins bruyants et il y a des mesures de gestion : par exemple, un ralentissement dans certains secteurs peut avoir des impacts très, très importants [...], ou encore, le choix de routes qui ne viendront pas perturber des zones importantes pour les mammifères marins, illustre M. Dupras.

Donc, c'est ce genre de composite entre le nombre de transits, la technologie des navires qui seront acceptés dans la zone et, finalement, les pratiques de gestion, d'opération... Lorsqu'on mélangera tout ça, on sera capable d'arriver avec des recommandations sur les meilleures pratiques à avoir, ajoute-t-il.

Parmi les nombreux projets présentement en développement dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, GNL-Québec envisage de construire un complexe industriel de liquéfaction du gaz naturel qui lui permettrait d'exporter, par bateau, 11 millions de tonnes de gaz naturel par année en provenance de l'Ouest canadien.

De son côté, Métaux BlackRock souhaite aménager au port de Grande-Anse une usine de deuxième transformation du concentré de vanadium-titane-magnétite, qui acheminerait une partie de sa production par bateau.

Par ailleurs, l'entreprise Ariane Phosphate a reçu au cours des derniers mois une décision favorable du gouvernement fédéral afin de construire un terminal maritime sur la rive nord du Saguenay.

Conformément au principe de précaution, nous recommandons la plus grande prudence dans la prise de décisions pour lesquelles des effets écologiques dommageables et irréversibles ne peuvent être exclus, conclut le rapport.

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