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Le Groupe d’action contre le racisme serait une « coquille vide », selon des organismes

Plusieurs déplorent l’absence de réelles consultations et le manque de transparence du gouvernement Legault.

Assis à une table, de gauche à droite : Nadine Girault, François Legault et Lionel Carmant.

Le premier ministre François Legault (centre) a confié aux ministres Nadine Girault et Lionel Carmant le mandat de diriger les travaux du Groupe d'action contre le racisme.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Deux mois et demi après son lancement par le gouvernement Legault, le Groupe d’action contre le racisme (GARC) ne fait guère l’unanimité et suscite les critiques.

On ne consulte pas les personnes qui sont sur le terrain, qui vivent ces problématiques et qui travaillent depuis des années sur ces enjeux, déplore Samira Laouni, la coprésidente de la Table de concertation contre le racisme systémique, qui regroupe une quarantaine d’organismes traitant de ce sujet.

À l’instar de nombreux autres responsables de groupes contactés par Radio-Canada, qui suivent cet enjeu du racisme depuis de longues années, Mme Laouni assure n’avoir eu aucun contact avec Québec.

Ce groupe composé de sept députés de la Coalition avenir Québec a vu le jour le 15 juin. L’annonce a été faite par le premier ministre François Legault, qui a refusé d’inclure des élus des partis d'opposition, dans la foulée des manifestations liées au meurtre de George Floyd aux États-Unis et de la publication à Montréal d’un rapport évoquant l’existence de racisme systémique au sein des instances de la métropole.

Ce terme, utilisé par la mairesse Valérie Plante, avait d’ailleurs été rejeté par le premier ministre Legault, qui ne souhaitait pas faire un débat sur ce sujet, en préférant se concentrer sur le racisme.

Or, depuis cette conférence de presse, le flou persiste quant aux actions menées par ce groupe.

Des recommandations attendues « dès l’automne »

Québec a promis des changements durables [qui seront] instaurés le plus rapidement possible, selon les termes utilisés dans le communiqué de presse daté du 15 juin. Ce groupe de sept élus (Nouvelle fenêtre) a comme mandat d'élaborer une série d'actions efficaces afin de lutter contre le racisme. Différents experts et organismes actifs dans la lutte contre le racisme seront consultés par le GACR, était-il précisé.

Des organismes et des experts « déçus »

Au cours des derniers jours, Radio-Canada a interrogé une quinzaine d’organismes et d'experts qui assurent attendre toujours un appel de la part du GACR pour rendre leurs témoignages, comme cela avait été annoncé par Québec.

En principe, la moindre des choses serait de rencontrer les organismes qui ont manifesté un intérêt dans la lutte contre le racisme, explique Max Stanley Bazin, le président de la Ligue des Noirs, qui, à l’instar de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, indique ne pas avoir été consulté à ce jour par des représentants provinciaux.

Nous sommes dans le noir. On n’a pas été contactés et on ne voit pas de transparence. Mais on ne va pas forcer le gouvernement à faire des choses qu’il ne veut pas faire.

Une citation de :Max Stanley Bazin, président de la Ligue des Noirs

J’ai l’impression qu’ils n’ont pas envie de recevoir nos critiques ou écouter nos interventions, avance Bochra Manaï, de Parole d’ExcluEs.

On est très déçus, ajoute la sociologue et professeure à l’UQAM Maryse Potvin, qui documente le racisme systémique depuis plus de 20 ans.

J’ai l’impression que c’est un peu de la récupération politique, comme ça arrive souvent. Peut-être qu’ils écoutent qui ils veulent entendre, reprend-elle, en critiquant également la dernière consultation sur ce sujet, faite par le gouvernement libéral de Philippe Couillard en 2017, qui était une farce.

La Ligue des droits et libertés reproche quant à elle au gouvernement Legault une campagne de communication. Je ne sais pas pourquoi on ne nous interroge pas. C’est un peu dommage que ce groupe travaille en vase clos, souligne la présidente de la Ligue, Alexandra Pierre.

Ce groupe, c’est une façon de dire qu’on agit sans faire grand-chose. On doit avouer qu’on est un peu dubitatif.

Une citation de :Alexandra Pierre, présidente de la Ligue des droits et libertés

C’est un peu bizarre, lance le responsable du Congrès maghrébin au Québec, qui se dit surpris. On a fait un appel à témoignages, des gens nous ont écrit pour décrire leur réalité. La communauté a des choses à dire, juge Mohamed Wakkak.

Il est temps que le gouvernement prenne au sérieux ce sujet et consulte des spécialistes, clame de son côté Haroun Bouazzi, fondateur de l’Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec (AMAL).

Une démarche décevante, selon le PLQ

Il faut entendre les groupes, les gens sur le terrain, voir ce qu'ils pensent, avant de faire des propositions, souligne Jennifer Maccarone, porte-parole du Parti libéral du Québec en matière de diversité et d’inclusion. Selon l'élue montréalaise, qui souhaite un groupe transpartisan, l'exercice gouvernemental serait vraiment décevant. Qui a été consulté? On ne sait pas, c'est un secret. Je commence à être préoccupée, affirme-t-elle.

Le gouvernement a des croûtes à manger en matière de lutte au racisme, juge quant à elle Manon Massé, coporte-parole de Québec solidaire. Travailler avec les personnes touchées, c’est la moindre des choses, ajoute-t-elle. Ce n’est pas rassurant d’entendre les principaux acteurs lever la main pour nous dire [qu'ils n'ont] pas été appelés et [qu'ils] ne se sentent pas écoutés.

Québec se défend

Questionnée à plusieurs reprises sur ce sujet durant la dernière étude des crédits, la ministre de l’Immigration Nadine Girault, coprésidente du GACR avec Lionel Carmant, avait évoqué des rencontres, évidemment, de nature privée.

Québec refuse toujours de dévoiler le nom des organismes rencontrés, mais prône l’idée de dialoguer avec des gens ou groupes très pertinents.

À la demande de certaines personnes et de certains groupes, ceux-ci ne souhaitent pas être identifiés et préfèrent la confidentialité, choix que nous respectons totalement, détaille Marie Barrette, porte-parole du GACR au sein du gouvernement.

En ce sens, nous avons pris la décision de tenir ces rencontres de manière privée, et à ce moment-ci, nous ne transmettrons aucune liste.

Une citation de :Marie Barrette, porte-parole du GACR

Selon cette dernière, il y aurait déjà eu près de 30 entretiens à ce jour. Depuis la mise sur pied du GACR en juin dernier, les membres du groupe ont été très actifs. Plusieurs rencontres se sont tenues depuis le début de l’été et se poursuivront pour quelques semaines encore, écrit-elle, dans un courriel, tout en proposant à Radio-Canada de nous dire quels organismes souhaitent nous rencontrer.

Pas de budget annoncé

Aucun budget n’a encore été défini par le gouvernement Legault dans le cadre de ce groupe d’action. Nous serons en mesure de chiffrer lorsque nous aurons déterminé les actions à poser, précise Marie Barrette.

Interrogée par Radio-Canada, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ), un organisme indépendant du gouvernement, reconnaît avoir eu une rencontre préliminaire, à la fin du mois de juin, mais précise ne plus avoir eu de nouveaux entretiens.

L’entrepreneur social et fondateur de l’organisme Pour 3 Points a lui aussi été sollicité au début de l’été - à titre d’expert et non de représentant d’organisme, soutient-il -, avec le documentariste Will Prosper. Au terme de cet unique contact avec le GACR, ils déplorent le caractère exclusif de ces rencontres.

On a remis en question ce processus qui est vicié, car il n’est pas inclusif. Il n’inclut pas la société civile.

Une citation de :Fabrice Vil, fondateur de Pour 3 Points

L’impression que ça donne, c’est que c’est vraiment une coquille vide. C’était une discussion, pas une consultation, critique Will Prosper, qui ne cache pas sa déception.

On a l’impression que tout est déjà calé, qu’ils ont leur opinion et que c’est juste un exercice diplomatique.

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