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Relations sexuelles avec son protégé : une intervenante de la DPJ radiée

L'enseigne du Centre jeunesse de Québec, en avant-plan du building en pierres brunes

L'édifice administratif de la DPJ de la Capitale-Nationale, sur l'avenue Bourg-Royal à Beauport

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cloutier

Une travailleuse sociale vient d'être radiée pour six ans après avoir développé une relation amoureuse avec le garçon dont elle assurait le suivi.

L'ex-employée de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de la Capitale-Nationale a commencé à avoir des rapports sexuels avec son protégé le jour de ses 18 ans.

Après avoir déclaré Lidia Côté coupable, en avril, le Conseil de discipline de l'Ordre des travailleurs sociaux a imposé la sanction, le 21 août dernier.

En plus des relations sexuelles, le syndic reprochait à la travailleuse sociale d'avoir échangé des propos intimes et explicites avec le jeune homme. Ces échanges ont d'ailleurs permis d'incriminer l'intervenante, puisqu'elle a affirmé avoir été violée par le garçon, nommé X dans la décision du Conseil de discipline.

Connu à l'âge de 8 ans

Lidia Côté a fait la connaissance de X alors qu'il avait 8 ans. Elle va s'occuper de son dossier pendant quelques mois, car la mère du petit a des problèmes de santé mentale et d'alcoolisme.

La travailleuse sociale va renouer avec X en 2015 alors qu'il a une quinzaine d'années. Pendant qu'il est sous sa supervision, X va demeurer au centre de réadaptation ou chez sa mère, quand il n'est pas en fugue.

En novembre 2017, il retourne vivre chez sa mère, avant d'annoncer à sa travailleuse sociale qu'il est amoureux d'elle.

Lidia Côté, qui est alors âgée d'une trentaine d'années, en parle à sa supérieure dès le lendemain, afin de préparer un plan d'intervention pour gérer cette situation.

À ce moment, il ne reste que quelques semaines avant que l'intervention de l'employée de la DPJ auprès de X se termine, puisque ce dernier va atteindre sa majorité.

Entre-temps, le garçon de 17 ans lui offre des boucles d'oreille pour Noël, qu'elle accepte.

Relations intimes

En janvier 2018, le jour de ses 18 ans, Lidia Côté accompagne X à la Centrale Victoria pour qu'il paye ses contraventions. Sur le chemin du retour, il demande à sa travailleuse sociale de voir un film avec lui, pour son anniversaire. La femme accepte et se retrouve dans le sous-sol de la résidence de X, où se trouve sa chambre.

C'est à cet endroit qu'auront lieu les premiers rapprochements physiques, dont une relation sexuelle complète, sans protection.

La femme n'a pas nié avoir eu des rapports sexuels avec X. Elle a cependant affirmé avoir été forcée, craignant X, qui pouvait à l'occasion faire preuve de violence.

Il y a eu six rencontres de nature sexuelle avant que la femme mette fin à la relation, en février.

Messages explicites

L'affaire aurait pu en rester là, mais la mère de X a constaté quelques jours plus tard que son fils a laissé l'application Messenger ouverte sur sa tablette électronique.

Elle prend alors connaissance des messages échangés entre l'intervenante de la DPJ et son fils.

Ces messages ne laissent aucune ambiguïté concernant ce qui s’est passé entre eux, précise le Conseil de discipline, dans sa décision.

Quand la mère va faire savoir à Lidia Côté qu'elle a pris connaissance de ce qui s'est passé, l'intervenante sociale va se diriger directement chez son médecin pour obtenir un arrêt de travail.

La mère va porter plainte le 2 mars, et le 30 avril, alors qu'elle sait qu'elle fait l'objet d'une enquête par le syndic, Lidia Côté démissionne de son ordre professionnel et du CIUSS de la Capitale-Nationale, dont relève la DPJ.

Elle affirme avoir été violée

L'ex-employée va par la suite entreprendre des démarches auprès de Viol Secours qui vont culminer par une plainte d'agression sexuelle contre X, à la police de Québec. Aucune accusation criminelle n'a été portée.

L'avocat de Mme Côté a tenté de démontrer que sa cliente avait été victime d'un choc post-traumatique après avoir été violée à plusieurs reprises par X, dont la mère aurait agi par esprit de vengeance.

L'ex-intervenante a présenté une défense de contrainte puisque son instinct lui dictait d’éviter les lésions corporelles dont on la menaçait, ne lui donnant d'autre choix que de commettre les actes reprochés.

Je veux me coller

Le Conseil de discipline, qui reproduit des extraits des échanges Messenger entre la travailleuse sociale et son jeune amant dans sa décision, rejette cette prétention.

On peut y lire des passages où elle écrit je veux me coller, allant même jusqu'à décrire certains fantasmes impliquant le jeune homme.

Lidia Côté n’a pas nié être l’auteure de ces messages, mais considère qu’ils sont incomplets et qu’ils ne permettent pas de bien comprendre le contexte.

Mais pour le Conseil, les échanges démontrent très clairement que Mme Côté n’est nullement intimidée par X. Ce dernier l’appelle à plusieurs reprises "mon cœur".

Elle dit aussi s'ennuyer du jeune homme et éprouver des sentiments pour lui.

Le Conseil de discipline a qualifié d'invraisemblable la version de l'intervenante, surtout qu'elle n'a pas abordé la question du viol avant de démissionner, après avoir appris que le syndic enquêtait sur ses agissements.

Il ressort clairement de l’analyse de l’ensemble de ces messages que Mme Côté n’a pas été agressée par X le […] janvier 2018 ni été forcée d’agir contre son gré ou sous la contrainte de X

extrait de la décision du Conseil de discipline de l'Ordre des travailleurs sociaux

Sanction

L'audience pour déterminer la sanction a eu lieu le 30 juin dernier.

Jugeant la faute grave et pour assurer la protection du public, la syndique adjointe a demandé au Conseil d’imposer à Mme Côté une radiation de six ans, en plus d'une amende de 2500 $.

L'avocat de Lidia Côté a plutôt proposé une radiation de trois ans.

L'ex-intervenante a témoigné, se présentant à nouveau en victime.

Son avocat s'est dit outré que l'on puisse décrire X comme une personne vulnérable, puisqu'il avait notamment consenti aux relations sexuelles.

Le Conseil n'est pas de cet avis.

Mme Côté a oublié que la relation entre elle et X n’était pas égalitaire et qu’il lui appartenait d’en déterminer le cadre, d’imposer les limites, de garder le contrôle et d’être vigilante

extrait de la décision du Conseil de discipline de l'Ordre des travailleurs sociaux

Le Conseil rappelle que X avait reçu un diagnostic de trouble de l’attachement, ce qui en faisait un jeune homme particulièrement vulnérable.

De plus, l’absence d’une période tampon entre la fin du suivi par Mme Côté et les rencontres intimes ajoute à la gravité de l’infraction.

Confiance du public

Jugeant que les gestes commis par l'ex-intervenante de la DPJ ont un impact négatif sur la confiance du public envers les travailleurs sociaux, le Conseil a retenu la sanction suggérée par le syndic.

Le public est en droit de s’attendre que le maintien de la distance thérapeutique soit au cœur des préoccupations des membres de la profession, écrit le Conseil.

Comme Lidia Côté n'est plus membre de l'ordre des travailleurs sociaux, la sanction prendra effet seulement si elle veut pratiquer la profession à nouveau.

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