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Représentation autochtone : Marvel entend « corriger un problème qui perdure »

Des personnages dessinés dans un style évoquant l'art tribal.

Couvertures alternatives de Marvel's Voices – Indigenous Voices #1 et de Immortal Hulk #40.

Photo : Marvel / Jeffrey Veregge

La maison d’édition américaine Marvel Comics profitera en novembre du mois du patrimoine amérindien (National American Indian Heritage Month) pour publier un magazine spécial de bande dessinée mettant en vedette quelques-uns de ses personnages autochtones dans des histoires concoctées par des artisans également autochtones.

Dirigé par l’artiste visuel Jeffrey Veregge, de la communauté s'klallam de Port Gamble, dans l’État de Washington, Marvel’s Voices – Indigenous Voices doit mettre en scène :

Des superhéros autochtones.

Couverture régulière de Marvel's Voices – Indigenous Voices #1.

Photo : Marvel / Jim Terry et Brian Reber

  • Mirage/Danielle Moonstar, membre des New Mutants – le club-école des X-Men –, dans une histoire de Darcie Little Badger dessinée par Kyle Charles;
  • Warpath/James Proudstar, lui aussi associé aux X-Men, dans un récit de Stephen Graham Jones illustré par David Cutler;
  • et Echo/Maya Lopez, dans une aventure écrite par Rebecca Roanhorse et mise en images par Weshoyot Alvitre.

(Danielle Moonstar [Blu Hunt] est aussi du film New Mutants, qui vient tout juste de sortir au cinéma, tandis que James Proudstar [Booboo Stewart] était du film X-Men: Days of Future Past en 2014.)

Jeffrey Veregge dit réaliser un rêve, lui qui a grandi en lisant des BD, dont celles de Marvel.

Il a roulé sa bosse depuis, et a dessiné ces dernières années plus d’une centaine de couvertures pour Marvel et pour d’autres éditeurs, comme DC Comics ou Dark Horse.

Nombre de ses oeuvres étaient exposées jusqu’en février dernier au Smithsonian National Museum of the American Indian, à New York, dans le cadre de Of Gods and Heroes. Il y présentait notamment des personnages comme Black Panther et Thor dans un style évoquant l’art tribal.

Mon style d'illustration reprend des formes utilisées depuis des centaines d'années par des artistes autochtones de ma région, explique-t-il.

On veut que les gens reconnaissent les personnages, mais aussi qu'ils voient la couleur autochtone derrière.

Une citation de :Jeffrey Veregge, artiste visuel
Des personnages dessinés dans un style évoquant l'art tribal.

Couvertures alternatives de Captain America #25 et d'Amazing Spider-Man #52.

Photo : Marvel / Jeffrey Veregge

Lui confier le projet est venu tout naturellement, selon la direction de Marvel, qui lui également demandé d'illustrer une série de couvertures alternatives (des tirages limités visant les collectionneurs) pour certains numéros de ses magazines publiés en novembre. Ces éditions spéciales doivent être précommandées dans une boutique spécialisée.

Un art prisé

Éditeur indépendant de bandes dessinées autochtones et propriétaire d’une boutique spécialisée en BD à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, Lee Francis IV a également contribué au projet en proposant à Marvel les noms de plusieurs artisans émergents.

M. Francis voit des similarités entre la BD et les traditions orales chères à plusieurs nations. Je n’oserais pas parler au nom de tous les Autochtones, mais je pense qu'il y a [dans nos traditions] un sens de la narration qui s'aligne parfaitement avec celui de la bande dessinée.

Cette manière visuelle de raconter des récits nous renvoie à nos propres histoires et aux pétroglyphes – dessins gravés dans la pierre – de nos ancêtres.

Une citation de :Lee Francis IV, éditeur de BD

Originaire d’une communauté innue de la Côte-Nord et étudiant à l’Université de Montréal, Simon souligne que, comme partout ailleurs, les Autochtones du Québec se laissent facilement séduire par la culture populaire américaine.

On tripe sur Stars Wars, Game of Thrones ou Batman, dit-il. On a notre propre culture et c’est ce qui nous importe le plus, mais c’est toujours cool de se reconnaître un peu dans des univers comme ceux de DC ou de Marvel.

Dezbah Evans, qui est navajo, chippewa et yuchi, s'est toujours identifiée aux X-Men de Marvel, un groupe de mutants persécutés parce qu’ils sont différents.

Vivant à Tulsa, en Oklahoma, elle attend avec impatience le numéro spécial parce qu'il mettra en vedette l'un de ses personnages préférés : Danielle Moonstar, une Cheyenne qui crée des illusions basées sur les peurs des gens.

Mme Evans espère que ce sera le début d’une petite révolution dans le monde de la bande dessinée américaine.

Des personnages dessinés dans un style évoquant l'art tribal.

Couvertures alternatives de Widowmakers: Red Guardian et Yelena Belova #1 et de Avengers #38.

Photo : Marvel / Jeffrey Veregge

Des stéréotypes tenaces

Les stéréotypes racistes ont malheureusement pris trop de place dans la BD populaire, regrette Lee Francis IV.

D’après lui, c’est parce que de nombreux artistes non autochtones ont fondé leurs créations sur ce qu’ils voyaient dans les westerns. Il mentionne aussi ces caricatures qui, dès les années 1700, ont diabolisé ou ridiculisé les Autochtones.

Rarement les héros de l’histoire, ceux-ci ont souvent été relégués au rang de méchants ou d’acolytes – pensez à Tonto (stupide en espagnol), le compagnon du Lone Ranger.

Enfant, Jeffrey Veregge préférait d’ailleurs des héros comme Iron Man ou Spider-Man aux personnages autochtones, qui étaient souvent vêtus d’un simple pagne ou d’une coiffe à plumes plutôt que d’un vrai costume de superhéros.

Corriger un problème qui dure depuis longtemps : voilà l’objectif que s'est donné M. Veregge.

Marvel assure avoir lancé son projet bien avant que ne s’enclenchent les différents mouvements antiracistes des derniers mois, qu’on parle des manifestations contre le mauvais traitement des personnes noires, autochtones et de couleur ou encore de la décision de certaines équipes sportives – comme les Redskins de Washington – de changer de nom ou de logo.

Des personnages dessinés dans un style évoquant l'art tribal.

Couvertures alternatives d'Iron Man #3 et de Thor #9.

Photo : Marvel / Jeffrey Veregge

Avec Indigenous Voices, plusieurs lecteurs autochtones espèrent assister à un nouveau départ en matière de représentation chez les superhéros grand public. D’autant plus que ceux-ci sont plus populaires que jamais, en particulier au cinéma.

Verland Coker, de la nation Muscogee, en Oklahoma, a de grandes attentes à l'égard des éditeurs.

Il aimerait notamment voir des histoires attirant l’attention du public sur les efforts que font de nombreuses communautés pour préserver leur langue.

Mais son vœu le plus cher serait simplement de voir plus d'artistes autochtones travailler sur des projets grand public.

Jeffrey Veregge partage ce souhait.

Il rencontre parfois des enfants, dans sa communauté d’origine, dont les parents sont tout heureux de leur mentionner qu’il dessine aujourd'hui des personnages de Marvel. Vous pouvez y arriver vous aussi, leur signale-t-il, en insistant : Moi aussi, j’ai grandi ici.

Avec les informations de Associated Press

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