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Un projet de site d'injection supervisée à Saguenay

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Un homme dont on ne voit que les mains tient des seringues.

La crise des opioïdes fait des ravages à Saguenay.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Avec au moins 25 piqueries improvisées à Chicoutimi et 15 décès par surdose depuis le début de l’année, la réalisation d’un projet de site d’injection supervisée à Saguenay devient une priorité pour les travailleurs de rue et la Direction de la santé publique du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Au cours de la prochaine année, la centaine de consommateurs qui s'approvisionnent régulièrement en matériel injectable auprès du Service de travail de rue de Chicoutimi seront consultés.

Une seringue est déposée dans un contenant stérile.

Les travailleurs de rue ramassent quotidiennement des seringues souillées dans les piqueries à ciel ouvert de Saguenay.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Le Service de travail de rue et la santé publique estiment qu’une salle d'injection mobile supervisée par du personnel médical et des intervenants sociaux serait la meilleure option. Un autobus transformé pourrait se déplacer dans les quartiers, mais ils veulent d’abord s’assurer que ce scénario répond aux besoins des usagers.

Ce n'est pas une piquerie. C'est vraiment une place où il y a des infirmières, où les travailleurs de rue pourraient être présents.

Janick Meunier, directrice générale du Service de travail de rue de Chicoutimi

Statistiques alarmantes

Depuis le début de 2020, 15 personnes sont mortes d’une surdose au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Et ce bilan record risque encore de s'alourdir.

C'est dans le top 5 des enjeux, parce que ce sont des décès. Une erreur et c'est la roulette russe, vous pouvez décéder.

Jean-François Betala Belinga, médecin-conseil de la Direction régionale de la santé publique

Les usagers s'injectent des drogues illégales comme du speed ou de la cocaïne, mais ce sont surtout les médicaments d'ordonnance revendus sur le marché noir qui ont la cote, comme l'oxycodone, l'hydromorphe et le fentanyl.

Distribution record de seringues

En 10 ans, la distribution de seringues neuves par les travailleurs de rue de Chicoutimi est passée de 3000 à 82 000 par année. Les usagers sont plus nombreux, mais ils ont aussi de meilleures pratiques.

Le message de prévention c’est une seringue, une injection.

Roxanne Gervais, travailleuse de rue

Si on parle d'un consommateur de cocaïne qui peut faire 25-30 injections par jour, ce sont donc 25-30 seringues par jour qui devraient normalement être utilisées. Il ne faut pas oublier aussi que les grands injecteurs viennent souvent avec des blessures et des plaies. Ils ont de la difficulté à s'injecter. Donc pour une injection, ils peuvent utiliser 3-4-5-6 seringues avant d'arriver à leurs fins, explique Roxanne Gervais.

Les travailleuses de rue avec leur matériel de collecte de seringues souillées.

Roxanne Gervais et Janick Meunier font partie des 10 intervenants du Service de travail de rue de Chicoutimi.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Les travailleurs de rue de Chicoutimi font régulièrement la tournée d’au moins 25 piqueries improvisées. Un centre d'injection supervisée permettrait de centraliser les services, mais surtout de réduire les dangers à la fois pour les usagers et pour la population.

La majorité des consommateurs disposent du matériel d'injection correctement, mais les plus désorganisés le laissent traîner. Par exemple, 500 seringues ont été ramassées par les intervenants depuis le début de l'été pour éviter des accidents.

Est-ce qu'on aime mieux qu'un enfant se pique avec ces seringues-là ou on aime mieux avoir un lieu fixe ou mobile qui existe pour ça, où les gens viendraient? Je pense que la réflexion doit être faite.

Janick Meunier, directrice générale du Service de travail de rue de Chicoutimi

La situation s'est d’ailleurs aggravée avec la pandémie. Les citoyens signalent de plus en plus la présence de seringues. Dans les dernières semaines, on a eu une augmentation d'appels. C'est surprenant, avoue Janick Meunier.

Une seringue souillée traînant sur une bible déchirée.

L'église Saint-Joachim de Chicoutimi, une bâtisse désaffectée, fait partie des piqueries insalubres que l'on retrouve à Saguenay.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Les travailleuses de rue marchent le long de l'église à la recherche de seringues.

Avant que l'église ne soit barricadée, les travailleuses devaient se rendre à l'intérieur pour ramasser les seringues usagées. Maintenant, elles les collectent à l'extérieur.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Jean-François Betala Belinga est catégorique : il faut qu'on change la perception qu'on a de ce phénomène.

Il faut les considérer comme des personnes qui vivent avec le diabète ou de l'hypertension, qui vont vivre avec ça des années et des années.

Jean-François Betala Belinga, médecin-conseil, Direction régionale de la santé publique

Il ne faut plus considérer qu'on va arrêter la consommation d'un coup. Ce n’est pas un message facile à dire, mais quand ils sont déjà dépendants, il faut les accompagner et ne pas essayer de les sevrer, sinon on a des décès tout de suite. Et je pense qu'il faut qu'on avance là-dedans. Même sur le plan légal, on ne protège pas ces gens en les rendant illégaux. On les pousse juste dans la difficulté, assure le médecin.

Jean-François Betala Belinga.

Le Dr Betala Belinga croit que l'implantation d'un centre de consommation supervisée à Saguenay pourrait mettre plusieurs années à se concrétiser.

Photo : Radio-Canada

Un processus complexe

Trois centres d'injection supervisée fixes et un service mobile existent déjà à Montréal. Un centre ayant pignon sur rue est aussi en voie d’être établi à Québec.

À Saguenay, une clinique a été mise sur pied il y a trois ans pour venir en aide aux consommateurs, en collaboration avec du personnel médical du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS). Mais il est interdit de s'y piquer. Pour la transformer en salle de consommation supervisée, il faudra obtenir une autorisation fédérale, changer le règlement municipal et s’entendre avec la police.

Les policiers sont très sensibles à ça, mais ils sont pris dans des lois, dans des règlements, dans des normes. L'enjeu, c'est la norme sociale. Comment les gens voient ça au Saguenay? explique le Dr Betala Belinga.

Des seringues souillées laissées sur le sol.

Selon la santé publique, le risque le plus probable pour une personne qui se piquerait avec une seringue usagée serait de contracter le tétanos. Grâce aux efforts de prévention, la moyenne est d'un ou deux cas de VIH par année au Saguenay-Lac-Saint-Jean alors que les cas d'hépatite sont très rares.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon-Lalancette

Comme ce fut le cas ailleurs, la santé publique et le Service de travail de rue de Chicoutimi s’attendent à une levée de boucliers à l’annonce du projet.

Tant qu'on ne change pas la façon dont on voit les choses, c'est sûr qu'il y aura toujours, et c'est compréhensible, de la résistance, conclut Jean-François Betala Belinga.

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