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« Nous ne renoncerons jamais » : Charlie Hebdo republie les caricatures de Mahomet

Une femme passe devant une murale reproduisant les visages de 10 employés de Charlie Hebdo.

Les artisans de Charlie Hebdo morts dans l'attentat du 7 janvier 2015 sont immortalisés sur une murale peinte par l'artiste C215 (Christian Guemy) sur un mur de la rue Nicolas Appert, où se trouvaient à l'époque les locaux du journal.

Photo : Getty Images / AFP/THOMAS COEX

Agence France-Presse

« Nous ne renoncerons jamais » : Charlie Hebdo a republié les caricatures de Mahomet qui en avaient fait une cible des djihadistes, à la veille de l'ouverture du procès de l'attentat qui a décimé sa rédaction en janvier 2015.

La haine qui nous a frappés est toujours là et, depuis 2015, elle a pris le temps de muer, de changer d'aspect pour passer inaperçue et poursuivre sans bruit sa croisade impitoyable, assure le directeur de l'hebdomadaire satirique, Riss, dans le numéro dont la couverture reprend ces caricatures, en kiosque mercredi et accessible en ligne mardi.

Face à cette haine et à la crainte qui l'accompagne, nous ne nous coucherons jamais. Nous ne renoncerons jamais, ajoute-t-il.

Interrogé sur cette nouvelle publication lors d'une conférence de presse à Beyrouth, le président français Emmanuel Macron a de nouveau défendu mardi la liberté de blasphémer en France.

Demain, nous aurons tous une pensée pour les femmes et les hommes lâchement abattus lors de l'attaque, a-t-il ajouté.

Ces douze dessins reproduits par Charlie Hebdo sur sa une avaient été publiés initialement par le quotidien danois Jyllands-Posten le 30 septembre 2005, puis repris par Charlie Hebdo en 2006. Ils montrent le prophète portant une bombe au lieu d'un turban, ou en personnage armé d'un couteau flanqué de deux femmes voilées de noir.

Outre ces caricatures danoises, la une du prochain Charlie Hebdo, sous le titre Tout ça pour ça, reproduit également une caricature du prophète signée par son dessinateur Cabu, assassiné dans l'attentat du 7 janvier 2015.

On nous a souvent demandé depuis janvier 2015 de produire d'autres caricatures de Mahomet. Nous nous y sommes toujours refusés, non pas que cela soit interdit, la loi nous y autorise, mais parce qu'il fallait une bonne raison de le faire, une raison qui ait un sens et qui apporte quelque chose au débat, a expliqué également la rédaction du journal, dans un article publié au sein du même numéro.

Reproduire cette semaine de l'ouverture du procès des attentats de janvier 2015 ces caricatures nous a alors semblé indispensable, ajoute l'équipe de Charlie Hebdo, qui estime que ces dessins ont valeur de pièces à conviction pour ses lecteurs et les citoyens dans leur ensemble.

Le procès de l'attentat djihadiste contre Charlie Hebdo, qui avait fait 12 morts, suivi des attaques qui ont ciblé une policière à Montrouge et un magasin Hyper Cacher ce mois-là, s'ouvre mercredi à Paris et durera jusqu'au 10 novembre pour juger 14 accusés.

Des caméramans filment une salle de tribunal sécurisée.

Quatorze personnes seront jugées dans cette salle dès mercredi pour leur implication dans les attentats de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l’Hyper Cacher, en janvier 2015.

Photo : La Presse canadienne / AP/Michel Euler

Ces caricatures avaient provoqué, quelques mois après leur publication initiale au Danemark, des manifestations violentes dans plusieurs pays musulmans, et leur reprise par l'hebdomadaire français, qui lui a valu à l'époque de nombreuses critiques, en avait fait immédiatement une cible du djihadisme.

Le journal avait publié par la suite d'autres caricatures du prophète.

Un geste condamné

La représentation des prophètes est strictement interdite par l'islam sunnite, et ridiculiser ou insulter le prophète Mahomet est traditionnellement vu comme passible de la peine de mort dans certains pays musulmans.

Mardi, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui, a appelé les musulmans à ignorer ces caricatures et à penser aux victimes de terrorisme. Rien ne saurait justifier la violence, a ajouté M. Moussaoui, appelant ceux-ci à se concentrer sur le procès.

Les caricatures, nous avons appris à les ignorer et nous appelons à garder cette attitude en toute circonstance, a déclaré à l'AFP Mohammed Moussaoui.

Le Pakistan, lui, a condamné avec la plus grande fermeté la décision de Charlie Hebdo. Un tel acte délibéré visant à heurter les sentiments de milliards de musulmans ne peut être justifié comme un exercice de la liberté de la presse ou de la liberté d'expression, s'est indigné sur Twitter le ministère des Affaires étrangères de ce pays musulman.

Plusieurs figures de Charlie Hebdo ont perdu la vie à cause de l'attentat du 7 janvier 2015, dont les dessinateurs Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, ce qui a provoqué un mouvement de soutien sans précédent en faveur du journal satirique en France et à l'étranger.

La dernière caricature de Mahomet publiée par le journal avait figuré en une du numéro suivant. Elle montrait le prophète portant une pancarte Je suis Charlie, accompagné du titre Tout est pardonné.

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