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Venezuela : Maduro gracie plus d'une centaine d'opposants

Le président affirme qu'il cherche le dialogue et la réconciliation, à trois mois de législatives contestées.

Le président du Venezuela, Nicolas Maduro.

Le président Nicolas Maduro affirme qu'il cherche le dialogue et la réconciliation avant les élections.

Photo : via reuters / Handout .

Agence France-Presse
Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a gracié plus de cent opposants, dont des députés et des collaborateurs du chef de file de l'opposition, Juan Guaido, dans le but de « promouvoir la réconciliation nationale », à trois mois de législatives que l'opposition appelle à boycotter.

Une grâce présidentielle est accordée aux citoyens mentionnés ci-dessous, a déclaré le ministre de la Communication, Jorge Rodriguez, en lisant une liste de noms lors d'une conférence de presse diffusée par la télévision d'État.

Dans cette liste longue de 110 noms figurent des opposants détenus. D'autres sont en liberté ou en exil.

La figure la plus emblématique de cette liste est Roberto Marrero, bras droit et chef de cabinet de Juan Guaido. Il avait été arrêté pour terrorisme et incarcéré en mars 2019, deux mois après que M. Guaido s'est déclaré président par intérim du Venezuela, en janvier de cette année-là.

Depuis, Juan Guaido, que près de 60 pays, dont les États-Unis, reconnaissent comme tel, tente d'évincer Nicolas Maduro du pouvoir. Il estime que le président socialiste, qui jouit du soutien de Cuba, de la Chine et de la Russie, est un usurpateur après sa réélection frauduleuse lors de la présidentielle de 2018.

Juan Guaido ne figure pas parmi les personnes graciées. La justice vénézuélienne, que l'opposition accuse d'être aux ordres du pouvoir, le poursuit dans plus d'une demi-douzaine d'affaires. Il est notamment accusé d'avoir voulu renverser Nicolas Maduro lors d'un appel au soulèvement de l'armée - resté sans effet - le 30 avril 2019, mais il est libre de ses mouvements à l'heure actuelle.

En revanche, Renzo Prieto et Gilber Caro, deux députés d'opposition farouchement anti-Maduro, qui sont, eux, emprisonnés, bénéficient de la grâce présidentielle.

Certains autres ont été condamnés ou font l'objet de poursuites, sans pour autant être incarcérés. C'est le cas par exemple de Henry Ramos Allup, une figure de l'opposition. D'autres sont en exil, comme le député Luis Florido.

Freddy Guevara, qui appartient à Voluntad Popular (Volonté populaire), le parti de Juan Guaido, est, lui, réfugié dans l'ambassade du Chili à Caracas depuis novembre 2017. Il avait été à la pointe des manifestations antigouvernementales organisées cette année-là, où plus de 125 personnes avaient été tuées.

Le décret présidentiel lu par Jorge Rodriguez entrera en vigueur à partir de sa publication, et les tribunaux devront appliquer les mesures immédiates de remise en liberté des personnes citées.

L'annonce de la grâce présidentielle intervient trois mois avant les élections législatives du 6 décembre que Juan Guaido ainsi qu'une trentaine de partis d'opposition comptent boycotter. Ils jugent que leur organisation par les autorités chavistes est frauduleuse.

Dialogue profond et réconciliation

Côté gouvernemental, M. Maduro a affirmé dimanche qu'il comptait appuyer des mesures qui mènent le Venezuela à un dialogue profond et à la réconciliation avant le scrutin.

Mais, juge l'analyste Felix Seijas de l'institut de sondages Delphos, la grâce qu'il vient d'accorder a comme tout premier objectif la légitimation des élections.

L'idée étant que les poids lourds de l'opposition qui ont appelé à leur boycottage soient finalement prêts à y participer.

Le facteur externe a aussi joué un rôle, note l'avocat Rafael Alvarez Loscher, directeur du cabinet juridique IURISCORP. Le Venezuela a besoin d'oxygène et de rétablir des ponts avec la communauté internationale.

Face aux sanctions de plus en plus draconiennes, des États-Unis notamment, Nicolas Maduro a besoin de capitaux, de contrats avec des organismes internationaux, de prêts et de restructurer la dette, souligne M. Alvarez Loscher. Le Venezuela a besoin d'argent, dit-il. D'où une légitimité de façade qui découlerait de la grâce présidentielle.

Outre la crise politique, le Venezuela traverse la pire crise économique de son histoire récente. L'hyperinflation a dépassé les 9000 % l'an dernier et les pénuries d'essence et de médicaments sont récurrentes.

Et la communauté médicale est très préoccupée par les effets de la pandémie due au coronavirus dans ce pays de 30 millions d'habitants dont le système de santé est à genoux. Officiellement, près de 46 000 cas de COVID-19 ont été recensés et 381 décès liés à la maladie, mais l'opposition et des ONG comme Human Rights Watch mettent ces chiffres en doute.

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