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Les Canadiens gaspillent plus de nourriture à la maison depuis le début de la pandémie

Quelqu'un jette des pâtes dans une poubelle.

Selon un groupe de chercheurs en agroalimentaire, les Canadiens gaspillent 13,5 % de nourriture de plus à la maison depuis le début de la pandémie.

Photo : iStock / AndreyPopov

Nicolas Haddad

Un groupe de chercheurs en agroalimentaire a publié un rapport qui suggère que les Canadiens gaspillent 13,5 % de nourriture en plus à la maison, depuis le début de la pandémie.

Selon les modélisations d’une équipe du Laboratoire en science analytique agroalimentaire de l’Université Dalhousie, les foyers canadiens pourraient générer entre 20 et 24 millions de kilos supplémentaires de déchets organiques par mois, comparativement à avant la pandémie.

En ce qui concerne le volume, il semblerait que les Canadiens gaspillent plus à la maison, indique le Dr Sylvain Charlebois, qui a mené l’étude.

Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie.

Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie

Photo : Radio-Canada

Il rappelle que de nombreux producteurs et transformateurs alimentaires ont réduit leurs activités depuis le 17 mars, et que les ménages gèrent tout simplement plus d’aliments à la maison qu’avant la pandémie.

Le ménage canadien moyen produit maintenant 2,3 kg de déchets alimentaires organiques (évitables et inévitables), alors qu’avant la pandémie, les participants ont indiqué que leur ménage produisait environ 2,03 kg par semaine de déchets alimentaires organiques, peut-on lire dans le rapport.

Les 8272 ménages canadiens sondés dans le cadre de cette étude ont tout de même avoué avoir généré plus de déchets qu’avant la pandémie de COVID-19, le plus souvent parce que la nourriture est laissée dans le réfrigérateur/congélateur trop longtemps (31,3 %), ou parce que certains membres de la famille ne terminent pas toujours leur assiette (30,4 %).

Le sondage a été mené avec la firme Caddle du 21 au 23 août 2020 auprès de 8272 Canadiens. Chaque échantillon comporte une marge d'erreur de +/- 3,1 %, 19 fois sur 20. Les écarts dans ou entre les totaux sont dus à l'arrondissement.

Un résultat surprenant selon le chercheur

Le Dr Charlebois a avoué qu’il a été surpris par les résultats de son enquête. Dans les premiers mois de la pandémie, ce dernier s’attendait à ce qu’une conséquence du confinement soit la réduction du gaspillage alimentaire des Canadiens.

Ça va un peu à l'encontre de ce qu'on croyait... On croyait au début que les gens gaspillaient moins parce qu'ils restaient plus à la maison et qu’ils mangeaient leurs restants, indique le chercheur.

Des poivrons, melons, pommes de laitue, choux-fleurs et plusieurs autres denrées alimentaires ont été jetés dans une poubelle.

Des poivrons, melons, pommes de laitue, choux-fleurs et plusieurs autres denrées alimentaires ont été jetés dans une poubelle.

Photo : Facebook

Ce dernier a surtout été choqué d’apprendre que 10 % des Canadiens ont déclaré avoir jeté des aliments qu'ils croyaient contaminés par la COVID-19.

C’était au Québec que cette pratique était la plus courante, avec 14 % des répondants indiquant qu’ils avaient délibérément jeté de la nourriture qu’ils croyaient être infectée par le nouveau coronavirus, suivi de la Colombie-Britannique, où 13 % des répondants ont indiqué avoir fait de même.

Selon l'expert en agroalimentaire, les risques de transmission du virus par l’alimentation sont extrêmement faibles.

Quand on parle de 14 % des ménages qui ont jeté de la nourriture, c’est incroyable… Il y a beaucoup d’anxiété, et il y a beaucoup de peur encore, insiste le Dr Charlebois.

Le gaspillage remonte la chaîne d’approvisionnement

Selon une spécialiste en gaspillage alimentaire, l’augmentation de 13,5 % du gaspillage des ménages ne vient que s’ajouter à la multiplication du gaspillage dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire.

Louise Hénault-Ethier au micro de Catherine Perrin.

Selon Louise Hénault-Ethier de la fondation David Suzuki, le gaspillage alimentaire des ménages n'est que le sommet de l'iceberg de l'empreinte écologique de la production alimentaire.

Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

Il y a quand même quelque chose à décrypter ici dans la distinction entre le gaspillage qui se fait à la maison et tout le gaspillage qui se fait en amont, indique la chef des projets scientifiques de la Fondation David Suzuki, Louise Hénault-Ethier.

La production alimentaire implique l'utilisation de fertilisant, de carburant pour les transports, beaucoup d'énergie pour la réfrigération et la transformation, et l'emballage des aliments aussi.

Louise Hénault-Ethier

Cette experte souligne toutefois que si les gens ne sont pas allés au restaurant dans la pandémie, mais qu'ils ont plutôt cuisiné à la maison, c'est normal qu'on voie un accroissement de la quantité de matières résiduelles qui soit générée dans les milieux domestiques.

Elle rappelle aussi que la COVID-19 a déjà entraîné un gaspillage alimentaire historique à l’échelle de l’industrie agroalimentaire, comme aux États-Unis, où des millions d'animaux ont été tués pour dépeupler les fermes, ou au Québec et en Ontario où les producteurs laitiers n’ont pas eu d’autre choix que de jeter du lait à la fosse.

Un petit bac déposé sur un plus gros dans l'entrée d'une maison.

Le bac brun pousse-t-il les ménages à se déresponsabiliser du gaspillage alimentaire?

Photo : Radio-Canada / Thomas Laberge

Louise Hérault-Ethier se demande aussi si les Canadiens hésitent moins à gaspiller de la nourriture parce qu'ils misent de façon erronée sur la valorisation des matières résiduelles organiques.

Est-ce que les Québécois qui ont de plus en plus accès au bac brun se déculpabilisent du compostage domestique en se disant: ‘’de toute façon, ça s'en va au compostage, je ne gaspille pas réellement’’?

Contraste : les besoins alimentaires ont aussi augmenté

Dans le sud-ouest de Toronto, la banque alimentaire communautaire de Parkdale aide environ 3000 clients chaque mois, un tiers de plus qu’avant la pandémie.

Les besoins de nos clients sont en croissance, affirme Kitty Raman-Costa, la directrice de l’organisme à but non lucratif.

Kitty Raman-Costa parle au journaliste.

Kitty Raman-Costa est la directrice de la Parkdale Community Food Bank, un organisme fondé en 2007 pour desservir l'un des quartiers les plus pauvres de Toronto.

Photo : Radio-Canada

Selon cette dernière, un nombre grandissant de personnes dépendent maintenant beaucoup plus de nos services, principalement des personnes sans papiers qui n'ont pas accès à l'assistance gouvernementale.

Mme Raman-Costa s’attend à ce que les besoins de la communauté de Parkdale augmentent davantage lorsque les programmes d’aide d’urgence prendront fin dans les mois à venir.

Pour combler les besoins, la banque alimentaire collecte la nourriture qui approche de sa date de péremption auprès des épiceries du quartier de Parkdale, où vivent certains des résidents les moins nantis de Toronto (Nouvelle fenêtre).

Cette nourriture est toujours très bonne pour nos clients, donc on amasse dans les épiceries ces aliments qui autrement seraient jetés, et c'est un bon moyen pour nous de supplémenter nos stocks, indique l’intervenante.

Une banque alimentaire vide

Il y a à peine quelques semaines, la banque alimentaire communautaire de Parkdale était à court de ressources, et manquait de nourriture à distribuer à ses clients.

Photo : Avec l'autorisation de Parkdale Community Food Bank

En apprenant que des ménages ont augmenté le volume de gaspillage alimentaire depuis le début de la pandémie, souvent parce qu’ils percevaient la nourriture comme périmée, Kitty Raman-Costa était dans l’incompréhension totale.

C'est vraiment horrible à voir. Quand nous on manquait de nourriture à distribuer, on pensait vraiment que c'était parce qu'il n'y en avait pas assez.

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