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L’avenir des toxicomanes de Lethbridge inquiète

Avec une moyenne de 500 visites par jour, le centre d'injection supervisée de Lethbridge était le plus achalandé au pays.

Une seringue souillée.

Les spécialistes de la santé publique craignent que la fermeture du centre n'accroît les surdoses.

Photo : Radio-Canada / Rafferty Baker

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Une quarantaine d’organisations canadiennes de lutte contre les dépendances exhortent le gouvernement albertain à rétablir le financement du centre d’injection supervisée de Lethbridge. Le centre le plus achalandé au pays ferme ses portes lundi.

Les signataires dénoncent la réaction exagérée du gouvernement et l’ironie cruelle du choix du jour de la fermeture, qui est aussi la 20e Journée internationale de sensibilisation aux surdoses. 

Le gouvernement albertain a suspendu le financement du gestionnaire du centre, l’organisme ARCHES, après qu’un audit eut révélé ses pratiques financières douteuses. La firme d'experts-comptables Deloitte a découvert qu’une partie de l’argent des contribuables destiné à ARCHES pour aider ses clients a plutôt servi à payer un voyage au Portugal, des heures supplémentaires non autorisées et des milliers de dollars en cartes-cadeaux.

Si le directeur d'un hôpital avait utilisé des fonds à mauvais escient, il serait insensé de réagir en abolissant tout financement et en fermant l'hôpital. C'est pourtant la réponse de votre gouvernement, peut-on lire dans la lettre ouverte.

Le ministre responsable de la lutte contre les dépendances, Jason Luan, ne compte toutefois pas revenir sur sa décision. Le gouvernement de l’Alberta ne peut, en toute bonne foi, fournir des millions de dollars des contribuables à une organisation qui a échoué à les gérer adéquatement, a écrit la porte-parole du ministre, Kassandra Kitz.

Elle ajoute que le Ministère travaille avec la Municipalité et d’autres partenaires afin de trouver une solution à long terme pour les personnes dépendantes.

Une fermeture crève-coeur pour certains

Une unité mobile gérée par Services de santé Alberta (AHS) est déjà en place à Lethbridge pour offrir un lieu sécuritaire d’injection et compenser la fermeture du centre.

La remorque est garée le long de la rue.

La camionnette mobile de Services de santé Alberta ne possède que deux places d'injection et aucune possibilité d'inhaler les drogues.

Photo : Radio-Canada / Bryan Labby

Lori Hatfield, mère d’un ancien toxicomane et membre du groupe Moms stop the Harm, estime que la solution est totalement inadéquate. La camionnette ne peut en effet accueillir que deux personnes à la fois alors que le centre d’ARCHES avait 13 places pour les injections et deux salles pour les inhalations. En moyenne, il recevait plus de 500 visites par jour.

Lori Hatfield souligne surtout que le changement de gestion rompt les liens de confiance avec une population vulnérable. C’est une énorme barrière lorsque cette relation de confiance n’est pas établie, fait-elle valoir.

Ces mots reflètent aussi ce qu'a vécu la résidente de Lethbridge. Son fils a tenté plusieurs fois de sortir de sa dépendance aux drogues, mais ce sont les services d'ARCHES qui ont été déterminants. La fermeture est donc un crève-coeur.

Un risque élevé de surdoses

La professeure adjointe de santé publique à l’Université de l’Alberta Elaine Hyshka s’inquiète ainsi non pas seulement de la fermeture du centre d’injection supervisée, mais aussi de tous les services de soutien qui accompagnaient le centre : le soutien psychologique, les visites des camps d’itinérants, le ramassage des seringues usagées…

Souvent, les consommateurs de drogues ont eu de très mauvaises expériences avec les services de santé. Ces services communautaires sont essentiels pour rétablir la confiance et un lien avec les services de santé, note-t-elle.

« Il y a un réel risque de voir une augmentation des morts. »

— Une citation de  Elaine Hyshka, professeure de santé publique

Une fermeture bienvenue pour d'autres

Le directeur de l’association des commerçants du centre-ville, Ted Stilson, s’attend à une transition difficile. Sans pouvoir établir de lien de cause à effet, il remarque déjà une augmentation des campements de fortune dans les parcs.

Un itinérant est allongé dans un parc.

L'itinérance a augmenté en visibilité à Lethbridge depuis l'annonce de la fermeture du centre d'injection supervisée, selon un résident du quartier.

Photo : Radio-Canada / Bryan Labby

Il soutient toutefois la décision gouvernementale. En rétrospective, nous aurions dû nous battre plus fort contre l’établissement de ce centre, dit-il. La mendicité, les vols, les troubles à l'ordre public ont augmenté au fur et à mesure de l'augmentation de la clientèle du centre, selon lui, la situation devenant intenable pour de nombreux commerçants.

Il espère que la fermeture poussera les vendeurs de drogue à quitter la municipalité et que les toxicomanes de Lethbridge seront aidés par la création de nouveaux centres de désintoxication.

D'après les informations de Bryan Labby

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