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Doug Ford plus utile à Trudeau qu’à O’Toole en Ontario?

Doug Ford et Justin Trudeau se serrent la main.

Doug Ford accueille Justin Trudeau à l'Assemblée législative de l'Ontario, avant la pandémie.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Le refus de Doug Ford de faire campagne aux côtés d’Erin O’Toole pourrait-il mettre des bâtons dans les roues aux conservateurs fédéraux dans le Grand Toronto si une élection fédérale est déclenchée cet automne?

Un scrutin fédéral pourrait survenir rapidement. Le gouvernement de Justin Trudeau sera soumis à un vote de confiance en septembre. Erin O’Toole se dit prêt à se lancer en campagne si le premier ministre du Canada pense qu'il peut jouer à des jeux et forcer la tenue d’une élection.

Les partis d’opposition pourraient aussi choisir de défaire les libéraux une fois le rapport d’enquête du commissaire fédéral à l'éthique sur Justin Trudeau et l’affaire UNIS déposé, au début de 2021. Élections Canada se prépare (Nouvelle fenêtre) à ces scénarios.

Doug Ford dit qu’il n’a pas le temps de se préoccuper de ça. Pourtant, après de brèves félicitations à Erin O’Toole au lendemain de sa victoire, il s’est quand même empressé, presque dans la même phrase, de faire l’éloge de sa bonne amie Chrystia Freeland et de souligner sa relation phénoménale avec Justin Trudeau.

Portrait d'Erin O'Toole derrière un pupitre.

Erin O’Toole au collège Algonquin, à Ottawa, le 27 août 2020.

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Au cours des derniers mois, Doug Ford n’a raté aucune occasion de vanter l’étroite amitié qu’il a développée avec la vice-première ministre canadienne durant la pandémie. On est à des années-lumière de la dernière campagne fédérale, où ils étaient à couteaux tirés. L’équipe Trudeau tentera-t-elle de mettre en avant la relation aux yeux des électeurs?

Ils pourraient en effet tenter cette stratégie pour démontrer qu'ils ont travaillé sur l'unité canadienne, croit la politologue Stéphanie Chouinard. Au sortir de l'élection de 2019, c'était l'un des principaux enjeux et une des raisons pour laquelle Chrystia Freeland avait été nommé aux relations intergouvernementales, pour tenter de calmer le jeu.

Doug Ford conserve un goût amer de cette campagne, lors de laquelle il avait été boudé par Andrew Scheer, qui avait fait le calcul que son cousin provincial, alors très impopulaire, nuirait à son image.

On a l'impression effectivement que M. Ford a une petite crotte sur le coeur du fait que les conservateurs l’ont littéralement évité en 2019.

Une citation de :Stéphanie Chouinard, politologue au Collège militaire royal du Canada

Moins d'un an plus tard, Doug Ford a rebondi dans l’opinion publique. Selon un sondage Angus Reid publié lundi, il est le deuxième premier ministre le plus populaire au pays, avec 66 % d’opinions favorables. En contexte pandémique et à mi-mandat, le premier ministre ontarien a plus à gagner qu’à perdre en montrant patte blanche à Ottawa.

Reste qu’Erin O'Toole perd peut-être un allié de taille. Le chef du Parti conservateur du Canada demeure méconnu des Canadiens, même dans sa circonscription de Durham, près de Toronto.

Une femme pose pour la caméra dans une rue résidentielle.

Stéphanie Chouinard, politologue au Collège militaire royal du Canada

Photo : Radio-Canada / Matéo Garcia Tremblay

Sans faire mal à O'Toole, c'est certain que c'est un appui important qu'il aurait aimé avoir, parce que ça l’aurait aidé à percer dans la couronne du Grand Toronto, croit Stéphanie Chouinard, qui souligne que Doug Ford permet tout de même à des membres de son caucus, dont sa vice-première ministre Christine Elliott, de faire campagne aux côtés d’O’Toole.

Une occasion pour O’Toole?

Il n’est pas inhabituel pour les premiers ministres provinciaux de se tenir à l’écart des campagnes fédérales, même si le contraire est aussi vrai. Kathleen Wynne avait fait campagne aux côtés de Justin Trudeau en 2015, et, en 2007, le premier ministre progressiste-conservateur de Terre-Neuve-et-Labrador Danny Williams avait lancé une campagne publicitaire nationale contre Stephen Harper.

Pour Frédéric Boily, politologue à l'Université de l'Alberta, la décision de Doug Ford pourrait être une occasion pour O'Toole, le dauphin de Stephen Harper, de se définir par lui-même au lieu de se définir par rapport à d'autres chefs provinciaux conservateurs.

Ça enlève peut-être une épine du pied d’Erin O'Toole. Andrew Scheer avait voulu montrer un front conservateur contre les libéraux. On n’a qu’à penser à la fameuse couverture du magazine MacLean's, mais ça s'est révélé contre-productif.

Pour les libéraux, c’est bien d’avoir l’appui de Doug Ford, ajoute le spécialiste de la droite canadienne, qui rappelle toutefois que le rapprochement s’est produit dans un contexte exceptionnel et que la situation pourrait changer dans les mois à venir.

Plan moyen de Frédéric Boily debout devant une caméra dans un studio de télévision. Tout autour de lui est flou.

Le professeur de sciences politiques à l'Université de l'Alberta Frédéric Boily

Photo : Radio-Canada / Genevieve Tardif

Un populisme conciliant

Shakir Chambers, qui a conseillé le gouvernement Harper, connaît bien la famille Ford. Le stratège conservateur a aidé à élaborer la plateforme gagnante de Doug Ford lors de l'élection de juin 2018. Au secondaire, son entraîneur de football n’était nul autre que Rob Ford, le frère défunt du premier ministre ontarien.

La décision de Doug Ford, concède-t-il, met en colère certains de ses partisans conservateurs, mais ce dernier adopte la bonne stratégie, selon lui. Il a besoin de financement fédéral pour son plan d'expansion du transport en commun. Il aura besoin de montrer des résultats pour l’élection provinciale de 2022. Pourquoi chercher à nuire à une bonne relation?

Shakir Chambers ne s’inquiète pas pour autant pour l’équipe O’Toole. Les sondages, ça monte et ça descend. Je ne le souhaite pas, mais qui sait si Doug Ford sera de nouveau impopulaire quand viendra le temps des prochaines élections? Dans le cas échéant, ça nuirait à O’Toole de s’associer à lui.

À défaut de compter sur son appui explicite, Erin O’Toole s’inspirera-t-il du nouveau populisme conciliant de Doug Ford pour espérer faire des gains en Ontario et ailleurs au pays?

Erin O’Toole tente d’élargir la coalition conservatrice et il va le faire en acceptant et en travaillant avec tout le monde.

Tout est loin d'être joué

Avec l'appui de Doug Ford ou pas, il est loin d’être certain qu’Erin O’Toole réussira à reprendre le Grand Toronto, croit Frédéric Boily. La nécessité d'avoir un gouvernement présent a été renforcée par la pandémie. Là-dessus, les libéraux détiennent un avantage par rapport aux conservateurs. Et il faut se rappeler qu’en 2011, les conservateurs avaient été favorisés par le vote néo-démocrate.

Au Québec, où l’équipe O’Toole a travaillé d’arrache-pied, des percées sont possibles, lance Stéphanie Chouinard. Il y a certainement des gains à faire auprès des nationalistes québécois de droite et on voit que c'est cet électorat-là qu'il veut séduire. Mais il doit faire attention, parce qu’évidemment il tente aussi d'obtenir l'appui de l'Ouest et on sait très bien qu'auprès des Albertains [les nationalistes québécois ne sont] pas une cible très séduisante.

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