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Pas question d'envoyer la statue de Macdonald en Alberta, dit Legault

Trudeau pense pour sa part que l'héritage de tous les ex-PM devrait être revu, y compris celui de son père.

Une vue du monument où la statue brille par son absence.

La statue de John A. Macdonald est désormais absente du monument de la place du Canada, à Montréal, depuis qu'elle a été une nouvelle fois victime des manifestants le 29 août dernier.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

François Legault n'a aucune intention d'envoyer à Edmonton le monument montréalais à la mémoire de John A. Macdonald, comme le suggèrent Jason Kenney et Yves-François Blanchet.

Il n'est pas question de l'envoyer en Alberta, a déclaré le premier ministre du Québec, lundi après-midi, au sujet de la statue déboulonnée en fin de semaine par des manifestants antiracistes.

On va la restaurer et la remettre en place, a-t-il précisé, en ajoutant que le déboulonnage de samedi était, à ses yeux, un geste inacceptable.

Ce n'est pas vrai qu'une poignée de personnes va commencer à démolir ce qui fait partie de notre histoire. Oui, on est tous d'accord qu'il faut lutter contre le racisme, mais à un moment donné, ce n'est pas une démocratie quand on commence à déboulonner une statue comme ça.

François Legault, premier ministre du Québec

Nous pourrons peut-être discuter dans les années à venir s’il y a lieu de procéder à des changements, mais pour l’instant, ce qui a été décidé, c’est que la statue sera remise en place, a ajouté M. Legault en anglais, après sa conférence de presse destinée à faire le point sur la pandémie de COVID-19 au Québec.

Blanchet s'en débarrasserait allègrement

Plus tôt dans la journée, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s'était montré emballé quant à la demande exprimée par le premier ministre conservateur de l'Alberta, Jason Kenney, de déplacer ladite statue à Edmonton, sur le terrain de l’Assemblée législative.

Moi, je suis prêt à la mettre dans une belle caisse avec des plumes – je le laisserai fournir le goudron – et ça partira là-bas, avait-il déclaré. Et on pourrait même envisager que tant le nom du parc que la statue qui y figurerait soient plus proches d'un Louis Riel que d'un John A. Macdonald.

Dans l'intervalle, avait poursuivi M. Blanchet, je suis convaincu que les autorités vont prendre les décisions qu'il faut.

Trudeau profondément déçu

Interrogé sur le même sujet lundi avant-midi, Justin Trudeau a lui aussi déploré l'acte de vandalisme posé le week-end dernier qui a entraîné la détérioration de la statue.

Selon lui, ce n'est pas à un petit groupe de décider de la manière dont le Canada doit souligner l'héritage de ses dirigeants.

Je pense que soulever une polémique divisive en détruisant des statues de façon unilatérale [...], ce n'est pas la façon d'avancer en tant que société.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

On doit reconnaître que John A. Macdonald a fait des choses très positives pour créer le Canada qu'on a aujourd'hui, a-t-il souligné.

Cela dit, il y a des éléments de son histoire, de ses propos et de ses actes qu'il faut regarder d'un œil beaucoup plus critique, a reconnu M. Trudeau, qui a plutôt appelé à une conversation mature sur le bilan de ceux qui l'ont précédé à la tête du pays.

Ce recul, estime-t-il, est nécessaire pour juger du travail de tous nos anciens premiers ministres, tous nos leaders du passé, qui ont sûrement fait beaucoup de bonnes choses, mais qui, aussi, ont fait quelques erreurs.

Je pense qu'on peut aussi poser la question par rapport à mon père, a-t-il laissé tomber, faisant référence à Pierre Elliott Trudeau, qui a dirigé le Canada de 1968 à 1979 et de 1980 à 1984.

Gros plan du premier ministre du Canada Justin Trudeau.

L'héritage de tous les anciens premiers ministres doit être analysé, estime Justin Trudeau.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Son ministre du Patrimoine Steven Guilbeault dénonce pour sa part un geste nuisible au regard de l'objectif des protestataires. Détruire des statues n'est pas la solution au racisme, selon lui. Parce que là, le débat n'est plus tant sur la diversité et les Premières Nations que sur l'acte de vandalisme [lui-même], a-t-il souligné à l'émission Le 15-18, lundi.

Ça nourrit un débat d'extrémistes – de part et d'autre! – et moi, je pense que ça ne sert personne.

Steven Guilbeault, ministre du Patrimoine

Le ministre Guilbeault estime qu'il est pourtant possible de corriger certaines formes de commémoration qui n'ont plus lieu d'être. La décision de débaptiser l'édifice Langevin en est, selon lui, le meilleur exemple. Cet édifice fédéral d'Ottawa a changé de nom en 2017 pour souligner la Journée nationale des Autochtones.

Surintendant des Affaires indiennes dans le cabinet du premier ministre Macdonald, Hector-Louis Langevin est considéré comme l'un des architectes du système des pensionnats autochtones – une politique qualifiée de « génocide culturel » par la Commission de vérité et réconciliation, en 2015.

Plante veut y réfléchir

La statue de John A. Macdonald de la place du Canada a été déboulonnée samedi par des manifestants réclamant la réduction du financement de la police. En tombant, le monument a été décapité. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a ouvert une enquête, mais pour le moment, aucune arrestation n'a été effectuée dans ce dossier.

Les cols bleus ont ramassé la statue dimanche pour la mettre en lieu sûr. Elle est maintenant entre les mains du Bureau d'art public de la Ville de Montréal. La sculpture sera analysée, mais son état était déjà altéré par de précédents actes de vandalisme, prévient le cabinet de la mairesse Valérie Plante.

La première magistrate de Montréal souhaite profiter du moment pour réfléchir avec une équipe pluridisciplinaire sur la façon de réintégrer le monument à sa place de manière articulée, organisée, intelligente.

Un peu comme ce qui a été fait concernant la rue Amherst, qui est devenu la rue Atateken, a-t-elle illustré lors d'une réunion virtuelle du conseil municipal, convoqué lundi après-midi en assemblée extraordinaire.

Le chef de l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville de Montréal, Lionel Perez, propose de son côté que la statue reprenne sa place au centre-ville, accompagnée d'une plaque expliquant l'héritage controversé de John A. Macdonald. Mais il ne faut pas, selon lui, abdiquer à un révisionnisme historique ou politique.

Aujourd'hui, c'est John A. Macdonald; demain, c'est peut-être Christophe Colomb, peut-être même René Lévesque, on ne le sait pas. C'est très dangereux.

Lionel Perez, chef par intérim d'Ensemble Montréal

M. Perez s"interroge par ailleurs sur le rôle du SPVM qui, selon lui, a laissé quelques anarchistes déboulonner le monument en toute impunité. Pourquoi la police n'a pas agi plus rapidement?, demande-t-il. Ça ne s'est pas fait en une ou deux minutes!

Un héritage contesté

John A. Macdonald a joué un rôle important dans le système des pensionnats pour enfants autochtones. Il était aussi au pouvoir lorsque Louis Riel a été pendu, le 16 novembre 1885. Le chef métis sera pendu, avait-il tranché, même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur.

On se souvient en outre de Macdonald comme de celui qui a imposé, en 1885, une taxe d’entrée sur les personnes d’origine chinoise, qui est demeurée en vigueur plusieurs décennies après sa mort, en 1891.

C'est un homme, de son vivant, qui parlait de la supériorité de la race aryenne; qui était en fait [à l'extrémité] du spectre de sa propre époque, rappelle l'anthropologue Émilie Nicolas.

Ce n'était pas un homme de son époque; c'était un homme extrême, même pour son époque.

Émilie Nicolas, anthropologue et chroniqueuse au quotidien Le Devoir

Selon elle, la statue ne devrait pas être remise sur son socle, mais plutôt déplacée dans un musée et servir de conversation sur l'histoire du Canada, qui est douloureuse.

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La statue, brisée.

Avec une telle liste de griefs, ce n'est pas surprenant que plusieurs personnes souhaitent aujourd'hui voir disparaître les monuments à l'effigie de l'ancien premier ministre, estime Éric Bédard, professeur d'histoire à la TÉLUQ.

Avant Montréal, d'autres villes canadiennes ont réfléchi à la question. Victoria, par exemple, a pris la décision, en 2018, de remiser la statue de Macdonald qui trônait devant son hôtel de ville.

La Ville de Montréal devrait-elle faire de même? Éric Bédard hésite, évoquant la présence à Montréal d'autres monuments potentiellement controversés, comme celui érigé au pied du mont Royal à la mémoire de Georges-Étienne Cartier, qui a été le bras droit de Macdonald pendant une bonne partie de sa carrière politique.

Ces personnages-là ont symbolisé des choses dans le passé; ils ont représenté, à une certaine époque, des personnages importants, a-t-il rappelé à l'émission Midi info, lundi. Il me semble qu'il faudrait préserver ce patrimoine-là aussi, quitte à ajouter des choses et à mieux expliquer.

Une pétition a été lancée il y a trois mois pour exiger le retrait de la statue de Macdonald à Montréal. Plus de 45 000 internautes l'ont signée.

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