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L'université à distance représente un grand défi à la motivation

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Un professeur est vu de dos devant une classe vide.

Le reportage de Marie-Pie Mercier

Photo : Reuters / Guglielmo Mangiapane

Érik Chouinard

La session universitaire qui s'amorce en contexte de crise sanitaire vient avec son lot de changements. Les cours donnés presque 100 % en ligne ne veulent pas nécessairement dire que la qualité de l'enseignement sera réduite, mais un professeur souligne plutôt que c'est la motivation qu'il faudra surveiller.

Au niveau de l'abandon dans les cours à distance, les études montrent des statistiques quand même élevées. Il faut vraiment être capable de pouvoir stimuler l'apprentissage, indique Stéphane Villeneuve, professeur en intégration du numérique en éducation à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Il ne se montre toutefois pas trop inquiet par rapport à la qualité de l’enseignement qui sera offert. Il soutient que ses collègues devront nécessairement adapter leur façon d’enseigner en fonction de ce nouveau médium prédominant.

Un de ses collègues abonde dans le même sens. La plus grande erreur serait de reproduire tel quel ce qu'on faisait en salle de classe, même si c'est ce qui est le plus facile, croit Thierry Karsenti, professeur à l'Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le numérique en éducation.

La présidente de l’Union étudiante du Québec (UEQ), Jade Marcil, ne croit pas non plus que la valeur des diplômes et de l’enseignement soit en jeu. Par contre, ça va prendre un effort supplémentaire aux professeurs et aux chargés de cours pour transformer l’enseignement qui était souvent donné en cours magistraux devant la classe, consent-elle.

Les profs et les chargés de cours ne sont pas nécessairement des professionnels en pédagogie, ce sont souvent des professionnels de leur domaine. Ça va donc leur prendre un effort supplémentaire pour transformer leur pédagogie.

Jade Marcil, présidente de l'UEQ
Les salles de classe sont munies de points verts pour signifier aux étudiants où ils peuvent s'installer.

À l'Université Laval, les salles de classe sont munies de points verts pour signifier aux étudiants où ils peuvent s'installer lorsque vient le moment de se présenter à un cours.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

S’adapter à la distance

Un des avantages de l’enseignement en ligne est la possibilité d'alterner les modes de diffusion. Par exemple, les cours peuvent être présentés en direct, mais aussi être divisés en petites capsules vidéo.

La clé, c'est de varier ses méthodes pédagogiques à distance. Si on fait toujours la même chose tout le temps, toute la session, ça peut finir par devenir ennuyant pour les étudiants, mais pour le prof aussi, souligne Stéphane Villeneuve.

C'est comme si on mange toujours la même chose tout le temps, on finit par se lasser. C'est la même chose pour l'enseignement, si on fait toujours la même chose tout le temps toute la session, c'est un peu abrutissant.

Stéphane Villeneuve, professeur en intégration du numérique en éducation à l'Université du Québec à Montréal (UQAM)

Jade Marcil croit que la persévérance des étudiants se joue aussi par rapport à l’aspect communautaire de la vie universitaire, qui risque d’être bien différent. L'université, c'est aussi toute une communauté qu'on apprend à découvrir et à connaître, précise-t-elle.

Une position que partage le professeur Thierry Karsenti. C'est certain que la rentrée virtuelle ne remplace pas les activités qu'on prévoit habituellement, et ce sera certainement particulièrement difficile pour les nouveaux étudiants qui avaient peut-être très hâte d'arriver à l'université et qui vont se retrouver pour la plupart devant leurs écrans, remarque-t-il.

Un peu comme l’affirme son confrère, Stéphane Villeneuve, Thierry Karsenti croit que les enseignants doivent recourir à une panoplie de moyens pour impliquer les étudiants dans les cours. Il faut leur demander d'être plus actif et de réaliser des choses. On n’attend pas trois heures avant de leur poser des questions, on leur demande de faire de petites tâches ici et là pendant le cours, soutient-il.

Des élèves photographiés de dos dans une classe lèvent la main.

Les étudiants sont habitués de s'exprimer dans une salle de classe... mais un peu moins devant un ordinateur ou une tablette, dans un contexte universitaire.

Photo : iStock

La part de l’étudiant

Il n’y a pas que les universités et les enseignants qui doivent s’adapter pour motiver leurs étudiants. Ceux-ci doivent aussi se préparer. Il va falloir que tout le monde soit indulgent, fait valoir la présidente de l’Union étudiante du Québec.

Le professeur Stéphane Villeneuve conseille aux étudiants d’éviter toute forme de distraction que peuvent procurer Internet et le téléphone.

Et Thierry Karsenti encourage entre autres les associations étudiantes à mettre en place un plus grand nombre d'activités sociales virtuelles, si possible, afin de bâtir un sentiment d'appartenance.

Chacun doit faire un effort dans ce contexte exceptionnel. Au lieu de chercher à blâmer l'université, le professeur ou autre, peut-être qu'on peut regarder qu'est-ce que nous on peut faire comme étudiant pour contribuer et aider dans ce contexte, ajoute-t-il.

Début des cours au Québec

  • Université Laval et Université de Sherbrooke : 31 août
  • Université de Montréal : 1er septembre
  • McGill et Université du Québec à Trois-Rivières : 2 septembre
  • UQAM et Concordia : 8 septembre

L’enjeu de l’évaluation

Les évaluations à distance représentent un autre défi auquel devra faire face la communauté universitaire.

On l'a vu dans les cégeps, il y a eu une augmentation de la tricherie. Si on veut éviter le plagiat dans les cours à distance, les évaluations aussi doivent être différentes, remarque Stéphane Villeneuve.

Il mentionne entre autres que certaines universités font appel à des logiciels pour surveiller les étudiants chez eux pendant l’évaluation.

Une méthode que dénonce avec véhémence Jade Marcil. Ce sont des logiciels qui sont très intrusifs dans les ordinateurs qui ont aussi des données personnelles. Ils peuvent excessivement augmenter le stress et l'anxiété des étudiants, décrie-t-elle.

Pour éviter le recours à de telles méthodes, la présidente de l’UEQ prône des évaluations qui se font plus sur la base de la compréhension que sur la réécriture des connaissances. Il y a plusieurs universités qui ont donné des outils très intéressants à leurs professeurs pour changer les évaluations en travaux pratiques et mises en situation, souligne-t-elle.

Avec les informations de Marie-Pier Mercier

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