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Dépolluer les cours d’eau agricoles grâce aux arbres

Des vaches broutent à proximité d'un cours d'eau bordé de buissons.

La Fiducie de recherche sur la forêt des Canton-de-l'Est veut dépolluer les cours d'eau.

Photo : Radio-Canada

Thomas Deshaies

Depuis près de 20 ans, la Fiducie de recherche sur la forêt des Cantons-de-l’Est étudie les bénéfices du reboisement dans les bandes riveraines en milieu agricole. L’organisme constate que certains arbres captent de grandes quantités d’éléments chimiques qui contribuent à la dégradation de la qualité de l’eau.

Le directeur général de la Fiducie de recherche sur la forêt des Cantons-de-l’Est, Benoit Truax, nous donne rendez-vous aux abords d’un ruisseau qui traverse la propriété de la Ferme Lamontagne à Magog.

Cette portion du ruisseau sert de laboratoire de recherche aux chercheurs qui ont planté des peupliers il y a 17 ans.

Le chercheur tient une grande règle à la main au milieu d'un ruisseau entouré de peupliers.

Benoit Truax mesure la croissance impressionnante des peupliers plantés il y a 17 ans.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

La croissance rapide des peupliers grâce à l'apport en nutriments provenant des champs a surpris les chercheurs. 49 centimètres de diamètre, s’exclame Benoit Truax après avoir mesuré l’un des arbres. Un arbre au Québec qui peut faire cela en 17 ans, ça ne court pas les rues.

Des arbres qui captent les contaminants

Les études de la fiducie démontrent que ces peupliers captent de grandes quantités de phosphore et d’azote qui peuvent résulter des activités agricoles. Ce qu’on s’est aperçu, c’est que les arbres vont aller chercher beaucoup plus de phosphore et d’azote par mètre carré qu’un champ qu’on aurait laissé (en friche) , explique M. Truax.

Le phosphore contribue notamment à la dégradation de la qualité de l’eau et favorise l’émergence des cyanobactéries.

Des cyanobactéries, ou algues bleu-vert.

Les cyanobactéries, ou algues bleu-vert, produisent diverses toxines nocives pour les êtres humains et les animaux.

Photo : CBC / Mike Heenan

Performance des peupliers comparativement à une bande herbacée

  • 4 à 10 fois plus d’azote
  • 3 à 7 fois plus de phosphore
  • 9 à 31 fois plus de carbone

Source : Fiducie de recherche sur les forêts des Cantons-de-l’Est

Jacques Lamontagne qui a accepté qu’une partie de son champ devienne un laboratoire à ciel ouvert pour les chercheurs a constaté lui-même les bénéfices d’un tel aménagement. L’eau est claire, il n’y a aucune algue dedans, souligne-t-il. Cela a été drastique , mentionne-t-il.

On voit ce qui arrive aujourd’hui autour des lacs (cyanobactéries). Nous on est déjà 20 ans en avance.

Jacques Lamontagne, agriculteur

Il encourage les agriculteurs à suivre son exemple et à favoriser un aménagement performant. Je suis content de voir que l’on contribue à améliorer l’environnement , tranche-t-il.

Un avantage économique pour les agriculteurs?

La croissance rapide de ces arbres aux abords des cours d’eau agricoles pourrait aussi être un avantage économique pour les agriculteurs.

La fiducie souhaiterait qu’ils puissent abattre certains arbres pour ensuite revendre le bois tout en effectuant du reboisement. Une pratique toutefois interdite par le gouvernement.

Benoit Truax estime pourtant que de cette manière, les agriculteurs pourraient accepter de se doter de bande riveraine plus importante que le minimum de 3 mètres exigé par le gouvernement.

Des peupliers plantés en rangée.

Les peupliers plantés par la Fiducie pourraient permette aux agriculteurs de récolter et de vendre le bois produit au terme de la dépollution.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Sinon, pourquoi il (l’agriculteur) nous laisserait 2 ou 3 fois la largeur permise, se questionne-t-il. Si on veut gagner le milieu agricole pour qu’ils deviennent des protecteurs de leurs cours d’eau, il faut leur donner un avantage. L’avantage c’est qu’il y a une valeur de bois, de carbone.

Ce droit de coupe permettrait, selon M. Truax, d’implanter plus facilement des bandes riveraines élargies. De 10 mètres par exemple, qui seraient beaucoup plus fonctionnels (services écologiques) et payants pour tout le monde , s’exclame-t-il.

L’idéal c’est de permettre une coupe sélective. C’est le plus gros frein dans la gestion des bandes riveraines. La perception qu’une fois qu’un arbre est planté, il devient une cathédrale, mais c’est faux.

Benoit Truax, directeur de la Fiducie de recherche sur la forêt des Cantons-de-L'est

Un autre argument plaidant en faveur de la possibilité de couper le bois en bande riveraine est le rejet éventuel par l’arbre du phosphore et de l’azote après plusieurs années d’existence, selon la fiducie.

Si on laisse s’accumuler les éléments dans l’arbre indéfiniment, l’arbre va retourner tôt ou tard ces éléments-là (phosphore et azote) dans le système. Tôt ou tard, il faut récolter des arbres , martèle M. Truax.

L’enjeu du financement

L’enjeu financier est l’un des principaux obstacles à l’aménagement performant des bandes riveraines qui ont un impact majeur sur la qualité de l’eau.

Le gouvernement du Québec offre du financement pour soutenir les projets de bandes riveraines élargies (plus de 3 mètres) par l’entremise de son programme Prime-Vert. Les agriculteurs peuvent ainsi recevoir une aide pour couvrir 70 % de leurs dépenses.

Aide financière du MAPAQ pour les bandes riveraines

  • 27 projets de bandes riveraines élargies – 178 702,13 $ (2019-2020)
  • 287 entreprises ont obtenu des services-conseils (2018-2019)

Le vice-président de l’UPA-Estrie, Michel Brien, juge qu’il faudrait que l’entièreté des dépenses soit couverte par l’État.

Il y a toujours un 30 % aux frais de l’agriculteur, souligne-t-il. Quand tu n’as pas d’argent, tu repousses souvent ce genre d’intervention là parce que tu n’as pas un sou.

Une bande de végétation rustique près du champ de maïs.

Une zone tampon a été installée près du champ de maïs pour capter les fertilisants.

Photo : Radio-Canada

M. Brien a lui-même aménagé sa bande riveraine avec plusieurs strates de végétation. Il a aussi aménagé une zone tampon entre son champ de maïs et on fossé pour capter les surplus de fertilisants .

Les cours d’eau sont en bien commun. Tout le monde est gagnant à ce que les agriculteurs les protègent.

Michel Brien, vice-président de l’UPA Estrie

Des interventions guidées par son désir de protéger l’environnement, qui vont au-delà des exigences du gouvernement, mais qui impliquent des investissements importants.

Benoit Truax estime lui aussi que le gouvernement devrait délier la bourse pour réellement améliorer la qualité de nos cours d’eau.

Si on veut une action vraiment concrète, ça va prendre un investissement à long terme et un suivi à long terme , tranche-t-il. Il croit que le gouvernement devrait couvrir à 100 % les frais d’aménagement des bandes riveraines.

Poursuivre la sensibilisation

Le biologiste Nicolas Bousquet du Conseil de la gouvernance de l’eau du bassin versant rivière Saint-François (COGESAF) plaide quant à lui en faveur de la poursuite des activités de sensibilisation auprès des agriculteurs concernant l’importance des bandes riveraines.

Même s’il constate sur le terrain qu’une majorité d’intervenants sont au courant de l’enjeu, il y a toujours certains récalcitrants. Il estime qu’il faut adapter le discours pour mettre de l’avant les bénéficies des bandes riveraines pour les activités agricoles.

Si le producteur décide de faire un aménagement, il peut faire une haie brise-vent, il peut amener plus de pollinisateurs, cite-t-il en exemple. Le changement de discours, ça peut être bénéfique pour changer les mentalités.

Si on veut vraiment changer l’allure de ces cours d’eau, on en a au moins pour deux ou trois générations.

Benoit Truax

Benoit Truax réclame plus de constance dans les actions gouvernementales.

Si on est capable de restaurer des cours d’eau avec des moyens efficaces, peu onéreux, on peut penser qu’à long terme, ce sont des systèmes (aménagement performant des bandes riveraines) qui pourraient être propagés, sauf que l’environnement, c’est le parent faible des gouvernements en général, plaide Benoit Truax.

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