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Un des derniers témoins de la déportation des Innus de Pakua Shipu s’est éteint

Un homme joue du tambour.

Andrew Poker était un grand amateur de teweikan, le tambour traditionnel innu.

Photo : Pierre-Alexandre Defoy

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Andrew Poker, l’un des derniers témoins de la déportation des Innus de Pakua Shipu, est décédé cette semaine. De nombreux souvenirs de cet important épisode de l’histoire de la Côte-Nord s'éteignent avec lui.

Dès les années 1950, le gouvernement fédéral et le missionnaire résident, le père Alexis Joveneau, tentent de convaincre les Innus de Pakua Shipi de quitter leurs terres pour rejoindre la communauté d’Unamen Shipu.

C’est en 1961 que les derniers récalcitrants, qui sont au nombre de 65, ont finalement accepté de faire le voyage [en bateau], indique l’anthropologue et professeur au Département des sciences des religions de l'UQAM, Laurent Jérôme, qui s’intéresse à ces événements dans le cadre de ses travaux.

Un homme sous une tente.

Andrew Poker a vécu la déportation des Innus de Pakua Shipu de 1961 et le retour de certains d'entre eux vers leurs terres, deux ans plus tard.

Photo : Anne-Marie Proulx

L’écrivaine innue Joséphine Bacon a accompagné le chercheur dans ses démarches, en traduisant les témoignages recueillis de l’innu-aimun au français.

Ils avaient apporté des sacs de sable avec eux, raconte-t-elle. Quand ils sont arrivés sur la rive, ils ont vidé leurs sacs. Le premier pas qu’ils ont fait sur la grève, c’était sur le sable qui appartenait à leur communauté. Cette façon de faire voulait dire qu’ils allaient un jour retourner là où ils avaient aimé vivre.

Deux ans plus tard, en 1963, quatre familles quittent Unamen Shipu à pied en direction de Pakua Shipu.

Andrew Poker fait partie de ceux qui se sont lancés dans ce voyage d’environ 250 kilomètres, pour retrouver leurs territoires, parce que leur nouvelle vie ne leur convenait pas, précise Laurent Jérôme.

Le grand-père de tout le monde

Pour l’agent culturel du Conseil des Innus de Pakua Shipu et de l’Institut Tsakapesh, Mathias Mark, Andrew Poker était un sage que consultaient les plus jeunes générations.

« C’était le grand-père de tout le monde, une grande bibliothèque d’Histoire et de culture. »

— Une citation de  Mathias Mark, agent culturel du Conseil des Innus de Pakua Shipu et de l’Institut Tsakapesh

Joséphine Bacon parle elle aussi de lui comme d’un homme de grandes connaissances, et d’un grand joueur de teweikan, le tambour traditionnel innu. Son tambour, pour lui, était aussi précieux que son cœur, dit-elle.

Une quinzaine de personne sous une tente sourient pour la caméra.

Andrew Poker (troisième à partir de la gauche dans la rangée du bas), entouré de membres de sa communauté.

Photo : Pierre-Alexandre Defoy

Pour l’écrivaine comme pour Laurent Jérôme, Andrew Poker aura contribué à ce que la déportation des Innus de Pakua Shipu ne tombe pas dans l’oubli.

Les récits d’Andrew Poker et de sa femme Madeleine sur cet épisode-là sont inestimables, affirme l’anthropologue.

C’est à travers lui qu’on a pu vraiment bien comprendre ce que fut la déportation et ce qu’ils avaient vécu, ajoute Joséphine Bacon.

« La mémoire d’Andrew Poker était vivante. Il racontait ça comme s’il se voyait marcher pour revenir sur sa terre. C’était un grand livre d’histoire, je dirais. »

— Une citation de  Joséphine Bacon, écrivaine et traductrice des témoignages d’Andrew Poker

Laurent Jérôme souligne que le départ d’Andrew Poker, comme celle de tous les aînés, est une perte importante tant pour ses proches que pour l’ensemble de la communauté. Au-delà du drame humain et familial, c’est tout un pan de la culture qui part avec ces aînés, conclut-il.

Avec les informations de Nicolas Lachapelle

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