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Manifestations pour le définancement de la police : la statue de Macdonald déboulonnée

La statue de John A. Macdonald décapitée, au sol.

Les manifestants ont déboulonné la statue de John A. Macdonald; la tête de celle-ci s'est séparée du corps en tombant au sol.

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

Radio-Canada

Dans le centre-ville de Montréal samedi, des protestataires antiracistes ont déboulonné la statue de John A. Macdonald au terme d'une manifestation réclamant le définancement de la police. D'autres rassemblements ont également eu lieu à l'échelle nationale.

La statue, visée par des actes de vandalisme à de multiples reprises dans le passé, est située sur la place du Canada, devant la station de métro Bonaventure.

Un petit groupe de manifestants s'est hissé sur le piédestal pour la déboulonner; la tête de la statue a ensuite roulé au sol.

La statue de John A. Macdonald au sol, la tête séparée du corps.

John A. Macdonald, qui est l’un des pères fondateurs de la Confédération canadienne, est aussi à l’origine des pensionnats autochtones.

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

John A. Macdonald est l’un des Pères fondateurs de la Confédération. Au pouvoir de 1867 à 1873 et à nouveau de 1878 à 1891, il a établi le programme de pensionnats autochtones et adopté la Loi sur les Indiens.

Ralliement politique

La mairesse de Montréal a condamné le déboulonnement de cette statue en fin de journée samedi sur Twitter. Je déplore fermement les actes de vandalisme qui ont eu lieu cet après-midi [...]. Évidemment, de tels gestes ne peuvent être acceptés ni tolérés, a averti Valérie Plante.

« Certains monuments historiques, ici comme ailleurs, sont au cœur de débats émotifs. Je réitère que je privilégie de les mettre en contexte plutôt que de les retirer. Je suis également en faveur d’ajouter des monuments plus représentatifs de la société à laquelle nous aspirons. »

— Une citation de  Valérie Plante, mairesse de Montréal

Mme Plante a précisé que le bureau d’art public allait coordonner la conservation de la statue et que, de son côté, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) va mener une enquête.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a lui aussi réagi par Twitter. Il a affirmé que détruire un monument ainsi est inacceptable, que le vandalisme n'a pas sa place dans notre démocratie, et que la statue doit être restaurée.

Le nouveau chef du Parti conservateur du Canada, Erin O'Toole, s'est rallié à la vague d'indignation par un message sur Twitter : Le Canada n'existerait pas sans Sir John A. Macdonald. Le Canada est un grand pays, et nous devrions en être fiers. Nous ne construirons pas un avenir meilleur en défigurant notre passé.

Que ce soit à Regina, à Charlottetown, ou à Kingston, partout au Canada les statues de John A. Macdonald suscitent la controverse. Dans le sillage du mouvement antiraciste, les monuments honorant des figures contestées de l'histoire sont pris pour cibles comme autant de symboles inadmissibles et d'obstacles au vivre ensemble.

Preuve que l'histoire n'est pas immuablement gravée dans les statues ou sur les plaques de nom des rues, le monument représentant John A. Macdonald a été retiré de l'hôtel de ville de Victoria, en Colombie-Britannique, en 2018.

Un monument couvert de graffitis et de peinture.

Le monument érigé à la mémoire de l'ex-premier ministre John A. Macdonald a régulièrement été la cible des militants antiracistes au cours des dernières années.

Photo : Radio-Canada / Simon-Marc Charron

« Ma vie ne représente rien pour la police »

La manifestation dans la métropole québécoise a été organisée dans le cadre de la vague de colère provoquée par le récent drame de Kenosha, au Wisconsin, où la police a tiré sept fois dans le dos de Jacob Blake, un Afro-Américain de 29 ans, le paralysant à partir de la taille.

Les tensions raciales étaient déjà vives depuis le printemps aux États-Unis, où Georges Floyd a perdu la vie à Minneapolis, au Minnesota, lors de son arrestation par la police.

L'indignation se propage au Canada, où le racisme systémique de la police et de nombreuses institutions sont également dénoncés.

À Montréal, une manifestante d'origine africaine, Aurélie Legrand, a ainsi expliqué qu'elle sentait que sa vie n'avait pas de valeur aux yeux de la police.

« En ce moment, je sens que je suis en dessous de toute le monde, je sens que ma vie ne représente rien pour le gouvernement, pour la police, pour le système. Alors, je suis là pour mettre mon poing dans les airs et dire : "You know what? La vie des Noirs compte". »

— Une citation de  Aurélie Legrand, manifestante

Les quelque 250 protestataires ayant bravé la pluie samedi ont rapidement été dispersés par le SPVM pour cause de manifestation illégale.

L'événement montréalais a été organisé sur les réseaux sociaux par la Coalition pour la libération BIPOC (Black, Indigenous and People of Colour), qui demande une réduction de moitié du budget réservé à la police et des réinvestissements dans les communautés noires et autochtones.

Sans la suppression des lois du colonialisme, la libération des Noirs, des Autochtones et des personnes de couleur ne pourra exister. Investissez dans les gens, pas dans la police, demande le programme en ligne de la manifestation.

Des manifestants sous la pluie.

À Montréal, la manifestation a réuni quelque 250 personnes sous une pluie battante.

Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

À Montréal, un rapport accablant déposé en octobre révélait que les femmes autochtones étaient 11 fois plus susceptibles d'être interrogées par la police que les femmes blanches, et que les hommes noirs et arabes étaient entre quatre et cinq fois plus susceptibles d'être soumis à des interpellations.

Le SPVM a présenté en juillet une nouvelle politique qui exige que les interpellations soient fondées sur des faits observables.

Des mesures insuffisantes dénoncées à Toronto

Des appels à manifester samedi avaient aussi été lancés en Ontario, à Toronto, Ottawa et London, puis à Moncton, au Nouveau-Brunswick, et à Calgary, en Alberta.

Le but est de couper de moitié le financement de la police et de réinvestir cet argent dans la communauté, a affirmé en entrevue Nail Philip, l’un des organisateurs du rassemblement torontois.

Dans la Ville-Reine, où une centaine de personnes se sont réunies au parc Downsview, au nord-ouest de la ville, la manifestation a été l'occasion de critiquer ouvertement les mesures prises par le maire John Tory, jugées insuffisantes.

Selon les personnes interviewées, les caméras corporelles instaurées lors des interventions policières ne suffiront pas à résoudre le racisme systémique.

La Commission des services de police de Toronto a adopté à la mi-août des recommandations qui incluent l'achat de 2350 caméras d’intervention que les policiers porteront, dès cet automne, lors de leurs interventions.

Or des manifestants insistent pour que les policiers soient tenus responsables de leurs actes devant la loi.

Ils dénoncent également les récentes conclusions du rapport de l'Unité des enquêtes spéciales de l'Ontario (UES), qui a récemment blanchi la police dans la mort de Regis Korchinski-Paquet. Cette dernière est décédée après avoir chuté du balcon de son appartement durant une intervention policière.

Avec les informations de Katherine Brulotte, Marie-Josée Paquette-Comeau et La Presse canadienne

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