•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Tramway : quand les politiciens précisent leur vision après les audiences du BAPE

Des personnes assisses de d'eau, font face à une petite scène où sont installés les membres de la commission du BAPE sur le projet de tramway à Québec

Les audiences du BAPE sur le projet de tramway étaient un des premiers événements devant public à Québec après le confinement.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cloutier

La commission du BAPE a commencé depuis plus de trois semaines la rédaction de son rapport sur le projet de tramway à Québec, mais le gouvernement provincial comme l’hôtel de ville continuent de préciser leurs intentions à grand renfort de déclarations publiques. Si ces sorties médiatiques n'influencent pas directement le travail des commissaires, selon des experts, elles peuvent néanmoins changer la perception de la population.

Début août : le ministère des Transports du Québec (MTQ) remet un document de réponses au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Il indique que deux tracés sont encore à l’étude pour le projet de tunnel entre Québec et Lévis. La commission cherche à savoir comment un éventuel troisième lien sera lié au projet de réseau structurant de transport en commun.

Une semaine plus tard, lors de l’étude des crédits budgétaires du MTQ, le ministre François Bonnardel affirme qu’il n'y a maintenant qu’un seul tracé privilégié, soit celui qui permet une connexion avec le tramway en reliant les centres-villes de Lévis et de Québec.

Tracé proposé pour le 3e lien en vue satellite

Un exemple du tracé officiellement privilégié depuis le 18 août pour le projet de tunnel entre Lévis et Québec. L'autre tracé se situait dans l'est et devait passer sous la pointe de l'île d'Orléans.

Photo : Radio-Canada / Google Earth

Quelle affirmation le BAPE doit-il étudier? Pierre Turgeon, porte-parole du Bureau d'audiences publiques, confirme que toute commission d’enquête doit réaliser son mandat sans se laisser distraire par le bruit ambiant. Il précise cependant qu'il n'est pas inédit que des décideurs affichent leurs opinions sur la place publique pendant le processus d’analyse du BAPE.

Une réalité que déplore néanmoins un professeur agrégé à l'École d’études politiques de l’Université d’Ottawa. La commission rédige un rapport : il s'agit d'un exercice neutre réalisé par une organisation indépendante. Et en même temps, des sorties politiques viennent changer le projet. Alors, c’est normal que la population se demande ce que va donner le processus, affirme Louis Simard, qui se spécialise dans les questions de participation publique.

L’arrimage entre les projets de tramway et de troisième lien faisait déjà partie des points soulevés par la commission lors du processus de consultations publiques. Or, cette semaine, les déclarations provenant des paliers provincial et municipal ont confirmé que les partis songent à imbriquer les deux projets de façon officielle.

C’est normal, dans un processus de consultation, que le projet change, mais là on est en train de forcer l’arrimage de deux projets, donc, encore une fois, on va se demander ce qu’on va faire en bout de piste avec le rapport du BAPE déposé en novembre, ajoute M. Simard.

Point positif : ce dernier ne croit pas que les annonces récentes sur le projet de tramway nuiront à la qualité du rapport que la commission est en train de rédiger.

Une occasion ratée de faire une évaluation stratégique?

Mario Gauthier, professeur titulaire au département des sciences sociales de l’Université du Québec en Outaouais, admet lui aussi que les récentes précisions concernant le projet peuvent porter à confusion, notamment aux yeux du public.

Celui qui se spécialise sur l’évaluation environnementale et le débat public en aménagement croit donc que la question de la mobilité à Québec et à Lévis aurait été une belle occasion de mener une évaluation environnementale plus large, dite stratégique.

À ce rythme-là, le BAPE devra déjà se prononcer sur le troisième lien dans son rapport sur le tramway. Il y aurait peut-être eu lieu de faire un arrimage pour une étude stratégique des deux projets, souligne M. Gauthier.

Le professeur Louis Simard est d’accord. Ce serait pertinent de pouvoir analyser ces projets en même temps, c’est certain. Mais devant des échéanciers différents, des calendriers politiques différents, ce pourrait être plus difficile, ajoute-t-il.

Ce sont tellement de grands projets, de grandes dimensions, faut se donner le temps.

Louis Simard, professeur à l'École d'études politiques de l'Université d'Ottawa
François Bonnardel devant deux petits micros, vêtu d'un complet bleu foncé

Le ministre des Transports, François Bonnardel, lors des études des crédits budgétaires 2020-2021 à Québec. Il doit bientôt présenter les chiffres et un échéancier plus détaillés du projet de troisième lien.

Photo : Capture d'écran

Mario Gauthier estime pour sa part qu’il n’est peut-être pas trop tard et que le BAPE pourrait encore obtenir un mandat pour une étude plus stratégique sur le transport en commun et l’automobile à Québec et à Lévis.

Chez Trajectoire Québec, qui a soumis un mémoire à l’occasion du BAPE sur le tramway, le président du conseil soulève cependant certains bémols concernant cet arrimage.

Ça devient problématique dans le sens que le projet de troisième lien, lui, n'est pas assez avancé pour répondre aux questions du BAPE, donc jumeler les deux projets, ça devient difficile. Imaginez… retarder le tramway pour avoir le troisième lien, ce n’est pas ce qui est souhaitable, soutient François Pepin.

Cet ingénieur spécialiste en planification des transports préférerait que le bureau de projet du troisième lien soit celui qui s’adapte pour s’intégrer au tramway, et non l’inverse.

Il rappelle que la commission du BAPE peut continuer de poser des questions aux intervenants en cours de rédaction.

Les trois experts soulignent que la décision finale reviendra au gouvernement, qui utilisera les recommandations du BAPE pour faire avancer - ou non - le projet.

Le rapport du BAPE est attendu au plus tard le 5 novembre.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !