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Blaine Higgs et les francophones : le malaise des progressistes-conservateurs

Blaine Higgs en entrevue devant les drapeaux du Nouveau-Brunswick, du Canada et de l'Acadie.

Blaine Higgs, chef du Parti progressiste-conservateur.

Photo : Radio-Canada

Janique LeBlanc

Méfiance ou appui réservé : le chef progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, suscite un certain malaise chez bien des électeurs francophones. Témoignages avec trois militants progressistes-conservateurs de longue date.

Essaye pas de me convaincre que Blaine Higgs est comparable à Richard Hatfield. Il aura sûrement de la difficulté à faire élire un seul francophone non seulement ici dans la Péninsule acadienne, mais dans tout le nord de la Miramichi et jusqu’à Edmundston. C’est tous des francophones. J’ai l’impression qu’il n'aura pas un seul candidat.

Alban Duguay ne mâche pas ses mots. À 92 ans, ce progressiste-conservateur dans l’âme s’apprête à voter libéral pour la première fois en plus de 60 ans.

Ancien candidat progressiste-conservateur et proche associé de l’ancien ministre Jean Gauvin, M. Duguay change d’allégeance pour appuyer indirectement Robert Gauvin.

Alban Duguay et Robert Gauvin.

Alban Duguay offre son appui à Robert Gauvin.

Photo : Gracieuseté

En février, l’ancien vice-premier ministre et seul francophone du gouvernement de Blaine Higgs a claqué la porte du parti de son père pour s’opposer à la fermeture des urgences de six hôpitaux ruraux.

M. Duguay, qui habite à Shippagan, n’a jamais été partisan de Blaine Higgs, mais aujourd’hui, il lui reproche ses promesses brisées et son entente avec l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, un parti hostile au bilinguisme.

Alban Duguay avec Robert Gauvin.

Alban Duguay avec Robert Gauvin

Photo : Gracieuseté

On a fait entrer un loup dans la bergerie et maintenant le loup est rentré avec sa meute. Il y a trois Alliancistes à sa rescousse. Chasse le naturel et il revient au galop, déclare Alban Duguay, en faisant référence au passé de Blaine Higgs, ancien candidat à la direction du parti, Confederations of Regions (CoR), hostile au bilinguisme.

Alban Duguay affirme que Blaine Higgs avait promis d’apprendre le français, mais ne l’a pas fait.

Il déplore aussi sa décision en début de mandat de ne pas respecter les exigences de bilinguisme chez les ambulanciers [une décision sur laquelle M. Higgs a fait marche arrière, NDLR].

Un portrait d'Alban Duguay.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alban Duguay, 92 ans, est un progressiste-conservateur dans l'âme.

Photo : Gracieuseté

Je peux pas me fier à ce qu’il dit parce qu’il a déjà brisé sa parole à maintes reprises, déclare l’ancien organisateur progressiste-conservateur de Shippagan. Alban Duguay est convaincu que ses inquiétudes et son malaise sont partagés par beaucoup de francophones de son parti.

Des francophones à la table d’un gouvernement progressiste-conservateur

Jean-Pierre Ouellet, du Haut-Madawaska, comprend qu’Alban Duguay, son ami de longue date, en veuille aux conservateurs à cause de ce qui s’est passé avec Robert Gauvin.

Ancien ministre influent du gouvernement de Richard Hatfield, M. Ouellet reconnaît que Blaine Higgs n'était pas son premier choix comme chef progressiste-conservateur. Il admet qu’il avait ses doutes, mais pense que M. Higgs n’est plus opposé au bilinguisme comme lorsqu’il militait dans le parti CoR dans les années 1980.

Jean-Pierre Ouellet.

Jean-Pierre Ouellet.

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

Jean-Pierre Ouellet juge essentiel que les francophones participent chez les progressistes-conservateurs pour défendre les droits et les intérêts de la communauté.

Le parti conservateur peut être élu sans aucun francophone, mathématiquement c’est possible, rappelle le maire de la communauté rurale du Haut-Madawaska. Il veut donner la chance à Blaine Higgs de diriger un gouvernement majoritaire.

M. Ouellet se rappelle qu’en 1974, lors de sa première course électorale pour les progressistes-conservateurs, on lui disait qu’il se présentait pour le mauvais parti. C’est un anglophone, un franc-maçon, il est contre la loi sur les langues officielles, il va défaire ce que Louis Robichaud a fait, lui disait-on de son chef Richard Hatfield.

Sans vouloir le comparer à M. Higgs, Jean-Pierre Ouellet affirme que toutes les avancées adoptées pour la minorité francophone par le gouvernement Hatfield – écoles unilingues, dualité en éducation, loi 88 sur l’égalité des deux communautés linguistiques – ne se seraient jamais faites sans la présence de ministres francophones.

Je ne dis pas qu’on pourrait découvrir un français en Blaine Higgs mais je pense que si les français étaient au cabinet, plus que un parce que Robert était tout seul, probablement qu’on verrait des choses très différentes, explique-t-il.

L’ancien ministre progressiste-conservateur souligne qu’il y a des jeunes candidats francophones dans le parti, citant les noms de Daniel Allain, Mathieu Caissie, Diane Carey, Kevin Haché et la nouvelle candidate de sa circonscription de Madawaska-le-Lacs, Marie-Eve Castonguay.

M. Ouellet espère que les électeurs voteront pour la personne qui va les représenter, plutôt que pour le chef du parti. Et il réitère qu’il faut des francophones au sein du gouvernement. Il n’y a pas de doute qu’il y a un malaise du côté des francophones, mais si tu laisses le champ libre, t’avances pas plus, martèle le politicien aguerri.

Lutter de l’intérieur

Arthur Savoie abonde dans le même sens que M. Ouellet. Cet ancien organisateur progressiste-conservateur croit fermement que les francophones doivent être présents dans le parti et au gouvernement.

M. Savoie comprend la déception d’Alban Duguay. Il pense toutefois que Robert Gauvin aurait dû rester et travailler au sein du gouvernement Higgs. Pour régler le problème, il faut que tu sois là, pas partir, avance cet homme de Tracadie qui vit à Dieppe.

Arthur Savoie.

Arthur Savoie est un ancien organisateur du Parti progressiste-conservateur.

Photo : Radio-Canada / Janique LeBlanc

M. Savoie se dit complètement à l’aise avec Blaine Higgs et la manière dont il a dirigé le Nouveau-Brunswick depuis deux ans. L’entente de son parti avec l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick pour diriger la province ne l’a pas dérangé.

Je ne suis pas mal à l’aise avec le parti parce que M. Higgs s’est entouré de beaucoup de francophones, [...] plusieurs gens [francophones] de son bureau prennent des décisions, ça fait que moi j’ai pas de misère avec ça, dit-il avec conviction.

Notre dossier sur les élections provinciales 2020 au Nouveau-Brunswick

Interrogé sur le fait que Blaine Higgs n’exclut pas de baisser les exigences linguistiques pour obtenir un poste bilingue dans la fonction publique, une proposition de l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick, Arthur Savoie exprime un premier doute.

Ça, j’ai un peu de problème avec ça. Ça dépend s’il révise à la hausse c’est bon, s’il révise à la baisse c’est pas si bon. Je pense que ça devrait être lui [Higgs] qui décide. S’il demande à l’Alliance de l’aider sur ce sujet-là, je suis pas vraiment d’accord avec ça, concède M. Savoie.

Arthur Savoie estime que plusieurs candidats progressistes-conservateurs francophones ont les compétences pour être ministres dans un gouvernement Higgs. Selon lui, leur présence ferait toute la différence. Si on vote tous du même côté, c’est pas quelque chose qui fait avancer la politique au Nouveau-Brunswick, ajoute ce progressiste-conservateur et militant depuis plus de 50 ans.

Pour Arthur Savoie, le meilleur choix au Nouveau-Brunswick est Blaine Higgs, en ce moment, oui, aucun doute, dit-il en soulignant son expérience et sa gestion des finances publiques. Il admet qu’il y a un malaise au sein du parti et pense que M. Higgs est prêt à travailler là-dessus.

Blaine Higgs sourit en agitant une cloche.

Blaine Higgs participe au Tintamarre le 15 août 2019, à Dieppe.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

À Shippagan, Alban Duguay pense au contraire que Blaine Higgs doit partir comme chef pour raviver l’appui des électeurs francophones pour le parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick.

Il souhaite un nouveau chef qui fera respecter les droits des francophones et défendra le bilinguisme.

La situation est inquiétante. Blaine Higgs peut se faire élire sans les Acadiens et être majoritaire et c’est ça la crainte qui pourrait nous menacer. Aussi longtemps que le parti ignore les francophones, ça va toujours être inquiétant, maintient ce militant conservateur de 92 ans.

Jean-Pierre Ouellet reconnaît que Blaine Higgs n’est pas son préféré et qu’il n’a pas appris le français comme il l’avait promis. Il s’en remet au passé pour illustrer l’importance d’avoir des ministres francophones au sein d’un éventuel gouvernement progressiste-conservateur.

M. Hatfield a fait des choses parce qu'il y avait des francophones autour du Cabinet… s’il y avait juste eu des anglophones, on ne serait peut-être pas où on est aujourd’hui, conclut celui qui milite toujours activement pour le parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick.

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