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Black Lives Matter : des fresques comme barrières psychologiques aux abus

Des gens, agenouillés, s'affairent à peinturer un terrain de basketball de toutes sortes de couleurs.

Le terrain de basketball principal de l'arrondissement Rivière-des-Prairies, à Montréal, a été tapissé d'une grande fresque en hommage au mouvement Black Lives Matter.

Photo : Never Was Average

Angie Landry

En hommage au mouvement Black Lives Matter (BLM), mais aussi afin de faire valoir la vie des jeunes des communautés noires du quartier, le terrain de basketball du parc Don-Bosco, à Rivière-des-Prairies, a été entièrement tapissé la semaine dernière d’une grande fresque marquée d'un « La vie des jeunes noir.es compte ».

C’est en travaillant sur la programmation du Festival urbain – et sur son adaptation, en raison de la COVID-19 – que l’idée d’ériger des œuvres urbaines en hommage au mouvement BLM a émergé au sein de l’Équipe RDP.

L’organisme, dont la mission consiste surtout à intervenir auprès des jeunes de l’arrondissement, a d’ailleurs fait appel à Never Was Average, le collectif qui a travaillé sur la gigantesque fresque sur la rue Sainte-Catherine, à Montréal.

On s’est dit : pourquoi ne pas réitérer l’expérience à Rivière-des-Prairies, dans un quartier où plus de 20 % de la population est issue des communautés noires, où les jeunes sont déjà très engagés, et où il y a des enjeux d’intégration, de reconnaissance et de lutte à l’exclusion? raconte Pierreson Vaval, directeur de l'équipe RDP.

Ce dernier avoue que le contexte actuel est d’autant plus propice puisque l’œuvre a été réalisée en fin de semaine dernière, soit très peu de temps avant que le mouvement dénonçant les tirs de la police de Kenosha sur Jacob Blake, aux États-Unis, prenne de l’ampleur.

C’est sans compter la mort violente de George Floyd, au Minnesota, qui a ravivé le débat sur le racisme systémique et l’exclusion partout sur la planète.

Une femme assise tient un jeune garçon entre ses jambes au milieu d'un terrain de basket, alors qu'une autre femme les prend en photo.

Des gens posent sur le terrain de basketball de Rivière-des-Prairies, fraîchement repeint en appui au mouvement Black Lives Matter.

Photo : Facebook @Équipe RDP

Le terrain de basketball, lieu identitaire

Pierreson Vaval dit toutefois éprouver une certaine fierté d’avoir opté, avec son équipe, pour un lieu aussi significatif qu’un terrain de basketball, notamment lorsqu’il a pris connaissance du positionnement des ligues professionnelles de sports cette semaine, dont la National Basketball Association (NBA).

Ça venait renforcer ou cristalliser le fait que ce sport-là, même au niveau professionnel, est associé – de façon culturelle, psychologique, émotionnelle et au niveau des valeurs – à une communauté noire américaine, qui vit des moments excessivement difficiles.

Pierreson Vaval

Et après, nous, on peut affirmer haut et fort, à travers un lieu public – un espace que la communauté de Rivière-des-Prairies s’approprie –, que nous sommes en solidarité avec ces combats qui sont menés. C’est une fierté pour nous, ajoute le directeur de l’Équipe RDP.

Pierreson Vaval explique qu’il était important de stimuler la communauté du quartier autour d’une création collective, et surtout que cette dernière soit engageante pour les jeunes comme pour le milieu.

C’est là que les jeunes Noirs se rencontrent, où les passionnés de basketball se rencontrent. On s’est dit qu'ils allaient se sentir valorisés et mis en évidence, par la fresque, par le processus de création. C’est le premier "BLM court" public au monde. Ça n’existe nulle part dans les lieux publics.

Pierreson Vaval

Des créations collectives

Plusieurs personnes ont ainsi mis la main à la pâte en fin de semaine dernière : une autre fresque citant l’importance de la vie des personnes noires a été créée, non loin de là, à la place Paul-Déjean, un nom significatif dans le mouvement de reconnaissance et d’intégration des communautés noires à Montréal et au Québec.

La population a aussi été invitée à laisser sa marque pendant le processus des deux fresques. Il y avait des familles, des jeunes, de toutes les communautés, soutient Pierreson Vaval.

Une dizaine de personnes se promènent sur un terrain de basketnball.

Le terrain de basket de RDP peinturé du slogan «La vie des jeunes noir.es compte».

Photo : Facebook @Équipe RDP

Des artistes du coin ont également participé à la création des œuvres, dont Dinoarts, Maliciouz et Charlinearts.

Pierreson Vaval ajoute que contrairement aux statues ou autres monuments qui tentent de rendre hommage aux personnages importants, les fresques ou les murales, qui prennent racine dans le territoire, ont pour lui un poids encore plus important.

Quand c’est écrit comme ça, sur un terrain public, c’est une barrière psychologique aux abus. Les mots ne sont pas seulement des mots : ils créent des changements. C’est une image dans l’esprit. Pas juste dans l’esprit des gens, mais dans l’ensemble de la communauté.

Pierreson Vaval

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