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Analyse

Des centaines de milliards de dollars plus tard…

Le premier ministre Justin Trudeau, debout devant sa résidence, tient une conférence de presse.

Avec un déficit qui pourrait frôler les 400 milliards de dollars cette année, le Canada est l’un des pays qui est intervenu le plus massivement pour soutenir ses citoyens touchés par la crise sanitaire.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Nous savons que l’économie a chuté comme jamais au cours des derniers mois en raison de la suspension d’une grande partie des activités économiques depuis le mois de mars. Les chiffres publiés frappent l’imagination. Mais, aussi incroyable que cela puisse paraître, le revenu disponible des Canadiens a… augmenté d’avril à juin! Comment cela est-il possible?

Avec un déficit qui pourrait frôler les 400 milliards de dollars cette année, le Canada est l’un des pays qui est intervenu le plus massivement pour soutenir ses citoyens touchés par une perte d’emploi, une chute de revenus et des problèmes financiers multiples. Un déficit de 400 milliards par rapport à un PIB de 2000 milliards, c’est 20 % du PIB. C’est énorme.

L’injection d’argent a été telle que les Canadiens ont été en mesure d’augmenter leur revenu disponible et leurs épargnes au cours du 2e trimestre 2020, selon les dernières données publiées vendredi matin par Statistique Canada.

On apprend ainsi que le revenu disponible des ménages a bondi de 10,8 % d’un trimestre à l’autre ou de 50,9 % en variation annualisée (ça veut dire que si la croissance du 2e trimestre était la même sur les quatre trimestres de l’année, on atteindrait une hausse de plus de 50 %).

Avec cette hausse du revenu disponible, le taux d’épargne des ménages est ainsi passé de 7,6 % au 1er trimestre 2020 à 28,2 % au 2e trimestre. La Prestation canadienne d'urgence (PCU), la Subvention salariale, les paiements spéciaux dans le cadre de l’Allocation canadienne pour enfants et quantité d’autres programmes ont compensé la baisse de rémunération des employés de 8,9 % au cours du 2e trimestre.

Cet argent des gouvernements ainsi que la chute de près de 35 % des dépenses de consommation (en variation annualisée) expliquent le bond du taux d’épargne.

Trop d’argent en soutien?

Ces données peuvent nous laisser sur l’impression que le gouvernement fédéral a agi trop fortement, que le débit de l’aide financière était trop élevé. Il est clair qu’il n’était pas possible de bien mesurer à l’avance le niveau de soutien qui allait être nécessaire pour aider la population. L’évolution de cette crise est imprévisible et le soutien gouvernemental est absolument crucial et fondamental.

N’empêche, le résultat est marquant. Alors que le revenu disponible augmente de 0 à 2 % généralement d’un trimestre à l’autre, le voir grimper de près de 11 % au cœur de cette terrible crise sanitaire et économique est absolument étonnant. Les gouvernements ont largement compensé les pertes financières des citoyens.

Est-ce trop? Peut-être. Certains sont d’avis que le gouvernement a perdu le contrôle des finances publiques et, dans un contexte politique fragile, ne sait plus comment fermer le robinet. Mais, dans les faits, ce niveau d’épargne et ces revenus supplémentaires pourraient permettre d’aider à la reprise de l’économie.

Les entreprises ont réduit largement leurs investissements, ont vu leurs revenus chuter depuis le mois de mars. Avec le retour des citoyens en emploi et l’établissement d’une nouvelle normalité (on ne sait pas quand arriveront un traitement ou un vaccin), l’épargne accumulée pourrait être utilisée pour rattraper certains achats.

D’ailleurs, selon les économistes de la CIBC, les données économiques meilleures que prévu pour juin et juillet, la révision positive des statistiques des mois précédents et ces informations sur l’épargne et le revenu disponible vont conduire à des prévisions plus optimistes sur la croissance attendue au cours du 3e trimestre.

Les restrictions élevées au Canada ont permis de maintenir à un faible niveau le nombre de nouveaux cas quotidiens de COVID-19, ce qui devrait permettre au pays de faire mieux que les États-Unis au 3e trimestre et sur l’ensemble de 2020.

Cela dit, les risques demeurent très grands. Une remontée du nombre de cas peut arriver, ce qui pourrait entraîner un nouveau ralentissement de l’économie.

Chômage : 8 %

Par ailleurs, selon la Banque Nationale, le taux de chômage moyen au Canada sera de 8 % en 2021. Le chômage va rester au-dessus de son niveau d’avant-pandémie partout dans le monde pour une longue période en raison du ralentissement prolongé dans le commerce de détail, l’aviation, les restaurants et le spectacle, des secteurs qui représentent environ 20 % du bassin d’emplois.

Pour aider les travailleurs de ces secteurs, le gouvernement fédéral a abaissé les critères d’admissibilité à l’assurance-emploi, une fois que la PCU arrivera à échéance à la fin septembre : pour obtenir 26 semaines de chômage, vous devrez avoir travaillé 120 heures. Les gens qui ne sont pas admissibles auront droit à la nouvelle Prestation canadienne de la relance économique. Ainsi, on s’attend à ce que 3 millions des 4 millions de Canadiens qui touchent la PCU passent à l’assurance-emploi.

Avant la crise, selon les calculs rapportés par la Banque Nationale, tirés d’un document de la Banque du Canada en mars 2019, la tendance du chômage au Canada tournait autour de 6 %. La nouvelle norme, selon la Banque Nationale, sera de 8 % à 9 % à partir de maintenant.

Changement de politique à la FED

Des changements fondamentaux s’annoncent dans la foulée de la COVID-19. Non seulement le chômage va rester élevé longtemps, préviennent les autorités, mais les banques centrales devront faire les choses autrement dans leur gestion de la politique monétaire.

Déjà, le grand patron de la Réserve fédérale américaine (FED), Jerome Powell, a profité de la rencontre annuelle de Jackson Hole pour annoncer une modification importante à la politique monétaire de la banque centrale américaine.

Dorénavant, au lieu de viser à maintenir le taux d’inflation à 2 %, la banque aura pour objectif d’atteindre un taux de 2 % en moyenne à long terme. Ça veut dire en réalité que la banque ne va pas augmenter rapidement son taux directeur dans le but d’éviter que le taux d’inflation dépasse les 2 %.

C’est important de bien saisir que des prix qui montent plus rapidement, donc un niveau d’inflation plus élevé, poussent généralement la banque centrale à augmenter ses taux d’intérêt pour ralentir la demande et donc ralentir la hausse des prix. En retour, si le niveau d’inflation est faible, une baisse des taux aura tendance à stimuler la demande, puis éventuellement les prix.

La nouvelle politique de la FED donnera moins d’importance au fait de ralentir une hausse de l’inflation au-delà de 2 %, ce qui signale de faibles taux pour une longue période.

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C'est avec un immense plaisir que nous vous annonçons la création de Zone économie, une émission quotidienne d'une heure, du lundi au vendredi, de 18 h à 19 h (HE), sur les ondes d'ICI RDI. Plus d'invités, plus d'économie, plus d'analyse! L’automne sera chargé avec la COVID-19, les effets économiques, la reprise parlementaire à Ottawa et les élections présidentielles aux États-Unis. Nous serons là pour expliquer les enjeux socio-économiques et faire entendre différents points de vue et différents regards économiques. Bonne rentrée!

COVID-19     : ce qu'il faut savoir

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