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BikeMaps : cartographier les accidents pour repenser la ville cyclable

Un automobiliste voit une cycliste dans son rétroviseur extérieur.

L'outil BikeMaps permet aux cyclistes de cartographier leurs collisions.

Photo : AP / Mike Brown

Radio-Canada

La pandémie a contribué à un essor du vélo cet été, et le débat sur la cohabitation entre cyclistes et automobilistes a refait surface récemment à Montréal, où commerçants et résidents et résidentes s’affrontent sur le projet Réseau express vélo (REV) défendu par la mairesse Valérie Plante.

La montée en popularité du vélo pousse certaines villes à chercher à partager de façon plus efficace et plus sécuritaire la route entre les cyclistes et les automobilistes.

Cela passe de plus en plus par la technologie, par exemple l'outil BikeMaps (Nouvelle fenêtre), qui permet aux cyclistes de cartographier leurs collisions avec des voitures, ainsi que les endroits dangereux repérés durant leurs trajets.

Un rapport (Nouvelle fenêtre) financé en partie par l’Agence de santé publique du Canada a été publié en juillet, à la suite d'un projet pilote visant à mesurer l’intérêt de neuf villes canadiennes pour un outil permettant de repérer les endroits les moins sécuritaires pour les vélos.

BikeMaps a déjà été adopté par des villes comme Victoria, Phoenix et même Reykjavik, en Islande.

Repérer les points chauds

L’outil web, qui est aussi décliné en application pour iOS et Android, fonctionne sur le principe du crowdsourcing, ou production participative, c’est-à-dire que la carte des accidents est mise à jour par les cyclistes.

Trisalyn Nelson, la Canadienne à l’origine de l’outil, est une spécialiste de la cartographie, mais aussi une passionnée de vélo.

En 2014, j’ai joint ces deux choses afin de créer un outil pour améliorer la sécurité à vélo, explique l’ancienne professeure à l’Université de Victoria, en Colombie-Britannique, et maintenant directrice à l’École de science géographique et d’urbanisme de l’Université d’État de l’Arizona.

L’outil permet de répertorier trois types d’incidents vécus par les cyclistes sur les routes. Une icône rouge indique les véritables collisions; une autre, de couleur jaune, les quasi-collisions, alors que l’icône verte indique les endroits considérés comme dangereux en raison d’une infrastructure défaillante. BikeMaps permet aussi de signaler les vols.

Carte de Montréal ponctuée d'icônes représentant des vélos.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Quelques incidents signalés à Montréal

Photo : BikeMaps.org

Aider les villes à cibler les infrastructures défaillantes

Le site web a été converti en application peu de temps après sa conception, lorsque l’Agence de santé publique du Canada a lancé un appel au public pour trouver des outils de surveillance qui pourraient améliorer la santé publique.

Nous avons conclu une association avec la Fondation de recherche des blessures sur la route (FRBR) afin de prendre le site web et le convertir en un outil que les villes pourraient utiliser pour mieux comprendre la sécurité à vélo sur leur territoire, et ainsi cibler les investissements qui pourraient aider les cyclistes en ville, explique Trisalyn Nelson.

Si l’outil peut s’avérer fort utile pour les cyclistes lambda qui souhaitent trouver la route la plus sécuritaire, il a d’abord été conçu pour aider les villes à cibler les intersections dangereuses.

Les cyclistes nous envoient leurs données, nous les traitons et les envoyons aux villes, qui apportent ensuite des changements pour améliorer la sécurité [à vélo]

Trisalyn Nelson, fondatrice de BikeMaps

La ville de Saanich, au nord de Victoria, est un bon exemple de cette collaboration. On nous a demandé de prendre toutes les données de BikeMaps et toutes les données officielles de la Ville, de les analyser et de cibler les 25 pires endroits pour les cyclistes. Les infrastructures ont ensuite été améliorées à certains de ces endroits.

Il y a même des villes qui nous ont demandé d’ajouter une fonctionnalité à BikeMaps qui leur permettrait d’épingler sur la carte les endroits où l’infrastructure a été améliorée.

La crédibilité des données

BikeMaps fonctionne sur le principe de l'information géographique bénévole (IGB) et s’appuie sur la bonne foi des personnes qui l’utilisent.

Nous surveillons étroitement les données. Imaginez, nous avons eu une dizaine de milliers de signalements dans les six dernières années. Nous regardons chacun d’entre eux et le comparons aux données officielles, affirme-t-elle.

Elle ne cache toutefois pas qu’elle était initialement nerveuse à l'idée d’une mauvaise utilisation de l’outil. Mais ce que nous avons découvert, c’est que les gens sont incroyablement responsables, parce qu’ils prennent la sécurité à vélo très au sérieux [...] Je suis vraiment fière de la communauté, et il y a très peu de signalements que nous avons dû retirer.

Un rayonnement de Reykjavik à Phoenix

L’outil BikeMaps peut être utilisé par n’importe quelle personne faisant du vélo sur la planète, mais ce n’est qu’en collaboration avec les paliers locaux de gouvernement qu’il trouve vraiment son efficacité, comme c’est le cas à Reykjavik, en Islande.

C’est super le fun, parce que la Ville de Reykjavik, en Islande, est une utilisatrice majeure de l’application [...] Elle a traduit l’application complète en islandais, ce qui est assez cool.

La Ville de Phoenix, en Arizona, est une autre cliente importante de BikeMaps.

Ce sont les deux grandes villes qui l’utilisent en ce moment, mais si vous regardez les données, vous verrez qu’elles s’étendent partout dans le monde, dans environ 45 pays.

Repenser la ville pour tous

Questionnée sur son intention d’intégrer éventuellement son outil à une application plus large public, comme Google Maps, Mme Nelson demeure prudente.

Pour le moment, ce n’est pas ce qui nous importe. Il y a des éléments pour et des éléments contre [à cette démarche] et nous voulons nous assurer de conserver la vie privée de nos utilisateurs et utilisatrices.

Le plan à moyen terme est plutôt de créer une application semblable à BikeMaps pour les piétons et piétonnes, et toutes les personnes qui se déplacent en roulant.

Un espace limité à partager

Pour la fondatrice de BikeMaps, le plus grand défi dans les relations cyclistes-automobilistes demeure le partage de la route et l’éducation quant aux effets bénéfiques de différents modes de transport.

Nous avons construit nos villes avec un espace limité pour les transports, et si nous voulons ajouter des façons de se déplacer, nous devons départager cet espace.

Il faut comprendre les bénéfices du vélo, pour les cyclistes d'abord, mais aussi pour notre système de santé, souligne-t-elle.

Nous devons changer notre approche nord-américaine centrée sur l’automobile et penser le transport comme un ensemble de façons de se déplacer, qui sont saines et sécuritaires pour tout le monde.

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