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Des femmes politiques albertaines dénoncent les insultes dont elles sont victimes

Une photo du mot sexisme et de sa définition dans un dictionnaire.

Sexisme : attitude de discrimination fondée sur le sexe (spécialement, discrimination à l'égard du sexe féminin).

Photo : Radio-Canada / Karl-Philip Vallée

En politique, les élus et leurs équipes sont souvent la cible d’insultes et de geste d'intimidation qui se déclinent en tout genre, mais surtout au féminin. Par-delà leurs divergences idéologiques, les témoignages de politiciennes albertaines se rejoignent quand vient le temps de parler des comportements injurieux auxquels elles doivent faire face.

Ordure, Salope blonde incompétente, Morveuse, Minorité de service. , Garce sans coeur ,Plotte à gaz... 

Ce ne sont là que quelques-uns des nombreux exemples d’insanités énumérés par certaines députées et employées de l’Assemblée législative de l’Alberta.

Tantôt proférés sur les médias sociaux, tantôt laissés dans leurs boîtes vocales, tantôt insultes, tantôt menaces; ces qualificatifs pleuvent quotidiennement au-dessus de leur tête, attestent plusieurs femmes qui ont choisi d’évoluer en politique dans la province.

La ministre de l’Éducation, Adriana LaGrange, le confirme, en publiant l'extrait d’un courriel qu’elle a reçu : J’espère que tu t’étoufferas en mangeant ton petit déjeuner et que toutes les personnes présentes te regarderont simplement mourir.

Adriana Lagrange en conférence de presse.

La ministre de l’Éducation de l’Alberta, Adriana LaGrange, lors d'une conférence de presse en juillet 2020.

Photo : Radio-Canada / Scott Neufeld

Une pandémie virtuelle

Qu’elles soient députées, membres de leurs équipes ou expertes en politique, toutes les femmes à qui CBC/Radio-Canada a parlé ont expliqué devoir endurer ce type de propos depuis trop longtemps. 

Nous avons cette discussion depuis des années, lâche, aussi désolée que lassée, la députée néo-démocrate Shannon Phillips.

Shannon Phillips qui sourit.

La députée de Lethbridge-Ouest, Shannon Phillips

Photo : Radio-Canada

Le phénomène s’est, d’après les témoignages recueillis, amplifié à mesure que la pandémie de COVID-19 s’est installée dans nos vies. Avec le télétravail, les propos perfides des internautes derrière leurs écrans se sont décomplexés.

Les interactions en ligne tendent à faire disparaître la dimension humaine de la politique, croit la députée conservatrice Michaela Glasgo.

Les langues se délient en ligne, ce qui donne lieu à des agressions plus abjectes. 

La ministre de la Culture, du Multiculturalisme et de la Condition féminine, Leela Aheer, raconte s’être récemment fait dire par un internaute qu’elle méritait une paire de claques, quand un autre lui a souhaité de mourir noyée au fond d’une rivière avec des chaussures en ciment aux pieds.

Leela Aheer en entrevue dans l'atrium de sa maison, avec vue sur un lac.

Leela Aheer, ministre albertaine de la Culture, du Multiculturalisme et de la Condition féminine.

Photo : Radio-Canada / Audrey Neveu

Plus que la facilité qu’offrent les réseaux sociaux pour diffuser des messages malveillants, c’est plutôt la partisanerie polarisée qui est le moteur de l’augmentation de ces insultes, estime Melanee Thomas, politologue à l’Université de Calgary.

Mais ce sont le sexisme et la misogynie qui font que les attaques dirigées spécifiquement envers les femmes sont si violentes, ajoute-t-elle.

Même son de cloche chez la députée de Saint-Albert, Marie Renaud, qui a récemment été la cible d’intimidation par un autre élu

Même en Alberta, quand on se lève en Chambre pour parler, c’est difficile, reconnaît-elle.

Elle raconte ce qui s'est passé il y a quelques semaines, lors d’une de ses interventions. Un député m’a harcelée, dit-elle. Il ne m’a rien dit, tout passait par son comportement : il me regardait, il faisait des mouvements avec ses bras et faisait des grimaces. Il essayait de m'intimider [...] il ne voulait pas arrêter, il faisait toutes sortes de choses agressives.

Mme Renaud s’est alors plainte au président de l’Assemblée.

Je [lui] ai dit que cela ne m’arrivait pas à toutes les places où j’ai travaillé, mais que dans l'Assemblée, c’était correct de le faire contre les femmes, explique-t-elle. Il m’a répondu que j’étais obligée de m’excuser, mais j’ai dit non et j'ai été expulsée.

Marie Renaud doit discuter avec le président de l’Assemblée de cette réaction, qu’elle qualifie d’inappropriée et de disproportionnée.

La politique est peut-être un système configuré pour être agressif" Ce n’est pas une excuse pour être abusif, il faut que ça s'arrête, soutient-elle.

Marie Renaud pendant une conférence de presse.

La députée néo-démocrate albertaine, Marie Renaud, accuse le député conservateur Shane Getson d'avoir tenté de l'intimider pendant une séance à la Chambre.

Photo : Peter Evans

Avec 26 élues, les femmes ne pèsent que pour un petit tiers des députés siégeant à l’Assemblée législative albertaine.

Il n’y a pas assez de femmes qui sont à la table pour écrire les lois et je pense que ça va continuer d’arriver tant que nous ne serons pas mieux représentées, estime Mme Renaud.

Endiguer le fléau

Selon Mme Thomas, il est difficile d'évaluer l’ampleur du problème au Canada, car les femmes ne signalent que très rarement ces abus dans le milieu politique.

Une étude internationale menée par l'Union interparlementaire indique qu’à l’échelle de la planète, 82 % des politiciennes ont été harcelées dans le cadre de leur travail.

L’étude mentionne aussi que, dans la plupart des pays, il n’existe pas de procédures claires décrivant quand et comment les victimes devraient faire état de ces abus.

Ça n’a jamais été clair pour moi dans le contexte de la politique albertaine, avoue Shannon Phillips.

Selon une autre recherche réalisée au Canada et aux États-Unis, ces injures répétées tendent à décourager les femmes à se présenter en politique.

Je pense que cela envoie un très mauvais message aux jeunes femmes qui envisagent de se lancer en politique.

Janis Irwin, députée néo-démocrate d'Edmonton-Highlands-Norwood

La députée néo-démocrate Janis Irwin, qui reconnaît avoir appris à ne pas tenir compte des insultes à son égard, plaide pour la mise en place d’un meilleur réseau de soutien pour les femmes.

Janis Irwin est dans la rue à Edmonton.

Janis Irwin dit arriver à ne pas se laisser déstabiliser par les attaques de trolls qui l'attaquent régulièrement en ligne sur son physique et son orientation sexuelle.

Photo :  CBC

La politologue Melanee Thomas va jusqu’à suggérer l’adoption d’une loi qui permette l’ouverture d’enquêtes sur ces incidents et leurs publications pour que les électeurs puissent aussi punir ou récompenser les partis au moment des votes en fonction de leurs comportements.

Il n’y a aucun parti politique qui puisse se targuer d’être immunisé contre le sexisme, conclut-elle.

Avec les informations d'Elise von Scheel

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