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COVID-19 et perte d'odorat sous la loupe des chercheurs du CHU de Québec

Le groupe de recherche tente de déterminer l'origine et la durée du symptôme.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Infographie illustrant une silhouette de tête avec des molécules de covid.

Les deux tiers des gens qui ont contracté la COVID-19 subissent une perte d’odorat, affirme le neurologue du CHU de Québec, Nicolas Dupré.

Photo : Radio-Canada

« Après le déjeuner, je me suis dit : « C'est drôle, il me semble que je n'ai pas senti mon café comme d'habitude. » Caroline Labelle se souvient, comme si c’était hier, de ce premier matin sans odeurs, conséquence de la COVID-19.

C’était à la mi-mai. L’enseignante en soins infirmiers au cégep donnait un coup de main dans une clinique de dépistage de la COVID-19 pendant la fermeture des écoles. Elle y a contracté la COVID-19. Après une semaine alitée, elle se sentait mieux, mais trois mois plus tard, elle n’a toujours pas retrouvé l’olfaction. L’odeur réconfortante du café n’habite plus ses débuts de journée.

Les deux tiers des gens qui ont contracté la COVID-19 subissent une perte d’odorat, affirme le neurologue du CHU de Québec, Nicolas Dupré. C’est pour cette raison qu’il a décidé de mener une étude pour comprendre pourquoi et pour combien de temps.

Contrairement à la perte d’odorat momentanée qui peut accompagner un rhume ou une grippe, dans la COVID, la perte d'odorat est davantage neurologique qu’inflammatoire.

Il très important de comprendre si, à la suite de la pandémie, il va y avoir des liens à faire entre le virus et le cerveau.

Nicolas Dupré, neurologue au CHU de Québec

L’étude est réalisée auprès de travailleurs de la santé du Québec qui ont contracté la COVID-19. Pour l’instant ils sont une centaine, mais l'objectif est d’en interroger 5000.

Le neurologue Nicolas Dugré

Le neurologue Nicolas Dugré

Photo : Radio-Canada

La première étape se déroule en ce moment. Il s’agit d’un questionnaire en ligne à remplir à la maison. Les participants doivent goûter et sentir différents aliments comme du café et du sucre et qualifier leur réaction sensorielle afin de préciser leur atteinte au niveau de l’olfaction.

Pourquoi le sucre, quand il est question d’odorat? Même si l’étude se penche plus particulièrement sur l’olfaction, il est important de poser des questions sur le goût, parce que les deux sens sont tellement liés qu’il faut inclure les deux dans le questionnaire afin de mieux les départager par la suite, souligne le Dr Dupré.

L'odorat et le goût

Le goût et l’odorat peuvent être parfois confondus en raison de la rétro-olfaction qui relève de l’odorat, précise le spécialiste de l’odorat Johannes Frasnelli. Les odeurs des aliments peuvent être perçues en mangeant lorsque les parfums entrent dans le nez par le pharynx, donc par l’arrière. Le goût, c’est l’acide, l’amertume, le salé, le sucré et l’umami.

Infographie scientifique illustrant comment fonctionnent l'olfaction et le goût.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'olfaction est la fonction grâce à laquelle les odeurs sont perçues.

Photo : Radio-Canada

La deuxième étape de l’étude se déroulera en laboratoire auprès de quelques centaines de travailleurs de la santé sélectionnés parmi ceux qui auront répondu au questionnaire.

Ce qu'on souhaite faire, c'est de prendre des échantillons sanguins pour savoir si, pour les gens qui ont une atteinte persistante, on peut identifier chez eux des protéines dans le sang qu'on ne retrouverait pas normalement. Ces protéines-là pourraient peut-être être précurseures d'une atteinte neurologique ou d'une atteinte à plus long terme sur le cerveau, explique le Dr Dupré.

Des répercussions sont à prévoir s’il arrive à démontrer des conséquences neurologiques à long terme.

Ça pourrait être un argument pour la vaccination, pour le développement de traitement et aussi pour persister dans nos mesures de santé publique à différentes échelles.

Nicolas Dupré, neurologue au CHU de Québec

Le Dr Dupré travaille en collaboration avec trois autres scientifiques, l’épidémiologiste Gaston Desserres, le docteur François Gros-Louis, un spécialiste des maladies neurodégénératives, et le docteur Johannes Frasnelli, un spécialiste de l’odorat.

Une étude internationale

Le Dr Frasnelli étudie l’odorat depuis près de 25 ans. Il s’intéresse à la perte de l’olfaction chez les patients atteints de la COVID-19 depuis déjà plusieurs mois. Il est d’ailleurs membre du Global Consortium for Chemosensory Research, un regroupement de plus de 500 chercheurs provenant d’une cinquantaine de pays, qui étudie les liens entre la COVID-19 et l’odorat.

Environ 40 000 personnes ont répondu au formulaire en ligne. C'est la plus grosse étude certainement sur l'odorat et la COVID-19, affirme le Dr Frasnelli.

Après quelques mois à colliger de l’information aux quatre coins de la planète, le consortium est en mesure de faire certains constats.

Nous avons pu montrer qu'il y a des patients qui ont juste une atteinte de l'odorat et des sous-groupes qui ont une atteinte de l'odorat et du goût […] Donc, il semble y avoir différents sous-groupes de patients avec la COVID-19, mais nous ne savons pas qu'est-ce que ça veut dire à plus long terme, rapporte le Dr Frasnelli.

Autre résultat préliminaire : le trouble de l’olfaction aigu s’avère être le symptôme le plus spécifique de la COVID-19, avant même la toux, la fièvre ou les problèmes respiratoires, précise-t-il.

De là, l’importance de parler de ce symptôme, souligne celui qui est aussi enseignant en anatomie à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Si des gens remarquent avoir perdu de l'odorat soudainement, même s'ils n'ont pas d'autres symptômes, ce serait vraiment important de se faire tester.

Beurre d’arachides malodorant

J'ai comme une odeur de ranci, lance Alexandre Pearson, le nez dans un énorme pot de beurre d’arachides. L’infirmier auxiliaire a perdu l’odorat en avril quand il a contracté la COVID-19, lors de l’éclosion à l’hôpital Jeffery Hale, à Québec. Presque cinq mois plus tard, le peu qu’il peut sentir sent mauvais.

Alexandre Pearson plonge son nez dans un pot de cannelle.

Alexandre Pearson a perdu l'odorat depuis qu'il a contracté la COVID-19 en avril.

Photo : Radio-Canada

Sans vouloir se prononcer sur ce cas précis, le Dr Frasnelli explique que la parosmie, c’est-à-dire une perception olfactive erronée, pourrait être un signe de rétablissement.

Une des hypothèses que nous avons, c'est que les cas de parosmie […], ça pourrait être un signe positif, même si pour le moment, bien sûr, c'est négatif, parce que tout sent le moisi.

L’odorat, un outil de travail

Debout, devant la table de sa cuisine pleine d’ingrédients, Alexandre Pearson nous fait la démonstration de ce qu’il a dû goûter et sentir pour remplir le questionnaire de l’étude du quatuor scientifique. Si le beurre d’arachides sent et goûte mauvais, le peu qu’il perçoit des épices cajuns ressemble étrangement à l’odeur du pot-pourri.

L’infirmier auxiliaire s’inquiète de son état parce qu’il l’empêche de bien faire son travail. S’il pouvait facilement se passer de l’odeur rance du beurre d’arachides, il souhaiterait percevoir les odeurs d’urine ou de selles.

Ça me nuit dans mon métier parce que je n’arrive pas à percevoir quand quelqu'un a besoin d'être changé, puis ça me déçoit parce que ça diminue la qualité des soins que je peux apporter à mes patients et à mes résidents.

Alexandre Pearson, infirmier auxiliaire

S’il participe à l’étude du CHU de Québec, c’est justement parce qu’il espère que sa contribution permettra de mieux comprendre le lien entre la COVID-19 et la perte d’odorat.

S’il y a des gens en neurorecherche qui sont rendus à faire des études là-dessus, c'est parce que c'est quand même assez sérieux pour que des gens se mettent là-dessus. C'est encourageant, ça donne de l'espoir, conclut-il.

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